03/05/2019
Que reste-t-il à tous ces rois qui ont ébranlé l’Europe par leurs guerres
... Rien de plus qu'une place six pieds sous terre, comme tout le monde !

« A Caroline-Louise de Hesse-Darmstadt, margravine de Baden-Durlach
A Ferney 28 mars 1764
Madame, Votre Altesse Sérénissime se doute bien que je porte une furieuse envie à celui qui aura l’honneur de vous rendre cette lettre. Il jouira de l’avantage de voir une cour dans laquelle tout le monde voudrait vivre, et d’être admis auprès d’une princesse dont on voudrait être né sujet. C’est, madame, un citoyen de Genève, d’une des meilleures familles de cette république, il se nomme Mallet 1. Il a été longtemps à la cour de Danemark, où il est fort estimé . J’ose dire qu’il est digne d’être présenté à Votre Altesse Sérénissime . Personne n’est plus sensible que lui au mérite supérieur . Enfin, madame, quoiqu’il ne soit qu’un voyageur, il deviendra votre sujet, dès qu’il aura eu le bonheur de vous voir et de vous entendre ; c’est le sort de tous ceux qui ont passé à Carlsruhe . Cette noble retraite est devenue, grâce à Votre Altesse Sérénissime, l’asile de la vertu et du bonheur. Que reste-t-il à tous ces rois qui ont ébranlé l’Europe par leurs guerres, que de revenir chacun dans leur Carls Rue 2? Vous êtes, madame, plus sage qu’eux tous, car vous êtes demeurée en paix chez vous, et ils sont forcés enfin de vous imiter.
Je suis avec un profond respect,
madame,
de Vos Altesses Sérénissimes,
le très humble et très obéissant serviteur.
Voltaire.»
1 Paul-Henri Mallet : voir : http://dictionnaire-journalistes.gazettes18e.fr/journaliste/541-paul-henri-mallet
2 Une édition donne Carls ruhe , ce qui semble plus juste que rue, car on a un jeu de mot adéquat : paix de Charles .
18:30 | Lien permanent | Commentaires (0)
c’est la satire sans sel, la grossièreté sans esprit, l’envie sans aucune raison d’être envieux, la méchanceté dans toute sa laideur
... Et ce ne sont pas les élucubrations diffusées larga manu sur les réseaux dits sociaux qui te feraient changer d'avis mon cher Voltaire .
« A Etienne-Noël Damilaville
27è mars 1764 1
J’ai à peine le temps, mon cher frère, de vous remercier, en deux mots, de tout ce que vous m’avez écrit de charmant le 22è mars. Les belles-lettres sont dans un étrange avilissement à Paris ; mais je me trompe , ce ne sont pas les belles-lettres, ce sont les vilaines, les infâmes lettres ; c’est la satire sans sel, la grossièreté sans esprit, l’envie sans aucune raison d’être envieux, la méchanceté dans toute sa laideur . Plus on cherche à mordre notre ami Platon, et plus je lui suis attaché. Votre zèle pour la saine littérature est infatigable . Vous êtes bien loin de ressembler à ceux 2 qui ont le temps d’aller dîner tous les jours très loin de chez eux, et qui n’ont pas le temps, pendant six mois, d’écrire une seule lettre à leurs amis . Ceux-là glacent le cœur, et vous l’échauffez. Je serais fort étonné si l’on permettait actuellement la Tolérance. J’ai toujours pensé qu’il fallait attendre ; mais mon cher frère voit les choses de plus près, et mieux que moi . Je crois que le frère Gabriel Cramer a fini d’imprimer les Contes de Guillaume Vadé. Il y a des choses un peu vives ; on y a ajouté quelques morceaux 3 de Jérôme Carré. Jérôme et Guillaume sont des gens hardis ; mais la plaisanterie fait tout passer . Vous pouvez dire, dans l’occasion, aux gens difficiles, que c’est un recueil de plusieurs polissons, dont aucun, ne se donnant pour un homme sérieux ne mérite pas 4 d’être examiné à la rigueur. Adieu, mon très-cher frère. »
1 L'édition de Kehl suivant la copie Beaumarchais supprime la phrase Voici le petit billet que vous avez la bonté de me demander, et date la lettre du 30 mars, après plusieurs tentatives de remaniements abandonnées .
2 Thieriot .
3 L'Appel à toutes les nations .
4 Sic .
09:17 | Lien permanent | Commentaires (0)

