28/11/2018
Pardonnez, je vous prie , mon importunité au zèle et à la tendre amitié qui m’attachent à vous pour le reste de ma vie
... Eh non, ce n'est pas une déclaration du Jean-Luc Mélenchon à Emmanuel Macron, le torchon brûle toujours entre eux, et l'incompréhension du premier ne doit franchement guère émouvoir le second qui a d'autres chats à fouetter (pardon Gros Minets ) .
Petit exemple de la prose vindicative de l'insoumis à la vérité ( un tweet à la Donald Trump ) : https://www.lejdd.fr/Politique/prix-des-carburants-jean-l...

Apprenons-lui le caniveau !
« A Jean-François Marmontel, de
l'Académie française
à Paris
4è décembre 1763
Je vous ai écrit, mon cher confrère, par M. Damilaville, et vous avez dû recevoir un petit paquet . Je vous prie de ne point parler de tout cela . Vous devez être assez occupé de votre réception. Mais, puisque M. Thomas s’est abstenu de concourir avec vous je vous recommande, et je vous supplie très instamment de dire très hautement que vous en avez l’obligation à M. le duc de Praslin, et de lui faire présenter vos remerciements soit par M. Thomas, soit par quelque autre personne qui l’approche . Vous pourriez même lui demander la permission de venir le remercier. Je ne vous parle pas ainsi sans de fortes raisons.
J’ajoute encore que vous ne feriez pas mal de faire dire un mot à M. et Mme d’Argental, soit par M de Mairan, soit par quelque autre personne de sa société. Pardonnez, je vous prie , mon importunité au zèle et à 1 la tendre amitié qui m’attachent à vous pour le reste de ma vie. Je remercie Mme de Geoffrin de vous avoir servi comme vous méritez de l’être . Madame Denis, qui s’intéresse à vous autant que moi, me charge encore de vous faire part de sa joie.
V. »
1 Mot ajouté par V* au-dessus de la ligne .
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27/11/2018
Qu’il vive autant que son ouvrage!
... Qui donc ?
Mais Donald Trump bien entendu . Vous allez en conclure que ses jours sont comptés, et que son oeuvre touche à sa fin, heureusement : mais alors qui nous fera rire ou grimacer à la lecture de ses tweets ubuesques, tel un de dernière heure sur les manifestations de nos "gilets'jaunes " : https://www.parismatch.com/Actu/International/Donald-Trum...

Bonne question d'actualité à l'heure où la Russie et l'Ukraine en viennent aux mains (sales) : http://www.leparisien.fr/international/loi-martiale-en-uk...
« A Charles-Jean-François Hénault
A Ferney, le 4 décembre [1763] 1
Mon cher et respectable confrère, celui qui vous grave n’entend pas mal ses intérêts : il est bien sûr que son burin deviendra célèbre sous la protection de votre plume. Je vous demande en grâce que, si on met au bas de votre portrait ce petit vers
Qu’il vive autant que son ouvrage! 2
on ajoute : Par Voltaire et par le public.
Il est bien triste que madame du Deffand ne puisse voir votre estampe.
La lumière est pour elle à jamais éclipsée ;
Mais vous vous entendez tous deux.
L’imagination, le feu de la pensée,
Valent peut-être mieux
Que deux yeux.
Je me défais des miens, et j’en suis plus tranquille ;
J’en ai moins de distractions.
Lorsque le cœur calmé renonce aux passions,
Deux yeux sont un meuble inutile.
Cela n’est pas tout à fait vrai, mais il faut tâcher de se le persuader. Mon espèce d’aveuglement est tout à fait drôle : une ophtalmie abominable m’ôte entièrement la vue quand il y a de la neige sur la terre, et je recommence quelquefois de voir honnêtement quand le temps se met au beau. Je vous prie, monsieur, vous qui avez de bons yeux (et cela doit s’entendre de plus d’une manière), de lire ce petit mémoire historique ; vous y trouverez des choses curieuses.
J’ai envoyé à madame du Deffand un conte à dormir debout, qui est d’un goût un peu différent. Les aveugles s’amusent comme ils peuvent.
Tout le Corneille est imprimé ; il y en a douze tomes. La Bérénice de Racine est à côté de celle de Corneille, avec des remarques ; l’Héraclius espagnol est au-devant de l’Héraclius français ; la conspiration de Brutus et de Cassius contre César, de ce fou de Shakespeare, est après le Cinna de Corneille, et traduite vers pour vers et mot pour mot : cela est à faire mourir de rire.
Adieu, monsieur ; conservez vos bontés au vieux de la montagne. »
1 Manuscrit passé à la vente Dentu en 1887 .
2 Le portrait de Hénault gravé par Claude-Antoine Littret de Montigny porte en épigraphe la formule « Qu'il vive autant que son ouvrage ! » tirée d'une lettre en vers de V* à Hénault : épître LXV du 1er septembre 1744 ; https://fr.wikisource.org/wiki/%C3%89p%C3%AEtres_(Voltaire)/%C3%89p%C3%AEtre_65#cite_note-1
Voir aussi : https://data.bnf.fr/14960367/claude_antoine_littret_de_montigny/
10:57 | Lien permanent | Commentaires (0)
26/11/2018
en France on entend toujours raison bien tard
... Oui, mon pauvre Voltaire, c'est toujours vrai .
On commence par gueuler, casser tout et n'importe quoi, couper la branche sur laquelle on est assis, bêler, emmerder ses concitoyens au prétexte de provoquer une révision de décisions gouvernementales, se comporter impunément en hors-la-loi, se faire récupérer par des dirigeants politiques et syndicaux qui se font mousser, pleurer et gémir sur son sort, et puis, éventuellement, réfléchir à ce qui est possible maintenant, et non plus seulement à ce qui est souhaitable dans un avenir proche . Moins de taxes sur les produits de première nécessité, soit ! c'est juste et nécessaire . A tous ceux qui bloquent les magasins, je dis "ne venez pas râler si les prix augmentent : qui casse paye !"

Qui fait casser, aussi !
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'ArgentaI
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
4 décembre 1763 1
Je présente encore à mes anges, un exemplaire de la Tolérance, et je les supplie de le prêter à mon frère Damilaville . J'en ai fort peu d'exemplaires, et Paris n'en aura de longtemps . Je me flatte que M. le duc de Praslin et mes anges protégeront cet ouvrage .
M. le duc de Choiseul me mande 2 qu'il en est enchanté, ainsi que Mme de Gramont , et Mme de Pompadour . Peut-être qu'un jour ce livre produira le bien dont il n'aura d'abord fait voir que le germe . L'approbation de mes anges, et de leurs amis, sera d'un grand poids . Je ne sais si je leur ai mandé que je connais des millionnaires qui sont prêts à revenir avec leur argent, leur industrie et leurs familles , pour peu que le gouvernement voulût avoir pour eux la même indulgence seulement que les catholiques obtiennent en Angleterre . Mais en France on entend toujours raison bien tard .
J’avais déjà écrit à Marmontel 3 avant que madame Denis eût reçu la lettre du 25 Novembre, et voici ce qui m’est arrivé.
Marmontel m’ayant mandé que M. Thomas s’était désisté en sa faveur, je ne doutai pas qu’il n’eût l’obligation de ce désistement aux bontés de M. le duc de Praslin et aux vôtres 4. Il m’avait juré les larmes aux yeux, dans son voyage aux Délices, qu’il n’avait aucune part aux traits insolents répandus dans cette misérable parodie 5. Je vous écrivis pour lors. S’il avait depuis manqué le moins du monde ou à vous, ou à M. le duc de Praslin, il serait trop coupable et trop indigne de la place qu’il a obtenue. Je ne lui ai écrit qu’une lettre de félicitation fort simple, dans laquelle je lui paraissais persuadé de sa reconnaissance pour ses bienfaiteurs.
Vous devez avoir reçu, mes divins anges, des corrections que je crois nécessaires aux roués . Je ne sais si elles leur paraissent aussi importantes qu’à moi.
Respect et tendresse.
V. »
1L'édition de Kehl est limitée aux deux premiers paragraphes , voir note de la lettre du 9 novembre 1763 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2018/11/01/l-europe-me-suffit-je-ne-me-soucie-guere-du-tripot-de-paris-6101604.html
et la lettre du 4 novembre 1761 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/11/05/vous-demandez-le-secret-aux-cloches-5870039.html
L’Édition Supplément au recueil donne le reste de la lettre, et le tout est dans Moland .
2 Lettre du 27 novembre 1763 .
3 Voir lettre du 1er décembre 1763 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2018/11/23/les-fripons-et-les-sots-n-auront-pas-desormais-beau-jeu-6107707.html
4 Il n'en était pas ainsi . L'adversaire de Marmontel, Thomas était le secrétaire du duc de Praslin, et le duc l'avait poussé à se présenter contre Marmontel, en représailles d'un incident survenu en 1759 ; voir les Mémoires de Marmontel, ainsi que Collé , et : https://lef-e.org/yahoo_site_admin/assets/docs/Mulryan_December_2012.340125126.pdf
Mais Thomas refusa de se prêter à l'opération et préféra retirer sa candidature . Le duc de Praslin blessé de cette générosité lui retira ses fonctions de secrétaire intime .
5 De la scène de Cinna .
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