22/02/2017
c'est à l'emprunteur de venir chercher le prêteur
... Valable au XVIIIè siècle ; on ne connaissait pas encore le racolage que font les banquiers actuels pour attirer le client, englué, qui va mal dormir pendant un bon laps de temps .

Le costume a changé, mais l'état d'esprit est toujours, toujours le même .
« A Ami Camp
5è mars 1762
Je vous supplie, mon très aimable correspondant, de vouloir bien mander à votre mari, qu'il ne se donne pas la peine de chercher M. d'Albertas ; c'est à l'emprunteur de venir chercher le prêteur . Au reste, si un homme qui a quatre-vingts mille livres de rente est obligé de s'adresser au pays de Gex pour deux mille écus, les gens du pays de Gex doivent être un peu surpris, et très peu empressés .
Nous jouons samedi une pièce nouvelle 1. Cela est plus agréable que de prêter de l'argent à des premiers présidents de la chambre des comptes .
Je vous souhaite cent fois plus de succès dans vos affaires sérieuses, que nous n'en aurons dans nos plaisirs . »
1 Samedi, donc le lendemain ; Du Pan écrit le 8 mars 1762 à Freudenreich en rendant compte de la fête : « Avant hier M. de Voltaire donna une très belle fête à son château de Ferney . Il y eut environ soixante dames et cent hommes . L'assemblée se forma entre six et sept heures du soir . On servit des rafraichissements . Ensuite on passa au théâtre où l'on entendit représenter la comédie intitulée L’Écueil du sage . Voltaire jouait un des principaux rôles . M. et Mme d'Hermenches et M. de Saint-Cierge chantèrent un opéra-comique pour servir de petite pièce . L'orchestre était excellent ; ce plaisir dura jusqu'après onze heures ; quand on fut rentré dans les salles du château, les jeunes gens se mirent à danser pendant que les acteurs changeaient d'habit, à minuit on alla souper . Il y avait une table de soixante couverts, une autre de trente et plusieurs petites, on eut abondamment de toutes sortes de viandes froides, de bons vins, etc., à deux heures on se remit à danser jusqu'à six, que chacun remonta en carrosse pour retourner chez soi bien content. »
Dans la même veine ... parlons d'argent ( la parole étant d'argent, je crains bien d'avoir écrit un pléonasme )
![]()
François, et Pénélope en plein travail (parlementaire ?! )
14:55 | Lien permanent | Commentaires (0)
je dis mon pays, car je n’en ai point d’autre
... Ô France frontalière qui m'a vu naître, tu m'as appris que les frontières sont le fait de commerçants plus que de seigneurs et de gouvernements . Un trait pointillé ou continu sur une carte, un seul pas pour la franchir sous l'oeil de la police et du douanier, voilà ce qui énervait particulièrement mon père-grand qui rêvait d'une terre sans frontières autres que naturelles, océans, fleuves infranchissables, montagnes itou . Ce n'est pas, hélas, pour demain la veille que le souhait de mon aïeul se réalisera .

« Au cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis
A Ferney par Genève 5 mars 1762 1
Oui, monseigneur, ceux qui disaient, quand vous fûtes ministre pour trop peu de temps, celui-là du moins sait lire et écrire, avaient bien raison. Votre Éminence daigne se souvenir de Cassandre, et me donne un excellent conseil 2, que je vais sur-le-champ mettre en pratique. Vous jugez encore mieux Cinna . Rien n’est mieux dit : c’est plutôt un bel ouvrage qu’une bonne tragédie 3. Je souscris à ce jugement. Nous n’avons guère de tragédies qui arrachent le cœur ; c’est pourtant ce qu’il faudrait.
Vous savez peut-être ce qui arriva à Tancrède, il y a huit ou dix jours . Je ne dis pas que ce Tancrède arrache l’âme, ce n’est pas cela dont il s’agit . Il y a des vers ainsi tournés :
On dépouille Tancrède, on l’exile, on l’outrage ;
C’est le sort d’un héros d’être persécuté.
Tout le monde battit des mains, on cria Broglie , Broglie , maréchal de Broglie et les battements recommencèrent ; ce fut un bruit, un tapage, dont les échos retentirent jusqu’au château où les deux frères vont faire du cidre 4. Si les voix des gens qui pensent étaient entendues, les échos de Montélimar feraient aussi bien du bruit. Je fais une réflexion en qualité d’historiographe : c’est que pendant quarante ans, depuis l’aventure du marquis de Vardes 5, Louis XIV n’exila aucun homme de sa cour ...
Pour vous, monseigneur, vous avez un grand umbrello 6 d’écarlate qui vous mettra toujours à couvert de la pluie . Vous aurez toujours la plus grande considération personnelle. Une chose encore qui met votre âme bien à son aise, c’est que tous les hasards sont pour vous, et qu’il n’y en a point contre . Votre jeu, au fond, est donc très beau.
A propos de hasards, la ville de Genève, qui est celle des nouvellistes, dit que la Martinique est prise 7, et que Pierre III est d’accord avec Frédéric III ; et moi je ne dis rien, parce que je ne sais rien, sinon qu’il fait très froid dans l’enceinte de nos montagnes, et que je suis actuellement en Sibérie. Mon pays est pendant l’été le paradis terrestre ; ainsi je lui pardonne d’avoir un hiver, je dis mon pays, car je n’en ai point d’autre 8. Je n’ai pas un bouge à Paris, et on aime son nid quand on l’a bâti. La retraite m’est nécessaire, comme le vêtement. J’y vis libre, mes terres le sont, je ne dois rien au roi. J’ai un pied en France, l’autre en Suisse . Je ne pouvais pas imaginer sur la terre une situation plus selon mon goût. On arrive au bonheur par de plaisants chemins. Ce bonheur serait bien complet, si je pouvais faire ma cour à Votre Éminence. Je la quitte pour aller faire une répétition sur notre théâtre (et très joli théâtre ), d’une comédie de ma façon. Ah ! si vous étiez là, comme nous vous ferions une belle harangue, recreati sacra presentia !9 J’ai le cœur serré de vous présenter de loin mon très tendre et profond respect.
V. »
1 V* avait commencé à écrire f[évrier ?]
2Voir lettre au duc de Villars du 25 mars 1762 : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-...
3 En fait c'est V* qui avait tenu ce propos à Bernis ainsi que celui-ci le lui rappelle dans une lettre du 25 février 1762 : « En disant que Cinna est plutôt un bel ouvrage qu'une bonne tragédie, vous avez tout dit . » A propos de Cassandre, Bernis écrivait : « […] en revoyant votre tragédie vous ferez bien de fonder encore davantage l'amour d'Olympie pour Cassandre ; il faut que cet amour soit d'une bonne constitution pour résister à la révélation de tant de crimes ; ainsi je crois nécessaire d'établir que Cassandre a sauvé la vie à Olympie au péril de la sienne, dans un âge où elle ait pu en conserver la mémoire, qu'elle se rappelle cet événement avec reconnaissance, qu'elle le raconte à sa mère, que Cassandre insiste sur ce service, quand il n'a plus d'autres droits à faire valoir […] on pardonnera à Olympie d'aimer un homme à qui elle doit la vie, et de se tuer quand l'honneur lui défend de l'épouser . En un mot elle sera plus intéressante. »
4 Broglie est en Normandie pays du cidre .Voir : http://maisondebroglie.com/chateau-de-broglie-eure/
5 Vardes, qui avait calomnié des personnes de la cour, fut arrêté le 30 mars 1665 et emprisonné . Voir Le Siècle de Louis XIV chap. XXV : http://c18.net/vo/vo_textes_siecle.php?div1=25 .
6 Ce mot italien d'où est venu ombrelle, désigne l'espèce de parapluie qu'on tenait au dessus de la tête des cardinaux dans les cérémonies .
7 Le contre-amiral Georges Brydges Rodney et le major général Robert Monckton avaient obtenu la reddition de La Martinique le 12 février ; l'île fut restituée à la France l'année suivante par le traité de paix . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/George_Brydges_Rodney
et : http://www.biographi.ca/fr/bio/monckton_robert_4F.html
et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Invasion_de_la_Martinique_(...)
8 Bernis concluait (dans sa lettre du 25 février) : « […] je ris comme un fou quand je songe que vous êtes destiné à vivre en Suisse et moi à habiter un village . »
9 Ranimés par votre auguste présence .
00:10 | Lien permanent | Commentaires (0)
21/02/2017
Le bonheur n'est ni dans les hôtelleries d'Allemagne, ni dans les antichambres des empereurs, ni dans les antres enfumés des procureurs et des avocats
... Il est sur scène, comme ici, amour et amitié d'abord : http://concert.arte.tv/fr/awa-ly-au-festival-au-fil-des-voix

Musique comme je l'aime , une voix vraie et rare , que demander de plus ?
« A Charlotte-Sophie von Altenburg, comtesse Bentinck, née comtesse d'Oldembourg
Au château de Ferney pays de Gex
en Bourgogne par Genève 5è mars 1762
Il y a environ un an, madame, que je n'ai reçu d'autre lettre de vous, que celle dont je suis honoré aujourd’hui, en date du 8 février 1.
Vous savez combien j'ai toujours plaint votre situation . Ma sensibilité redouble avec vos chagrins . En vérité, madame, il est temps de finir vos malheurs, et vos courses . Le bonheur n'est ni dans les hôtelleries d'Allemagne, ni dans les antichambres des empereurs, ni dans les antres enfumés des procureurs et des avocats .
Puissiez-vous retrouver auprès de madame votre mère un peu de ce repos que vous avez perdu ! Si par hasard vous étiez aussi mécontente de l'Ost-Frise, que vous l'avez été de Berlin, de Vienne, et de La Haye, je prendrais la liberté de vous offrir un château assez logeable pour vous , et pour tout votre monde . La terre est entièrement libre, et ne serait point saisie par le roi de Dannemarck . Il n'y a guère de terre plus libre en Europe ; elle a un assez beau jardin, et vous y auriez toutes les commodités de la vie . Cela vaudrait un peu mieux que Montriond .
Vous seriez d'ailleurs à portée des personnes pour qui vous nous intéressez , et que vous avez mises à Tubinge . Mais il n'y a pas d'apparence que vous vous sépariez d'une mère aussi respectable et tendre que la vôtre .
Tout ce que je puis vous dire, madame, c'est que je suis entièrement à vos ordres . Mme Denis partage mes sentiments ; comptez sur nous comme sur vos vrais amis ; et agréez mon tendre respect .
V.
Je ne peux écrire de ma main étant assez malade . »
1 Cette lettre ne nous est pas parvenue .
00:19 | Lien permanent | Commentaires (0)
20/02/2017
BON ANNIVERSAIRE MONSIEUR DE VOLTAIRE
... Né, selon lui-même, le 20 février 1694 à Chatenay ; et le 21 novembre 1694 à Paris selon la police .
Rouge, bleu et or, couleurs de Voltaire
Toujours le sourire en tournant le dos aux interdits
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10519427x/f1.item
Ce n'est pas l'Auberge de l'Europe, mais c'est accueillant quand même .
15:55 | Lien permanent | Commentaires (0)
Mille respects à vos dames, et bien des remerciements à madame votre mère
... Monsieur Mahomet, prophète auto-proclamé, vous avez créé non seulement une religion d'asservissement supplémentaire, mais aussi un paradis à votre mesure qui devrait plaire au LR et au FN diablement favorisés -qu'Allah-la-land me pardonne -, si j'en crois quelques sourates qui désignent les lauréats de la vie éternelle . Je cite :
"Parmi eux circuleront les éphèbes immortels avec des cratères, des aiguières et des coupes d'un limpide breuvage dont ils ne seront ni entêtés, ni enivrés [...]"
"Les Compagnons de la Droite seront, parmi des jujubiers sans épines et des acacias alignés, dans une ombre étendue, près d'une eau courante et de fruits abondants ni coupés ni défendus, couchés sur des tapis élevés au-dessus du sol.
Des Houris que nous avons formées, en perfection, et que nous avons gardées vierges, coquettes, d'égale jeunesse, appartiendront aux Compagnons de la Droite."
Pas étonnant de la part d'un coureur de désert en plein fantasme, qui connut (bibliquement) une femme mûre et une jeunette . Le coran me rappelle les contes des Mille et une nuits, en plus grinçant .
Pas étonnant que Fillon et Marine et Dupont-Aignan morpionnent à ce point pour faire partie des élus .
Et vous, gauchistes maudits, circulez, il n'y a plus rien à voir/à boire !
http://www.postedeveille.ca/2010/06/le-sexe-au-paradis-se...
« A Gabriel Cramer
Voici deux feuilles qui ont besoin toutes deux d'être corrigées , et dont la dernière doit être remaniée . Je les envoie à monsieur Caro ; elles pourront occuper demain samedi ses maudits ivrognes . J'ai un peu confondu tous mes papiers dans notre transmigration de Babylone . Vous êtes supplié de nous dire le numéro de la dernière page de votre manuscrit .
Il est très certain que ce sont les gens de M. le duc de Villars qui nous ont bouché nos trous, et qui ont inondé nos pauvres Délices . Ils nous ont tout cassé, tout brisé, je suis bien aise qu'on le sache pour ma consolation . Mille respects à vos dames, et bien des remerciements à madame votre mère de toutes ses bontés .
4 mars [1762] aux Délices 1 . »
1 L'édition Gagnebin place cette lettre en 1763 ; or une lettre telle que celle du 17 février 1762 à F . Tronchin à propos d’égouts bouchés permet de faire la rectification ; voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/02/10/1-5909526.html
00:10 | Lien permanent | Commentaires (0)

