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09/05/2026

il établit déjà un commerce considérable avec toutes les nations trafiquantes

... Ce cher truand Poutine est dans ce cas, et cet écervelé Trump , grenouille qui veut se faire boeuf, lui a facilité les choses en enflammant l'Iran, comme son modèle guerrier Israël qui tire sur tout ce qui bouge . 

 

 

« A Catherine II, impératrice de Russie

A Ferney 6è novembre 1770 1

Madame,

Si Bender est pris l’épée à la main, comme on le dit 2, j’en rends de très humbles actions de grâces à Votre Majesté impériale : car, dans mon lit, où je suis malade, je n’ai d’autre plaisir que celui de vos victoires, et chacune de vos conquêtes est mon restaurant.

On confirme encore de Marseille qu’Ali Beg est roi d’Égypte, et qu’il s’est emparé d’Alexandrie, où il établit déjà un commerce considérable avec toutes les nations trafiquantes.

Plaise à la vierge Marie, à qui Ali Beg ne croit point du tout 3, que tout cela soit exactement vrai !

Ce qui me fait une peine extrême, c’est que vos troupes victorieuses ne sont point encore dans Andrinople. Votre Majesté dira que je suis un vieillard bien impétueux que rien ne peut satisfaire , que vous avez beau, pour me faire plaisir, battre Moustapha tous les jours, que je ne serai content que lorsque vous serez sur les bords de l’Euphrate. Eh bien ! madame, cela est vrai. La Mésopotamie est un pays admirable ; on peut s’y transporter en litière, ce qu’on ne peut pas faire à Pétersbourg vers le mois de novembre. Mgr le prince Henri y est bien ! Oui, mais c’est un héros, quoiqu’il ne soit pas un géant . Il est juste qu’il voie l’héroïne du Nord, car il est aussi aimable qu’il est grand général.

Au reste, madame, je suppose qu’Ali Beg garde l’Égypte en dépôt à Votre Majesté impériale , car ma passion veut encore vous donner l’Égypte, afin que votre Académie des sciences, dont j’ai l’honneur d’être, connaisse bien les antiquités de ce pays-là, et c’est ce que probablement on ne fera jamais sous un Aly Bey.

On dit que la peste est à Constantinople. Il faut que Moustapha ait fait le dénombrement de son peuple, car Dieu d’ordinaire envoie la peste aux rois qui ont voulu savoir leur compte. Il en coûta soixante et dix mille Juifs au bon roi David 4, et il n’y avait pas grande perte. J’espère que Votre Majesté chassera bientôt de Stamboul la peste et les Turcs.

Je me mets aux pieds de Votre Majesté impériale, du fond de mon désert et de mon néant, avec le plus profond respect, et une passion qui ne fait que croître et embellir.

Le vieux malade de Ferney. »

1 Minute corrigée par V* ; copie contemporaine ; éd. Kehl .

2 V* n'a donc pas encore reçu la lettre du 7/18 octobre 1770 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8054

3 En tant que musulman, il n'y croit que comme étant la mère du prophète Jésus-Christ .

4 IIè livre de Samuel, XXIV, 1-15 : https://www.biblegateway.com/passage/?search=2%20Samuel%2024&version=LSG

Wagnière avait d'abord laissé un blanc sur la minute et V* a complété de sa main soixante-et-dix m.

il faudrait savoir quelle idée ce mot fait passer dans la tête de votre adverse partie. Quand tout cela est fait, on peut disputer pendant toute sa vie sans convenir de rien.

... Trump contre l'Iran,  exemple flagrant de l'idée voltairienne ci-dessus . Un bavard girouette d'un côté, des extrémistes assassins de l'autre : c'est mal barré à Ormuz . Wait and see : https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4222651-2026050...

Qui va passer sous les Fourches caudines, et quand ?

 

 

« A Marc-René de Voyer de Paulmy marquis d'Argenson

6 novembre 1770

Auriez-vous jamais, monsieur, dans vos campagnes en Flandre et en Allemagne, porté les Satires de Perse dans votre poche ? Il y a un vers qui est curieux, et qui vient fort à propos :

 

De Jove quid sentis ? Minimum est quod scire laboro 1.

 

Il ne s’agit que d’une bagatelle : que pensez-vous de Dieu ?

Vous voyez que l’on fait de ces questions depuis longtemps. Nous ne sommes pas plus avancés qu’on n’était alors. Nous savons très bien que telles ou telles sottises n’existent pas, mais nous sommes fort médiocrement instruits de ce qui est. Il faudrait des volumes, non pas pour commencer à s’éclaircir, mais pour commencer à s’entendre. Il faudrait bien savoir quelle idée nette on attache à chaque mot qu’on prononce. Ce n’est pas encore assez : il faudrait savoir quelle idée ce mot fait passer dans la tête de votre adverse partie. Quand tout cela est fait, on peut disputer pendant toute sa vie sans convenir de rien.

Jugez si cette petite affaire peut se traiter par lettres. Et puis vous savez que quand deux ministres négocient ensemble, ils ne disent jamais la moitié de leur secret.

J’avoue que la chose dont il est question mérite qu’on s’en occupe très sérieusement ; mais gare l’illusion et les faiblesses !

Il y a une chose peut-être consolante : c’est que la nature nous a donné à peu près tout ce qu’il nous fallait ; et si nous ne comprenons pas certaines choses un peu délicates 2, c’est apparemment qu’il n’était pas nécessaire que nous les comprissions.

Si certaines choses étaient absolument nécessaires, tous les hommes les auraient, comme tous les chevaux ont des pieds 3. On peut être assez sûr que ce qui n’est pas d’une nécessité absolue pour tous les hommes, en tous les temps et dans tous les lieux, n’est nécessaire à personne. Cette vérité est un oreiller sur lequel on peut dormir en repos ; le reste est un éternel sujet d’arguments pour et contre.

Ce qui n’admet point le pour et le contre, monsieur, ce qui est d’une vérité incontestable, c’est mon sincère et respectueux attachement pour vous.

Le vieux malade. »

1  Perse, Satires . II, v. 17-18 avec une interversion des membres de phrase : Que pensez-vous de Jupiter ?C'est la dernière chose dont je me soucie . La traduction que donne V* est approximative .

2 Les mots un peu délicates manquent dans la copie manuscrite I.

3 L 'argument est peu-être suggéré à V* par la lecture du Militaire philosophe . C'est en effet un des thèmes favoris de Robert Challe dans ses Difficultés sur la religion proposées au père Malebranche que Dieu ne peut demander aux hommes que ce que leurs facultés naturelles ( au premier rang desquelles il met d'ailleurs la conscience morale ) leur permettent de connaître ; voir l'édition de ce texte , Paris et Oxford , 1983, 71, 287, etc. Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k86225z/f1.item