19/05/2026
gardez-vous de bien lui faire envisager qu'il peut un jour demander sa retraite . Parlez encore moins de finances
...
« A Mathieu-Henri Marchant de La Houlière 1
Immédiatement après avoir envoyé ma lettre à la poste, je reçois, mon cher neveu, votre paquet du 4 novembre 2. Il faut que l'excès de votre reconnaissance pour M. le duc de Choiseul vous ai rendu bien disert . Vous faites vraiment une belle prosopopée du roi au ministre . Permettez-moi de vous dire qu'on n'écrit pas sur ce ton . À grand seigneur, peu de paroles, et surtout point de main potelée et bienfaisante . Ces familiarités ne sont permises que quand le ministre les a longtemps autorisées par un commerce suivi . Il ne faut d'inférieur à supérieur que cinq ou six lignes qui ne disent ni trop ni trop peu . Ôtez la main potelée . Arrêtez-vous à ces mots : il ne vous dira jamais non, et surtout gardez-vous de bien lui faire envisager qu'il peut un jour demander sa retraite . Parlez encore moins de finances . Il faut que vous soyez bien mal informé de ce qui se passe à la cour .
Je ne saurais trop vous dire combien votre lettre aurait fait un mauvais effet . Vous avez été très bien inspiré quand vous me l'avez envoyée . Je vous le répète , parlez, en six lignes, de la reconnaissance de l'oncle et du neveu et de votre désir de servir toujours le roi . Tout le reste serait superflu et tout ce que vous avez écrit serait très dangereux .
Je vous embrasse de tout mon cœur.
V.
A Ferney le 12 novembre 1770 .
1 Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome36.djvu/215
et https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1743/Lettre_1592
2 Voir lettre du 21 novembre 1770 à Vasselier : « … le même paquet contenait un brevet de brigadier pour mon neveu La Houlière commandant à Salses;et c'est ce même brevet que je lui envoie aujourd'hui par Lyon acheté de mon cachet ;... »
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)


Écrire un commentaire