21/04/2019
il n’est permis qu’aux gens riches d’aller chercher la santé loin de chez eux ; et à l’égard des pauvres, ils travaillent et ils guérissent
... Toujours vrai !?
https://www.youtube.com/watch?v=B5VyRmrN0-Q
« A Etienne-Noël Damilaville
[vers le 18] mars [1764] 1
Mon cher frère, je vous envoie l’avis d’Esculape-Tronchin. Tout Esculape qu’il est, il ne vous apprendra pas grand-chose . Vous savez assez que la vie sédentaire fait bien du mal aux tempéraments secs et délicats. Si j’étais assez insolent pour ajouter quelque chose aux oracles d’Esculape, je conseillerais les eaux de Plombières, ou quelques autres eaux chaudes et douces, en cas que la fortune de la malade lui permette de faire ce voyage sans s’incommoder, car il n’est permis qu’aux gens riches d’aller chercher la santé loin de chez eux ; et à l’égard des pauvres, ils travaillent et ils guérissent. Le voyage, l’exercice, des eaux qui lavent le sang et qui débouchent les canaux, rétablissent presque toujours la machine. Je voudrais aussi qu’on fît lit à part ; un mari malsain et une femme malade ne se feront pas grand bien l’un à l’autre, attendu que mal sur mal n’est pas santé. Voilà l’avis d’un vieux routier qui n’est pas médecin, mais qui depuis longtemps ne doit la vie qu’à une extrême attention sur lui-même.
J’ai oublié, dans ma dernière lettre, de vous prier de m’envoyer Macare imprimé, avec la lettre au grand-fauconnier 2. Il faut que ce grand-fauconnier ait le diable au corps de faire imprimer ces rogatons.
Ne pourrai-je jamais m’édifier avec l’instruction pastorale de Christophe ? Je suis fou des pastorales, depuis celle de Jean-George . Elles m’amusent infiniment.
Est-il vrai qu’il y a un jésuite, nommé Desnoyers, qui a bravement signé le formulaire imposé aux ci-devant soi-disant jésuites ?
Est-il vrai qu’on a mis au pilori la grosse face de l’abbé Caveyrac, apologiste de la Saint-Barthélemy et de l’institut de Loyola ? S’il est de la maison de Caveyrac, c’est un homme de grande qualité ; mais il se peut que ce soit un polisson qui ait pris le nom de son village . Il me paraît que nos seigneurs du parlement vont grand train. Quand serai-je assez heureux pour avoir le libelle de ce prêtre 3 ? C’est un coquin qui ne manque pas d’esprit ; il est même fort instruit des fadaises ecclésiastiques, et il a une sorte d’éloquence.
Frère Thieriot devrait bien s’amuser un quart d’heure à m’écrire tout ce qu’on dit et tout ce qu’on fait. Vous ne me parlez plus de ce paresseux, de ce négligent, de ce loir, de cet ingrat, de ce liron 4 qui passe sa vie à manger, à dormir, et à oublier ses amis. Il n’a rien à faire ; et vous, qui êtes accablé d’occupations désagréables, vous trouvez encore du temps pour écrire à votre frère.
Dieu vous le rende ! vous avez une âme charmante.
Ecr. l’inf. »
1 Copie par Wagnière qui en datant cette lettre a laissé le jour en blanc . L'édition de Kehl, ignorant le mois la date du 2 avril 1764, bien qu'elle précède évidemment la lettre du 26 mars 1764 si on en juge par le troisième paragraphe : voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/07/correspondance-annee-1764-partie-11.html
2 Voir l'allusion aux « faucons » dans la lettre du 6 février 1764 au duc de La Vallière, grand fauconnier de France : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/02/16/on-ne-lui-fera-pas-cette-injure-6129123.html
3 Il s'agit du Il est temps de parler .
4 Voir lettre du 7 mars 1758 à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/07/06/liron-loir-paresseux-negligent-qui-ne-songez-a-rien.html
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20/04/2019
Ceux qu’il attaque, et ceux qu’il loue , doivent être également mécontents . Le public doit l’être bien davantage, car il veut être amusé, et il est ennuyé ; c’est ce qui ne se pardonne jamais
...
« A Etienne-Noël Damilaville
16è mars 1764 1
En réponse, mon cher frère, à votre lettre du 9è mars, je ne suis point surpris que la plate et ennuyeuse satire 2 pour laquelle on avait obtenu , à la honte du siècle, une permission tacite ait attiré à son auteur l’indignation et le mépris. Madame Denis, qui a voulu la lire, n’a jamais pu l’achever. Il n’y a certainement que les intéressés qui puissent avoir le courage de lire un tel ouvrage jusqu’au bout, et ceux-là n’en diront pas de bien. S’il y avait quelque chose de plaisant, ce serait qu'on met M. Diderot au nombre des sots. Il faut bien se donner de garde de répondre en forme à une telle impertinence ; mais je pense qu’on ne ferait pas mal de désigner cet infâme ouvrage dans l’Encyclopédie, à l’article satire, et d’inspirer au public et à la postérité l’horreur et le mépris qu’on doit à ces malheureux qui prétendent être en droit d’insulter les plus honnêtes gens, parce que Despréaux s’est moqué, en passant, de quelques poètes 3. Il faut avouer que le premier qui donna cet affreux exemple a été le poète Rousseau, homme, à mon sens, d’un très médiocre génie. Il mit ses chardons piquants dans des satires où Boileau jetait des fleurs. Les mots de bélître, de maroufle, de louve, etc., sont prodigués par Rousseau ; mais du moins il y a quelques bons vers au milieu de ces horreurs révoltantes et la prétendue Dunciade n’a pas ce mérite. Ceux qu’il attaque, et ceux qu’il loue 4, doivent être également mécontents . Le public doit l’être bien davantage, car il veut être amusé, et il est ennuyé ; c’est ce qui ne se pardonne jamais.
Je crois, mon cher frère, qu’il n’est pas encore temps de songer à la publication de la Tolérance ; mais il est toujours temps d’en demander une vingtaine d’exemplaires à M. de Sartines. Vous les donneriez à vos amis, qui les prêteraient à leurs amis ; cela composerait une centaine de suffrages qui feraient grand bien à la bonne cause ; car, entre nous, les notes qui sont au bas des pages sont aussi favorables à cette bonne cause que le texte l’est à la tolérance.
Je vous admire toujours de donner tant de soins aux belles-lettres, à la philosophie, au bien public, au milieu de vos occupations arithmétiques et des détails prodigieux dont vous devez être accablé.
Puisque votre belle âme prend un intérêt si sensible à tout ce qui concerne l’honneur des lettres et les devoirs de la société, il faut vous apprendre que Jean-Jacques, ayant voulu imiter Platon , après avoir imité Diogène, vient de donner incognito un détestable opuscule sur les dangers de la poésie et du théâtre 5. Il m’apostrophe dans cet ouvrage, moi et frère Thieriot, sous des noms grecs 6; il dit que je n’ai jamais pu attirer auprès de moi que Thieriot, et que je n’ai réussi qu’à en faire un ingrat. Si la chose était vraie, je serais très fâché : j’ai toujours voulu croire que Thieriot n’était que paresseux. Je vous embrasse bien tendrement, mon cher frère. Ecr. l’inf.
N.B. – Je vous [suis] très obligé de l'avis que vous me donnez sur Guy Duchesne . Voici ma réponse 7. »
1 Copie par Wagnière ; l'édition de Kehl incomplète du dernier paragraphe et des mots ,à la honte du siècle [à la 3è ligne].
2 La Dunciade .
3 C'est la thèse soutenue par Palissot dans la préface de La Dunciade . Mais il faut reconnaître que les écrivains qu'il attaque n'ont pas ménagé leurs adversaires .
4 Parmi lesquels V* lui-même, que Palissot ménage beaucoup .
5 Cet ouvrage décrit à propos de la lettre du 8 mars 1764 à Cramer n'est pas anonyme : le nom de l'auteur figure sur la page de titre ; voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/04/05/il-est-bien-juste-que-sa-vie-et-ses-ouvrages-soient-des-contradictions-perp.html
6 Rousseau s'en prend à V*, longuement, sous le masque d'Homère . Mais ce qu'il dit d'Homère lui-même se mêle si étroitement à ce qu'il laisse entendre de V* que peu de lecteurs durent comprendre ses allusions , telle celle-ci : « Comment se peut-il que vous n’ayez attiré près de vous que le seul Cléophile ? encore n’en fîtes-vous qu’un ingrat. »
7 Cette réponse n'a pas à proprement parler survécu ; mais il est certain que l'affaire dont il s'agit est celle qui a donné lieu à la lettre ou déclaration du 15 mars 1764 à Pierre Guy : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/04/15/j...
09:05 | Lien permanent | Commentaires (0)
A l'égard des ânes rouges qui écrivent
... l'éléphant blond pisseux Donald Trump ne cesse de déblatérer . Au passage, que son génie soit glorifié ! on ne le remerciera jamais assez pour ses conseils avisés, fidèle à son image d'éléphant dans un magasin de porcelaine, d'utiliser les Canadairs pour stopper l'incendie de Notre Dame .
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Démocrate US vs Donald
« A Jacob Vernes
En sortant de table, 4 heures [mars 1764 ] 1
A l'égard des ânes rouges qui écrivent contre l'art des Sophocle, dans lequel ils se sont eux-mêmes exercés , je les plains et je vous aime . »
1 L'édition Perey-Maugras indique seulement que ce texte figurait, autographe , sur une carte à jouer, sans donner aucun autre renseignement . L'allusion est très probablement à J.J. Rousseau .
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19/04/2019
Notre nation n'a de goût que par accident
... Et l'élan pour restaurer Notre Dame ne fait que confirmer ce constat voltairien .
Ici on peut dire "goût pour les vieilles pierres", ce qui ne m'étonne aucunement dans un pays où l'esprit de clocher est si vif et le sentiment de propriétaire si prédominant .
Je suis estomaqué par les sommes récoltées ou promises pour ce tas de cailloux [sic], écrin de reliques pour croyants béats qui ne supporteraient pas la moindre analyse scientifique .
[NDLR : James est particulièrement outré, et ne supporte pas qu'on puisse en si peu de temps apporter autant d'argent qu'on refuse aux Restos du Coeur et au Droit au Logement, pour ne citer qu'eux ].
Au reste , je suis pour la reconstruction, nos ancêtres en ont assez bavé pour édifier ce monument qui ne doit pas disparaitre .
« A Nicolas-Sébastien Roch de Chamfort 1
[mars 1764] 2
Je saisis, monsieur, avec vous et avec M. de La Harpe 3, un moment où le triste état de mes yeux me laisse la liberté d'écrire . Vous parlez si bien de votre art, que si même je n'avais pas vu tant de vers charmants dans La Jeune Indienne 4, je serais en droit de dire, voilà un jeune homme qui écrira comme on faisait il y a cent ans 5. La nation n'est sortie de la barbarie que parce qu'ils s'est trouvé trois ou quatre personnes à qui la nature avait donné du génie et du goût qu'elle refusait à tout le reste . Corneille par deux cents vers admirables, répandus dans ses ouvrages, Racine par tous les siens, Boileau par l'art inconnu avant lui de mettre la raison en vers, un Pascal, un Bossuet, changèrent les Welches en Français ; mais vous paraissez convaincu que les Crébillon, et tous ceux qui ont fait des tragédies aussi mal conduites que les siennes, et des vers aussi durs et aussi chargés de solécismes, ont changé les Français en Welches . Notre nation n'a de goût que par accident, il faut s'attendre qu'un peuple qui ne connut pas d'abord le mérite du Misanthrope et d'Athalie, et qui applaudit à tant de monstrueuses farces, sera toujours un peuple ignorant et faible, qui a besoin d'être conduit par le petit nombre des hommes éclairés ; un polisson comme Fréron ne laisse pas de contribuer à ramener la barbarie . Il égare le goût des jeunes gens qui aiment mieux lire pour deux sous ses impertinences, que d'acheter chèrement de bons livres, et qui même ne sont pas souvent en état de se former une bibliothèque . Les feuilles volantes sont la peste de la littérature .
J'attends avec impatience votre Jeune Indienne . Le sujet est très attendrissant . Vous savez faire des vers touchants, le succès est sûr, personne ne s'y intéressera plus que votre très humble et très obéissant serviteur .
V. »
1 Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9bastien-Roch_Nicolas_de_Chamfort
et : http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/sebastien-roch-nicolas-dit-chamfort
2 Copie Beaumarchais-Kehl datée de janvier 1764 par l'éditeur, suivi par les autres éditions ; mais il faut voir la lettre du 25 mai au même . Le manuscrit olographe est passé en vente à Paris le 20 mars 1903 chez Charavay .
3 S'il s'agit d'une lettre de La Harpe, elle n'est pas connue .
4 Comédie en un acte, en vers, représentée le 30 avril 1764 ; voir : http://www.theatre-classique.fr/pages/pdf/CHAMFORT_LAJEUNEINDIENNE.pdf
5 Chamfort est né en 1741 .
09:50 | Lien permanent | Commentaires (0)
18/04/2019
elle sait combien nous lui sommes attachés
...Qui donc ?
Notre-Dame ? May be !
Mais plus certainement Mam'zelle Wagnière, fidèle âme de Monsieurdevoltaire, qui me manque absolument depuis un mois . Revenez-nous vite !
« A Catherine-Josèphe de Loras du Saix, baronne de Monthoux 1
[vers mars 1764]
Nous remercions tendrement madame la baronne de Monthoux, elle sait combien nous lui sommes attachés, Mme Denis et moi . Je lui présente mes très humbles respects .
Voltaire . »
08:48 | Lien permanent | Commentaires (0)
17/04/2019
mais j'ai cru voir, en vous lisant, toutes ces choses qui tiennent du prodige
... Non, ici je ne m'adresse pas à Emmanuel Macron après lecture de son programme d'après Grand Débat, mais à d'autres auteurs de science-fiction, tel Asimov , Vernes ou Robida qui eux aussi peuvent nous faire rêver .

« A Joseph Uriot
Du château de Ferney par Genève
[mars 1764] 1
Vous décrivez vos belles fêtes, monsieur, d'une manière digne du grand et aimable prince qui les a données .
Vous êtes bon bibliothécaire, mais vous ne trouverez rien dans ses livres qui approche de son goût et de sa magnificence . Je n'ai jamais senti si cruellement ce que c'est que la vieillesse et la mauvaise santé que quand elles m'ont empêché l'une et l'autre de me mêler dans la foule des admirateurs ; mais j'ai cru voir, en vous lisant, toutes ces choses qui tiennent du prodige .
Je ne puis trop vous remercier de l'attention que vous avez eue de m'en faire parvenir une relation qui vous fera honneur partout où les beaux-arts seront connus et cultivés .
Je suis avec tous les sentiments qui vous sont dus
monsieur,
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire
gentilhomme ordinaire de la chambre du roi . »
1 Joseph Uriot : « Description des fêtes données à l'occasion du jour de naissance de […] Mgr le duc régnant de Wurtemberg et Teck , 1764 » ; La fête en question eut lieu le 11 février 1764, et il y eut un compte-rendu de la cérémonie dans le Journal encyclopédique du 1er mai 1764 ; V* connait Uriot depuis son séjour à Berlin .
09:32 | Lien permanent | Commentaires (0)
la tête me tourne, je suis accablé de maux et d'affaires
... Remettez-vous, monsieur le président, tout ne va pas si mal .

Pour Pâques les cloches s'envolent pour Rome, dommage que certains n'y restent pas .
« A Gabriel Cramer
[mars 1764] 1
Je renvoie à monsieur Cramer O et Q, n’ayant point P .
La vie de Molière, et les sommaires de ses pièces, sont un ouvrage bien médiocre ; il faudra le fortifier ; mais la tête me tourne, je suis accablé de maux et d'affaires ; et si le visage de monsieur Gabriel grossit, ma cervelle diminue . Je le prie instamment d'écrire à quelque libraire florentin, d'envoyer régulièrement tous les livres nouveaux d’Italie qui vaudront la peine d'être lus ; c'est pour la Gazette littéraire que M. le duc de Praslin protège . Je serai très obligé à monsieur Caro de la bonté qu'il aura . »
1 L'édition Gagnebin place la lettre en juillet , mais elle est datée correctement ici par rapport à l'enflure de la face de Cramer .
08:09 | Lien permanent | Commentaires (0)

