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29/03/2012

Les ministres n'ont guère le temps d'examiner les Magots de la Chine

Tout affairés qu'ils sont à tenter de sauver leurs précieux portefeuilles dans le meilleur des cas, ou à se trouver une sinécure avec de gras bénéfices dans le cas le plus probable de leur éjection du gouvernement  .

Donc point d'examen des "magots" de la Chine moderne ! Myopie remarquable concernant la démocratie de cette puissance économique . Efforts vains pour en faire des clients et non plus seulement des fournisseurs .

Allez ! du balai !!

 

sun_wukong_and_jade_rabbit.jpghttp://contoirdeslegendes.wordpress.com/2012/02/07/le-roi-des-singes-passe-le-balai/

 

 

 

 

« A M. le comte d'ARGENSON.

Aux Délices, ou prétendues Délices, comme on dit prétendus réformés, 12 septembre [1755]

Les ministres n'ont guère le temps d'examiner les Magots de la Chine; mais si le plus aimable de tous les ministres a le temps de voir, à Fontainebleau, la morale de Confucius, en cinq actes, si l'auteur chinois peut amuser une heure et demie celui qui, depuis quarante ans 1 en çà, l'honore de ses bontés, il sera plus fier qu'un conquérant tartare.

Est-il permis de glisser dans ce paquet cinquante Magots pour le président Hénault? »

 

1 Ils se connaissent depuis leurs études au collège Louis Le Grand .

 

Le seul prix de tous mes travaux est votre suffrage, et celui de tous les hommes qui pensent comme vous

Décidément, les allusions au monde électoral / illusions du monde électoral sont aisées à trouver . Merci Voltaire !

 

propos creux.jpg


 http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/20...

 

 

« A M. DE MALESHERBES

Aux Délices, 12 septembre [1755]

J'ai l'honneur, monsieur, de vous envoyer le premier exemplaire d'une pièce représentée loin de moi, et imprimée sous mes yeux. Je vous dois cet hommage. J'ai fait don de la pièce au sieur Lambert pour la France, et aux Cramer pour les pays étrangers. Je n'ai d'autres intérêts avec les libraires et les comédiens que celui de leur être utile. Le seul prix de tous mes travaux est votre suffrage, et celui de tous les hommes qui pensent comme vous.

Vous sentez, monsieur, combien la conversation que M. l'abbé Mignot a eue avec vous a pénétré de douleur Mme Denis, et moi, et toute ma famille. Je n'ai appris que fort tard cette cruelle affaire, que Mme Denis me tenait cachée dans ma dernière maladie. Jugez quelle dut être ma crainte, quand elle me dit qu'on imprimait à Paris une partie de l'histoire du roi, que le ministre m'avait recommandé de tenir longtemps secrète. Et quelle histoire encore? des mémoires informes, des minutes de rebut, volées indignement et vendues à un libraire. Mon désespoir fut au comble, quand j'appris que vous-même vous pensiez que j'étais d'accord de cette manœuvre qui pouvait me perdre. Mme de Pompadour et M. d'Argenson étaient les seuls qui avaient mon véritable manuscrit; je les offensais, ainsi que le roi lui-même, si je le donnais au public dans les circonstances où est l'Europe.
Cependant ce manuscrit est près de paraître, le libraire ne daigne pas seulement m'en avertir. On lui parle, il refuse de me consulter; on mande enfin à Mme Denis, de plusieurs endroits différentes, que l'auteur du larcin est connu, qu'il a vendu les brouillons de cet ouvrage, volé chez elle, vingt-cinq louis d'or , que vous le savez; que le libraire Prieur vous l'a avoué, comme à plusieurs autres personnes le fait devient public. Que devait, que pouvait faire Mme Denis, que de vous écrire, monsieur, et d'écrire à Mme de Pompadour? Elle vous soumet toute sa conduite; elle ne fait pas une démarche sans vous en instruire , elle compte sur votre amitié et sur votre justice , elle fait tout pour m'épargner les suites funestes de ce larcin, qui seraient aussi cruelles que celles de cette prétendue Histoire universelle, volée de même, falsifiée de même, connue par toute l'Europe littéraire pour m'avoir été dérobée, et qui cependant m'a perdu auprès du roi.

Je suis très-persuadé, monsieur, que vous, qui êtes à la tête des lettres, vous ne voudrez point qu'un homme qui les a préférées à tout, et qui ne les cultiva que pour elles-mêmes, soit continuellement la victime de la calomnie et de la rapine, c'est une affreuse récompense. Je dois croire qu'une âme comme la vôtre entre dans ma juste douleur, bien loin de la redoubler.

 

M. d'Argenson m'avait flatté qu'il pouvait recevoir sous votre enveloppe; vous me pardonnerez cette liberté.

J'ai l'honneur d'être avec respect, monsieur, votre très- humble et très-obéissant serviteur. »

 

Vous avez le droit de vous élever contre eux; c'est à la vertu d'être intrépide

 EUX ! "... [s'] élever contre eux" , contre ces amuseurs tristes qui nous promettent tout et son contraire, qui ne rêvent que d'assurer leur avenir historiquement (et matériellement ), si ce n'est honorablement .

Eux, ces candidats qui se bagarrent au lieu de s'unir en gardant les meilleures voies de chaque parti ( plutôt que seulement les voix des électeurs abusés ! ).

Intrépide , "LA" vertu ! c'est encore au genre féminin d'intervenir !

Reste-t-il des vertus masculines ?

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« A M. le comte d'ARGENTAL.

Aux Délices, 12 septembre [1755]

Je vous ai déjà mandé, mon cher ange, que j'ai envoyé la pièce à Lambert que la seule chose importante pour moi, dans le triste état où je suis, c'est qu'elle paraisse avec les petits boucliers qui repoussent les coups qu'on me porte.

J'ai pris, sur les occupations cruelles, sur les maux qui m'accablent, sur le sommeil que je ne connais guère, un peu de temps à la hâte, pour corriger, pour arrondir ce que j'ai pu. Si la pièce était malheureusement imprimée de la manière dont les comédiens la jouent, elle me ferait d'autant plus de peine que les copies en seraient très-incorrectes, et c'est ce que j'ai craint; c'est ce qui est arrivé à Rome sauvée, transcrite aux représentations. Il n'y a nulle liaison dans les choses qu'on a été obligé de substituer pour faire taire des critiques très- injustes. Ces critiques disparaissent bientôt, et il ne faut pas qu'il reste de vestige de la précipitation avec laquelle on a été forcé d'adoucir les ennemis d'un ouvrage passable, avec des vers nécessairement faibles, par lesquels on a cru les désarmer. S'il reste quelques longueurs, si l'impatience française ne veut pas que le dialogue ait sa juste étendue, on peut, aux représentations, sacrifier des vers mais les yeux jugent autrement. Le lecteur exige que tout ait sa proportion, que rien ne soit tronqué, que le dialogue ait toute sa justesse. Je ne parle point de certains vers énergiques, tels que

Les lois vivent encore, et l'emportent sur vous .1 ( Acte IV, scène IV.)

vers que Mme de Pompadour a approuvés, vers qui donnent quelque prix à mon ouvrage. Me les ôter sans aucune raison, c'est jeter une bouteille d'encre sur le tableau d'un peintre. Ne joignez pas, je vous en conjure, aux désagréments qui m'environnent, celui de laisser paraître mon ouvrage défiguré. Je serai peut-être dans la nécessité d'employer plus de soins à faire jouer ma pièce à Fontainebleau, comme elle doit l'être, qu'on en a mis à satisfaire les murmures inévitables à une première représentation dans Paris. Un peu de fermeté, quelques vers retranchés, suffiront pour faire passer la pièce au tribunal de ce parterre si indocile; mais, au nom de Dieu, que mon ouvrage soit imprimé comme je l'ai fait. Mon cher ange, j'exige cette justice de votre amitié.

Quant à M. de Malesherbes, il a tort, et il faut avoir le courage de lui faire sentir qu'il a tort, il n'y a que votre esprit aimable et conciliant qui puisse réussir dans cette affaire. N'y êtes-vous pas intéressé? Quoi! un Ximenès vole des manuscrits, et ce lâche insulte! et il vous traite d'espèce! et M. de Malesherbes a protégé ce vol! Contre qui? contre celui que ce vol pouvait perdre. Parlez, parlez avec le courage de votre probité, de votre honneur, de votre amitié. Les hommes sont bien méchants! Vous avez le droit de vous élever contre eux; c'est à la vertu d'être intrépide. Je vous embrasse mille fois. Comment va le pied de madame d'Argental? Je vous envoie, par M. de Malesherbes même, l'édition de Genève. Prault n'aura rien. Lambert aura la France, les comédiens auront mon travail. Il ne me reste que les tracasseries, mon cher ange vos bontés l'emportent sur tout. »

 



 

1 La crainte que la police ne vit une allusion dans ce beau vers avait engagé un des amis de Voltaire à y substituer un vers insignifiant. Voir lettre du 8 octobre à Mlle Clairon : page 478 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411354g/f481.image.r=oeuvres+completes+voltaire.langFR