18/03/2025
pourquoi tant d’assassinats religieux
... Mais quel.s dieu.x honorent les assassins ? Les dieux et leurs prophètes ne sont que des alibis pour des humains pourris .

Sous tous les cieux et climats, tuer celui qui n'honore pas le même prophète ou dieu est follement justifié
« A Pierre-Firmin de La Croix
Ferney, 4è Septembre 1769 par Lyon 1
Je ne conçois pas, monsieur, pourquoi cet infortuné Sirven se hâte si fort de se remettre en prison à Mazamet, puisque vous serez à la campagne jusqu’à la saint-Martin. Il faut qu’il s’abandonne entièrement à vos conseils. Je crains pour sa tête dans une prison où il sera probablement longtemps. Il m’a envoyé la consultation des médecins et chirurgiens de Montpellier 2. Il est clair que le rapport de ceux de Mazamet était absurde, et que l’ignorance et le fanatisme ont condamné, flétri, ruiné une famille entière, et une famille très vertueuse. J’ai eu tout le temps de la connaître ; elle demeure, depuis six ans, dans mon voisinage. La mère est morte de douleur en me venant voir ; elle a pris Dieu à témoin de son innocence à son dernier moment ; elle n’avait pas même besoin d’un tel témoin.
Ce jugement est horrible, et déshonore la France dans les pays étrangers. Vous travaillez, monsieur, non seulement pour secourir l’innocence opprimée, mais pour rétablir l’honneur de la patrie.
J’espère beaucoup dans l’équité et dans l’humanité de monsieur le procureur général. M. le prince de Beauvau lui a écrit, et prend cette affaire fort à cœur ; mais je crois qu’on n’a besoin d’aucune sollicitation dans une cause que vous défendez. Je suis même persuadé que le Parlement embrassera avec zèle l’occasion de montrer à l’Europe qu’il ne peut être séduit deux fois par le fanatisme du peuple, et par de malheureuses circonstances qui peuvent tromper les hommes les plus équitables et les plus habiles. J’ai toujours été convaincu qu’il y avait dans l’affaire des Calas de quoi excuser les juges. Les Calas étaient très innocents, cela est démontré ; mais ils s’étaient contredits. Ils avaient été assez imbéciles pour vouloir sauver d’abord le prétendu honneur de Marc-Antoine leur fils, et pour dire qu’il était mort d’apoplexie, lorsqu’il était évident qu’il s’était défait lui-même. C’est une aventure abominable ; mais enfin on ne peut reprocher aux juges que d’avoir trop cru les apparences. Or il n’y a ici nulle apparence contre Sirven et sa famille. L’alibi est prouvé invinciblement . Cela seul devait arrêter le juge ignorant et barbare qui l’a condamné.
On m’a mandé que le Parlement avait déjà nommé d’autres juges pour revoir le procès en première instance. Si cette nouvelle est vraie, je tiens la réparation sûre ; si elle est fausse, je serai affligé. Je voudrais être en état de faire dès à présent le voyage de Toulouse. Je me flatte que les magistrats me verraient avec bonté, et qu’ils me verraient avec d’autant moins mauvais gré d’avoir pris si hautement le parti des Calas, que j’ai toujours marqué dans mes démarches le plus profond respect pour le Parlement, et que je n’ai imputé l’horreur de cette catastrophe qu’au fanatisme dont le peuple était enivré. Si les hommes connaissaient le prix de la tolérance, si les lois romaines, qui sont le fond de votre jurisprudence, étaient mieux suivies, on verrait moins de ces crimes et de ces supplices qui effraient la nature. C’est le seul esprit d’intolérance qui assassina Henri III et Henri IV, votre premier président Duranti, et l’avocat général Rafis 3 ; c’est lui qui a fait la Saint-Barthélemy ; c’est lui qui a fait expirer Calas sur la roue. Pourquoi ces abominations n’arrivent-elles qu’en France ? pourquoi tant d’assassinats religieux, et tant de lettres de cachet prodiguées par le jésuite Le Tellier ? Sont-ils le partage d’un peuple si renommé pour la danse et pour l’opéra-comique ?
Tant que vous aurez des pénitents blancs, gris, et noirs, vous serez exposés à toutes ces horreurs ; il n’y a que la philosophie qui puisse vous en tirer ; mais la philosophie vient à pas lents, et le fanatisme parcourt la terre à pas de géant.
Je me consolerai, et j’aurai quelque espérance de voir les hommes devenirs meilleurs, si vous faites rendre aux Sirven une justice complète. Je vous prie, monsieur, de ne vous point rebuter des irrégularités dans lesquelles peut tomber un homme accablé d’une infortune de sept années, capable de déranger la meilleure tête.
Au reste, il doit avoir encore assez d’argent, et il n’en manquera pas.
Je suis tout prêt de faire ce que veut M. Darquier 4 ; je pense entièrement comme lui ; il m’a pris par mon faible, et vous augmentez beaucoup l’envie que j’ai de rendre ce petit service à la littérature. Il faudrait pour cela être sur les lieux, il faudrait passer l’hiver à Toulouse ; c’est une grande entreprise pour un vieillard de soixante-quinze ans, qui aime passionnément les beaux-arts, mais qui n’a que des désirs et point de force.
J’ai l’honneur d’être, monsieur, avec tous les sentiments d’estime, et j’ose dire d’amitié que vous méritez, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
1 Original signé ; éd . Kehl avec un fragment de la lettre du 30 août 1769 à Audra et sous son nom, suivant la copie Beaumarchais ; les lettres Best. D15843 du 23 août et 15991 du 13 septembre respectivement de La Croix et Audra, permettent de rétablir la correspondance .
2 La Décision de la faculté de médecine de Montpellier , imprimée par La Croix en appendice à son Mémoire pour le sieur Pierre-Paul Sirven […] : page 165 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6291073c/f173.image.r=faculte
3 Voir l'Histoire du parlement de Paris , chap. XXXI : page 514 : https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_du_parlement/%C3%89dition_Garnier/Chapitre_31
4 Voir lettre du 5 août 1769 à Darquier de Pellepoix : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/02/12/j-ai-bien-peur-que-toutes-ces-idees-ne-soient-les-reves-d-un-vieillard-leur.html
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17/03/2025
il n’y a point de pays si disgracié de la nature qu’on ne puisse en tirer parti.
.... Tel est le credo voltairien qui se vérifie étonnamment et heureusement sous toutes les latitudes, des pôles à l'équateur .
Offres de la nature : https://www.worldnaturephotographyawards.com/

« A Louise-Honorine Crozat du Châtel, duchesse de Choiseul
Ferney, 4 septembre 1769 1
Madame Gargantua,
Pardon de la liberté grande 2; mais comme j’ai appris que monseigneur votre époux forme une colonie dans les neiges de mon voisinage, j’ai cru devoir vous montrer à tous deux ce que notre climat, qui passe pour celui de la Sibérie sept mois de l’année, peut produire d’utile.
Ce sont mes vers à soie qui m’ont donné de quoi faire ces bas ; ce sont mes mains qui ont travaillé à les fabriquer chez moi, avec le fils de Calas ; ce sont les premiers bas qu’on ait faits dans le pays.
Daignez les mettre, madame, une seule fois ; montrez ensuite vos jambes à qui vous voudrez, et si on n’avoue pas que ma soie est plus forte et plus belle que celle de Provence et d’Italie, je renonce au métier ; donnez-les ensuite à une de vos femmes, ils lui dureront un an.
Il faut donc que monseigneur votre époux soit bien persuadé qu’il n’y a point de pays si disgracié de la nature qu’on ne puisse en tirer parti.
Je me mets à vos pieds, j’ai sur eux des desseins ;
Je les prie humblement de m’accorder la joie
De les avoir logés dans ces mailles de soie
Qu’au milieu des frimas je formai de mes mains.
Si La Fontaine a dit : Déchaussons ce que j’aime 3,
J’ose prendre un plus noble soin ;
Mais il vaudrait bien mieux (j’en juge par moi-même)
Vous contempler de près que vous chausser de loin.
Vous verrez, madame Gargantua, que j’ai pris tout juste la mesure de votre soulier. Je ne suis fait pour contempler ni vos yeux ni vos pieds, mais je suis tout fier de vous présenter de la soie de mon cru.
Si jamais il arrive un temps de disette, je vous enverrai, dans un cornet de papier, du blé que je sème, et vous verrez si je ne suis pas un bon agriculteur digne de votre protection.
On dit que vous avez reçu parfaitement un petit médecin 4 de votre colonie ; mais un laboureur est bien plus utile qu’un médecin. Je ne suis plus typographe ; je m’adonne entièrement à l’agriculture, depuis le poème des Saisons de M. de Saint-Lambert. Cependant, s’il paraît quelque chose de bien philosophique qui puisse vous amuser, je serai toujours à vos ordres.
Agréez, madame, le profond respect de votre ancien colporteur, laboureur, et manufacturier.
Guillemet. »
1 Copie par Wyart ; éd. Kehl , d'après une copie Beaumarchais-Kehl qui donne la date mais où manquent les mots et plus belle dans le troisième paragraphe .
Voir aussi : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/09/04/8859596261d7ae3c78cdc44a7390565d.html
2 Expression des Mémoires de Grammont, chap. III., page 22 : https://archive.org/details/mmoiresdelavied00hamigoog/page/n31/mode/2up
3 La Fontaine, dans son conte de La Courtisane amoureuse, a dit :
Je voudrais bien déchausser ce que j’aime.
Voir : https://www.ruedesfables.net/conte-la-courtisane-amoureuse/
4 Coste ; voyez la lettre d'avril 1769 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/10/17/rien-n-est-plus-juste-qu-une-augmentation-de-petits-appointe-6519242.html
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