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11/02/2020

Votre Sorbonne est toujours la Sorbonne ; je ne dis rien de votre parlement, car je suis trop sage

... Il y aurait trop à dire sur l'une et sur l'autre .

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

10 décembre 1764 1

On a parlé au médecin, il a répondu qu'il n’avait point été consulté, qu'il était très sûr par ses correspondances qu'actuellement on se portait bien , mais qu'il ne voudrait pas mettre des rentes viagères sur la tête de la personne en question .

On prend, mes divins anges, d’autres mesures pour être plus exactement informé 2.

Je vous écrivis, le samedi 8 , par M. l’abbé Arnaud 3. De nouvelles provisions pour les emplois comiques étaient dans ma lettre. Je soupçonne violemment M. l’abbé d’avoir égaré les premières. Il doit être si occupé de ses deux gazettes 4, et si entouré de paperasses, qu’on peut sans injustice le soupçonner d’égarer des paquets. Il a négligé deux paquets qu’on lui avait adressés pour moi. Je vous supplie de lui redemander non seulement la lettre du 8 décembre, mais celle de novembre, qu’il pourra retrouver.

Vous savez sans doute que vous avez perdu l’abbé de Condillac 5 mort de la petite-vérole naturelle et des médecins d’Italie, tandis que l’Esculape de Genève assurait les jours du prince de Parme par l’inoculation. Nous perdons là un bon philosophe, un bon ennemi de la superstition : l’abbé de Condillac meurt, et Omer est en vie ! Je me flatte qu’il n’aura pas l’impudence de faire de nouveaux réquisitoires contre l’inoculation, après ce qui vient de se passer à Parme. La plupart de vos médecins ne savent que cabaler. Votre Sorbonne est toujours la Sorbonne ; je ne dis rien de votre parlement, car je suis trop sage.

J’ignore ce qui s’est fait à votre assemblée de pairs, s’il s’est agi des jésuites dont personne ne se soucie, ou d’affaires d’argent après lesquelles tout le monde court grands yeux ouverts, bouche béante 6.

Le marquis 7 demande quelles feuilles il faut envoyer à M. Pierre pour le prince. Je vous ai déjà dit que cela est au-dessous de lui ; et quod de minimis non curat princeps 8.

On m’a envoyé un Arbitrage fort honnête entre M. de Foncemagne, le défenseur du préjugé, et moi, pauvre avocat de la raison 9. Cet arbitrage me donne un peu gain de cause. Je ne serais pas fâché d’avoir cassé quelques doigts à une idole qu’on admirait sans savoir pourquoi.

Mes divins anges, conservez-moi vos bontés, qui font le charme de ma vie.

V. »



1 L'édition de Kehl ne comporte pas les deux premiers paragraphes biffés sur la copie Beaumarchais .

2 Ceci pourrait se rapporter à Frédéric II ; voir lettre du 19 décembre 1764 à d'Argental : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/09/correspondance-annee-1764-partie-41.html

Les « mesures prises » pourraient consister dans la lettre du 9 décembre 1764 à Frédéric II.

3 Il s'agit probablement de la lettre du 7 décembre 1764 à d'Argental :http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2020/02/05/je-n-en-suis-pas-mieux-informe-que-des-vingt-edits-qu-on-enregistre-ou-qu-o.html ; datée du 7 mais pouvant bien avoir été envoyée seulement le 8 .

4 Il ne s'agit pas du Journal étranger qui a cessé de paraître (voir lettre du 23 juin 1763 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/08/09/il-y-a-des-occasions-ou-c-est-n-avoir-pas-le-sens-commun-que-de-vouloir-tro.html) mais de la Gazette de France (voir lettre du 26 décembre 1764 à François Arnaud : « Voyez si vous voulez insérer dans votre Gazette littéraire la lettre ci-jointe lettre du 24 décembre 1764 à la Gazette littéraire : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/09/correspondance-... --

, et dans la Gazette de France l'article que je propose . »)

5 La nouvelle est fausse, Condillac mourra le 3 août 1780 .

7 Gabriel Cramer .

8 Adage : Que le prince ne se soucie pas des affaires mineures .

9 Sur cet arbitrage par l'une des parties, ce qui est nouveau, voir lettre du 27 novembre 1764 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2020/01/23/je-trouve-que-plus-on-est-vieux-plus-on-doit-etre-hardi-je-s-6207334.html

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