14/05/2020
Je vous prie de considérer que je puis avoir besoin avant ma mort de faire un petit voyage à Paris, pour mettre ordre aux affaires de ma famille
... En remplaçant "Paris" par la ville qui vous arrange le mieux, je vous suggère de mettre la formule ci-dessus pour remplir correctement votre "déclaration de déplacement etc., etc." . Enfin , c'est vous qui voyez ! Si ça ne marche pas, vous pourrez chanter " On m'arrête en auto, /c'est la faute à Rousseau * ! "
https://media.interieur.gouv.fr/deplacement-covid-19/
*Petite référence au fameux code Rousseau, bien connu des vétérans du permis de conduire .

Contrairement aux apparences, ça ne présage rien de bon pour notre matricule .
« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu
27è février 1765 1
Mon héros, si vous êtes assez sûr de votre fait pour qu’on hasarde de vous envoyer le livre diabolique que vous demandez, les gens que j’ai consultés disent qu’ils vous en feront tenir un exemplaire par la voie de Lyon . Cela est très rare, mais on en trouvera pour vous. Je serais bien fâché d’ailleurs qu’on me soupçonnât d’avoir la moindre part au Philosophique portatif. M. le duc de Praslin, qui connaît parfaitement mon innocence, a assuré le roi que je n’étais point l’auteur de ce pieux ouvrage ; ainsi n’allez pas, s’il vous plaît, me défendre comme Scaramouche défendait Arlequin, en avouant qu’il était un ivrogne, un gourmand, un débauché attaqué de maladies honteuses, et s’excusant envers Arlequin en lui disant que c’était des fleurs de rhétorique.
Je n’entends rien aux plaintes que les Bretons font de moi ; elles sont apparemment aussi bien fondées que leurs griefs contre M. le duc d’Aiguillon 2. Je n’ai jamais rien écrit de particulier sur la Bretagne, dans mes bavarderies historiques . Les Périgourdins et les Basques seraient aussi bien fondés à se plaindre.
A l’égard du tripot, il est vrai que j’ai demandé mon congé, attendu que je suis entré dans ma soixante et douzième année, en dépit de mes estampes, qui, par un mensonge imprimé, me font naître le 20 de novembre, quand je suis né le 20 de février 3. Il est vrai que la faction ennemie du Conseil de Genève trouva mauvais, il y a quelques années, que les enfants des magistrats de la plus illustre et de la plus puissante république du monde se déshonorassent au point de venir jouer quelquefois la comédie chez moi, dans le petit et profane royaume de France ; mais on se moqua de ces polissons. Ce n’est pas assurément pour eux que j’ai détruit mon théâtre ; c’est pour avoir des chambres de plus à donner, et pour loger votre suite, si jamais vous accompagnez madame la comtesse d’Egmont sur les frontières d’Italie. Je me défais de mes Délices pour une autre raison ; c’est qu’ayant la plus grande partie de mon bien sur M. le duc de Virtemberg, et mes affaires n’étant pas absolument arrangées avec lui, j’ai craint de mourir de faim aussi bien que de vieillesse. Pardonnez, mon héros, la naïveté avec laquelle je prends la liberté de vous exposer toutes mes pauvres petites misères.
Je vous dirai toujours très véritablement que je m’adressai à Grandval, que c’est à lui seul que j’écrivis, en vertu du privilège que vous m’aviez confirmé, que je mis dans ma lettre ces propres mots : avec l’approbation de messieurs les premiers gentilshommes de la chambre.
Je vous prie de considérer que je puis avoir besoin avant ma mort de faire un petit voyage à Paris, pour mettre ordre aux affaires de ma famille ; que peut-être c’est un moyen d’exciter quelques bontés pour moi que de procurer quelques petits succès à mes anciennes sottises théâtrales, et que je ne peux obtenir ce succès qu’avec les meilleurs acteurs. Je me mets entièrement sous votre protection. On m’a mandé que Nanine avait été jouée détestablement 4, et reçue de même. Vous savez que tout dépend de la manière dont les pièces sont représentées, et vous ne voudriez pas m’avilir. Voyez donc si vous voulez me permettre de vous envoyer la distribution de mes rôles d’après la voix publique, qu’il faut toujours écouter. Ayez pitié d’un vieux quinze-vingts qui vous est attaché depuis cinquante années avec le plus tendre respect.
V. »
1 La lettre à laquelle répond V* n'est pas connue .
2 Ils accusaient ce neveu du duc de Richelieu de s’être caché dans un moulin lors de la descente des Anglais, près de Saint-Malo, en 1758. (Georges Avenel.)
3 Voir lettre du 20 février 1765 à Collini : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2020/05/07/je-n-ai-presque-point-quitte-mon-lit-depuis-deux-mois-6236435.html
4 A propos de cette pièce, jouée le 10 février 1765, d'Argental écrit à V* le 19 : « Je vis il y a quelque temps massacrer Nanine, je ne saurais vous exprimer mon indignation, je ne pus m'en taire, cela reviendra au tyran et je n'en serai pas mieux avec lui […] Aussi mon cher ami je vous avais conseillé d'écrire à M. de Richelieu ou à l'assemblée des comédiens ou à tous les deux que vous demandez qu'on ne joue point vos comédies, ou que vos rôles soient remplis conformément à vos intentions . »
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13/05/2020
je le crois malheureux à proportion de son orgueil ; c'est-à-dire qu'il est l'homme du monde le plus à plaindre
... Ami Volti, tu es trop gentil .
« A Etienne-Noël Damilaville
27è février 1765
Mon cher frère, j'ai encore oublié dans mes lettres de vous demander quel est l'honnête homme 1 qui veut avoir le recueil de mes bagatelles . Voulez-vous joindre à toutes vos bontés celle de me faire acheter un exemplaire chez l'enchanteur Merlin, et de mettre cette petite dépense sur le compte de ce que je vous dois ?
Je souhaite que la pièce de M. de Belloy soit aussi pathétique que le mémoire de M. de Beaumont . Ce serait bien là le cas de crier, l'auteur ! l’auteur ! Pour moi, si j’étais à l'audience quand on jugera les Calas je crierais, Beaumont ! Beaumont !
Voici un petit billet que j'ai l'honneur de lui écrire . Permettez que j'y ajoute ma réponse à M. Berger qui s'est avisé de m'écrire au bout de trente ans au sujet de mes prétendues Lettres secrètes . Dieu merci on les a renvoyées en Hollande .
Tous les honnêtes gens de Genève regardent Jean-Jacques comme un monstre . Pour moi je ne le regarde que comme un fou ; je le crois malheureux à proportion de son orgueil ; c'est-à-dire qu'il est l'homme du monde le plus à plaindre .
Bonsoir mon très cher frère . Écr l'inf . »
1C'est Jacques-André Naigeon, ainsi que nous l'apprend Damilaville dans sa lettre du 7 mars 1765 à V*.
Voir : https://data.bnf.fr/fr/12171115/jacques-andre_naigeon/
et : http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/jacques-andre-naigeon
et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques-Andr%C3%A9_Naigeon
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12/05/2020
le tyran est toujours dans une colère à faire pouffer de rire
... Donald Trump correspond tout à fait au constat ci-dessus .

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
27 février 1765
Mon cher ange, il y a des monstres, et ce Vergy est un des plus plats monstres qui aient jamais existé. Ses horribles impertinences sont déjà oubliées pour jamais. C’est le sort de tous ces malheureux qui se croient quelque chose, parce qu’ils ont appris à lire et à écrire, et qu’ils ne savent pas que la condition d’un honnête laquais est infiniment supérieure à leur état.
Je fais toujours d’humbles représentations au tyran du tripot. En vérité je commence à croire qu’il n’y a point d’autres fondements de vos querelles que la concurrence du pouvoir suprême. Il me paraît ulcéré de ce que je me suis adressé à vous, et non pas à lui, dans le temps que vous étiez à Paris et lui à Bordeaux. J’ai nié fortement, j’ai soutenu que j’avais envoyé à Grandval, sous son bon plaisir, les provisions des dignités comiques. Ce procès ne finit point ; le tyran est toujours dans une colère à faire pouffer de rire. Je soutiens mon bon droit avec une véhémence douloureuse et pathétique ; et je ne désespère pas qu’à la fin mon innocence ne l’emporte sur sa tyrannie.
Oserais-je vous supplier, mon divin ange, de dire à M. de Belloy combien je suis enchanté de son succès ? Vous souvenez-vous d’une mademoiselle de Choiseul qui, étant près de mourir, et ne pouvant plus coucher avec son amant, pria une de ses amies de coucher avec le sien en sa présence, afin de voir deux heureux avant sa mort ? Je suis à peu près dans ce cas ; je baisse à un point que cela fait pitié. J’ai actuellement chez moi, pour me ragaillardir, un jeune M. de Villette qui sait tous les vers qu’on ait jamais faits, et qui en fait lui-même, qui chante, qui contrefait son prochain fort plaisamment, qui fait des contes, qui est pantomime, qui réjouirais jusqu’aux habitants de la triste Genève. Dieu m’a envoyé ce jeune homme pour me consoler dans mon dépérissement et pour égayer ma décrépitude. Le nombre d’originaux qui me passent par les mains est inconcevable. Quand je considère les montagnes de neige dont je suis environné de tous côtés, je n’imagine pas comment les gens aimables peuvent aborder. Voilà assurément une drôle de destinée.
Avouez-moi donc que madame d’Argental ne tousse plus. Tout le monde tousse dans mon pays. Nous sommes en Sibérie l’hiver, et à Naples l’été.
J’ai été bien attendri du mémoire d’Elie. J’espère que David paiera pour le parlement de Toulouse 1. Tous les David 2 m’ont toujours paru de méchantes gens. Savez-vous bien que j’ai encore sur les bras une aventure pareille 3? Mais comme on n’a été roué cette fois-ci qu’en effigie, et qu’il n’y a qu’une famille entière réduite à la dernière misère, cela ne vaut pas la peine qu’on en parle.
Je rends grâces à M. Marin d’avoir renvoyé mes secrets 4 en Hollande . Je crois que son respect pour vous n’y a pas peu contribué.
Mes divins anges, respect et tendresse.
Je crains toujours que mon maudit curé ne me joue quelque tour pour mes dîmes.
V.»
1 Voir lettre du 13 avril 1765 à Damilaville et le rôle de David de Beaudrigue, capitoul de Toulouse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Calas
Voir aussi : http://www.justice.gouv.fr/histoire-et-patrimoine-10050/proces-historiques-10411/laffaire-calas-22774.html
et , pourquoi pas : https://www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1932_num_44_175_5145
2 Le roi David, les libraire David, le capitoul David, etc.
3 Élisabeth, une des filles de Pierre-Paul Sirven avait été remise entre les mains de Jean-Sébastien de Barral, évêque de Castres qui tenta par la violence de la convertir au catholicisme . Devenue folle, remise en liberté, elle fut plus tard retrouvée morte dans un puits le 4 janvier 1762 . Le précédent de l'affaire Calas jouant, les Sirven furent accusés du meurtre . Le père et la mère, née Antoinette Léger, furent condamnés à mort par contumace, et leurs filles à l'exil . Tous purent s'échapper, non sans peine, et trouvèrent refuge à Ferney . V* ne put obtenir leur réhabilitation qu'en 1767 ; voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Sirven
4 Marin en sa qualité de censeur a refusé la permission de débiter Les Lettres secrètes à Paris .
19:23 | Lien permanent | Commentaires (0)
11/05/2020
je vous envoie le Campeador
... Christophe Castaner ?
Non, il vient d'être battu à plate-couture par Blanquer qui est à cette heure le king de la déclaration qui tue :« Plus de risque à rester chez soi que d’aller à l’école » .
Je n'ai qu'un mot "Gé - nial !", deux mois de confinement pour entendre ça ! On a coupé des têtes pour les propos plus bénins . Et dire que sa paye sera malgré tout intacte ! Qu'y a-t-il dans le crâne de ce bonhomme ? du yaourt ? un conno-virus ?
Si je le crois, et si je veux sauver ma peau, je n'ai donc plus qu'une voie de salut, reprendre le chemin de Mat' sup', sans masque, sous la bienveillante direction d'un maître ou, de préférence, l'affectueuse protection d'une maîtresse : le rêve, pour survivre sain de corps sinon d'esprit . Je ne vous/me retiens pas plus longtemps, je boucle mon cartable et ma boîte à casse-croûte, et j'y vais .

"Mon Dieu, faites qu'ils me croient, faites qu'ils me croient, faites qu'ils me croient, sinon ...."
« A Henri Rieu
26 février [1765]
Mon cher corsaire, je vous envoie le Campeador 1. Voici une petite note pour Michel Rey . Je vous supplie de vouloir bien la lui envoyer et de lui recommander pour son intérêt d'imprimer ce Dictionnaire portatif 2 dont vous lui communiquez l’errata . Quand verrons-nous mon cher corsaire ? Mille respects à toute la famille .
V. »
1 Le Cid , mais dans quelle version ?
2 On ne connait pas d'édition Rey du Dictionnaire philosophique .
12:18 | Lien permanent | Commentaires (0)
Il est bien étrange que ce qui est dans mon cœur ne se soit pas trouvé au bout de ma plume
... Timidité maladive !
Cinq mille et unième note mise en ligne ; merci Voltaire .
Passé et à venir
« A Etienne-Noël Damilaville
25è février 1765 1
J'ai peur, mon cher frère, de ne vous avoir pas remercié de la bonté que vous avez eue de me faire avoir tant de livres , et de vous charger encore du paquet pour l'Académie . Il est bien étrange que ce qui est dans mon cœur ne se soit pas trouvé au bout de ma plume . M. Blin de Sainmore me parle d'une édition de Racine avec des commentaires, qu'on entreprend par souscriptions . On ne me dit point quel est l'auteur de ces commentaires, mais je souscris aveuglément .
Permettez que j'insère ici une petite lettre pour M. Blin de Sainmore 2, qui viendra, ou enverra chez vous recevoir l'argent de la souscription .
Voulez-vous bien souffrir aussi que je vous adresse ce petit billet pour Briasson ? Je me flatte qu'enfin mes espérances ne seront pas trompées, et que je ne mourrai pas sans avoir vu paraître l'Encyclopédie . Il me semble qu'il sera aisé d'envoyer l'ouvrage sans bruit à chaque souscripteur, et de tromper l’avarice et la persécution .
On dit que Fréron est au Fort-l'Evêque, si cela est absolvit nunc poena deos 3.
J'apprends que la pièce de mon ami de Belloy 4 a beaucoup de succès . Mais surtout, mon cher frère écr l'inf . »
1 L'édition de Kehl à la suite de la copie Beaumarchais fond l'ensemble des fragments déformés de cette lettre et des lettres du 27 février et du 1er mars 1765, le tout daté 27 février 1765 ; voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/09/correspondance-annee-1765-partie-6.html
2 Voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2020/05/09/je-doute-que-le-public-ne-sachant-pas-de-qui-seront-les-remarques-favorise.html
3 Il a par son châtiment payé sa dette envers les dieux.
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