24/04/2026
Fi, que cela est mal de crier famine sur un tas de blé !
... C'est aussi ridicule que de se retrouver en manque d'oeufs dans nos supermarchés simplement pour en avoir prédit la raréfaction : nos poules en avaient été surinformées sans doute ne sachant pas faire le distinguo entre real et fake news .
« A Mathieu-Henri Marchant de La Houlière 1
commandant à Salses.
À Ferney, 22 octobre 1770
Mon cher neveu à la mode de Bretagne , car vous l’êtes 2, et non pas mon cousin, apprenez, s’il vous plaît, à prendre les titres qui vous conviennent.
Vous vous lamentez, dans votre lettre du 20 de septembre, de n’être point brigadier des armées du roi, tandis que vous l’êtes. Fi, que cela est mal de crier famine sur un tas de blé !
Pour vous prouver que vous avez tort de dire que vous n’êtes point brigadier, lisez, s’il vous plaît, la copie de ce que M. le duc de Choiseul a la bonté de m’écrire de sa main potelée et bienfaisante, du 14 d’octobre :
« J’ignorais, mon cher Voltaire, que M. de La Houlière fût votre neveu ; mais je savais qu’il méritait de l’être, et d’être brigadier ; qu’il nous a bien servis, et qu’il s’occupe d’agriculture, ce qui est encore un service pour l’État, pour le moins aussi méritoire que celui de détruire. Votre lettre m’apprend l’intérêt que vous prenez à M. de La Houlière, et j’ose me flatter que le roi ne me refusera pas la grâce de le faire brigadier à mon premier travail 3, etc., etc. »
M. Gayot, à qui j’avais pris la précaution d’écrire aussi, me mande :
« Les dispositions du ministre n’ont rien laissé à faire à mes soins pour le succès. J’aurai tout au plus le petit mérite d’accélérer, autant qu’il sera en moi, l’expédition de la grâce accordée, etc., etc. »
Dormez donc sur l’une et l’autre oreille, mon cher petit neveu, et mandez cette petite nouvelle à votre frère 4. Il est vrai qu’il ne me fit point part du mariage de sa fille ; mais il est fermier général, ce qui est une bien plus grande dignité que celle de brigadier, d’autant plus qu’ils ont des brigades à leur service. Il n’y a pas longtemps que M. le brigadier Courtmichon se fit annoncer chez moi c’était un employé au bureau de la douane.
Mme Denis, qui est véritablement votre cousine, vous fait les plus tendres compliments . Je présente mes très humbles obéissances à madame la brigadière. »
1 Voir lettre du 8 juin 1743 à Marc-Pierre de Voyer, comte d’Argenson : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome36.djvu/215
et lettre du 15 juillet 1743 au même : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome36.djvu/226
2 Petit-fils de Marie Arouet, sœur du père de Voltaire .
3 C'est-à-dire lorsqu'il « accouchera » de la feuille de nominations et promotions qui paraissent en principe au début de l’année.
4 Philippe-François Marchant de Varennes : https://gw.geneanet.org/pierfit?lang=no&n=marchant+de+varennes&p=philippe+francois et voir :
https://francearchives.gouv.fr/fr/facomponent/51c514570cf63359dc985575c227682238e8a61a
et : https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_posthume_de_Voltaire/Pi%C3%A8ce_4
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