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03/12/2021

il me semble que les vices de son âme ainsi que que de ses écrits ne sont venus que d'un fond d'orgueil ridicule . L'envie de jouer un rôle a corrompu son cœur

... M. Zemmour , Voltaire vous a  démasqué, et je suis d'accord avec lui  !

 

 

« A Théodore Tronchin

3è septembre 1766 1

Votre dernière lettre, mon cher Esculape, m'a sensiblement affligé . Vous n'êtes point fait pour donner des maladies c'est à vous de les guérir . Mes neveux du Grand Conseil et du Parlement m'ont instruit de tout . Je suis bien persuadé que loin de parler à d'autres du faux bruit qui a couru, vous l’avez détruit dès sa naissance . Je suis très sûr aussi que votre cœur a été aussi sensible que le mien à l'abominable aventure qui a été la cause de tous ces vains discours répandus dans le public .

Je vous répète encore qu'il y plus d'un an que je n'ai écrit à M. le duc de La Vallière .

Vous me faites une peine bien cruelle en prétendant que je vous ai dit que je prenais le parti du peuple contre le conseil des Vingt-Cinq . Je vous ai dit que j'étais impartial sur le fond des demandes, comme je dois l'être , mais que je ne l'étais pas sur l'amitié que j'avais vouée à ceux des Vingt-Cinq qui sont liés avec vous . Je vous ai dit que je trouvais deux des demandes du peuple très justes, et les autres insoutenables . C'est sur ce plan que j'avais travaillé, quand après la mort de M. de Montpéroux on me pria de concilier les esprits . J'envoyai un mémoire que je fis consulter par des avocats de Paris . Je remis ce mémoire à monsieur l'ambassadeur quand il arriva . Le premier point a déjà été réglé tel que les avocats l'avaient décidé . Je ne me suis mêlé depuis ce temps-là en aucune manière du procès des représentants avec le Petit Conseil ; et je me suis contenté de faire des vœux pour la paix .

Lorsqu'une vingtaine de natifs vinrent me prier de vouloir bien rédiger un compliment et un mémoire qu'ils voulaient présenter aux ambassadeurs, j’eus cette condescendance ; ils demandaient la chose du monde la plus équitable , c'était de ne payer leurs maîtrises que quand ils étaient passés maîtres . Les bourgeois qui s'y opposaient me paraissaient avoir tort , et les natifs avoir très grande raison . Aussi ont-ils ce qu'ils demandaient . M. le chevalier de Beauteville est l'équité même ; quand les natifs ont demandé des choses moins justes, je ne les ai pas écoutés . Je les ai renvoyés aux médiateurs, sans vouloir lire leurs mémoires, et je ne me suis mêlé absolument de rien depuis le premier mémoire des natifs . M. le duc de Choiseul et M . le duc de Praslin sont très contents de ma conduite, et m'honorent d'une bonté inaltérable, dont ils daignent me donner des marques tous les jours . M. le chevalier de Beauteville , M. de Taulès et M. Hennin me rendent la même justice . Ils me font l'honneur de venir quelquefois dans ma retraite dont je ne suis pas sorti depuis plus de deux ans, et dont probablement je ne sortirai que pour aller au cimetière de l'église que j'ai bâtie . Je tâcherai de faire du bien jusqu'à ce moment là . Ma consolation est la sûreté où je suis que votre âme bienfaisante secondera mes faibles efforts en faveur de la famille Sirven beaucoup plus infortunée que la famille Calas puisqu'elle n'a jusqu’ici d'autre appui que moi, et que les Calas ont été favorisés par toute la France . Le factum de M. de Beaumont en faveur des Sirven me paraît un chef-d’œuvre, je me flatte que vous lui donnerez votre suffrage et celui de vos amis . Vous êtes compté parmi ceux qui peuvent diriger l'esprit du public dans des affaires qui intéressent l'humanité . Votre voix peut beaucoup, et vous ne nous la refuserez pas .

Quant au malheureux Rousseau, je ne le crois pas au fond un scélérat ; je pense que vous allez un peu trop loin ; je peux me tromper , mais il me semble que les vices de son âme ainsi que que de ses écrits ne sont venus que d'un fond d'orgueil ridicule . L'envie de jouer un rôle a corrompu son cœur ; je le tiens à présent un des êtres les plus infortunés qui respirent . Vous êtes un des plus heureux et vous méritez de l'être . Vous savez à quel point je me suis toujours intéressé à votre félicité et à votre gloire . Ma famille qui est rassemblée à Ferney s'unit avec moi dans le mêmes sentiments, et nous vous embrassons tous avec l’amitié la plus sincère et la plus inaltérable .

V. »

1 L'édition Tronchin B. donne une version consistant en quatre fragments datés des 3 et 16 septembre 1766 ; on a ici la version André Delattre : « Voltaire Correspondance avec les Tronchin » , Mercure de France, 1930, CCCX, 201-205

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