09/12/2011
je fais déjà tailler mes vignes et mes arbres. Je m'occupe à faire des basses-cours

Voltaire n'était pas un paysan d'opérette, un jardinier du dimanche, un traine binette . Il sait parfaitement , en temps et lieux, faire exécuter les travaux nécessaires pour avoir de bonnes récoltes .

Il mène les hommes de l'art afin de rendre son logis agréable pour lui et ses amis et parents ; sans faire appel à Valérie Damidot, lui !

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'ARGENTAL.
Aux Délices, près de Genève, 8 mars [1755].
Mes Délices sont un tombeau, mon cher et respectable ami. Nous voilà, ma garde-malade et moi, sur les bords du lac de Genève et du Rhône; je mourrai du moins chez moi. Il est vrai qu'il serait assez agréable de vivre dans une maison charmante, commode, spacieuse, entourée de jardins délicieux mais j'y vivrai sans vous, mon cher ange, et c'est être véritablement exilé.
Notre établissement nous coûte beaucoup d'argent et beaucoup de peines. Je ne parle qu'à des maçons, à des charpentiers, à des jardiniers; je fais déjà tailler mes vignes et mes arbres. Je m'occupe à faire des basses-cours. Vous croirez, sur cet exposé, que j'ai abandonné votre Orphelin; ne me faites pas cette cruelle injustice. Vous aurez vos cinq magots chinois incessamment, et tout ce que je vous ai promis. J'ai travaillé autant que l'a permis ma déplorable santé. Si vous l'ordonnez, le tout partira à l'adresse de M. de Chauvelini, l'intendant des finances, à votre premier ordre. Si vous voulez me donner jusqu'à Pâques, j'aurai encore peut-être le temps de limer, et l'envie de vous plaire pourra m'inspirer. Je ne vous parlerai plus de Lambert,ii quoique sa négligence m'embarrasse; je ne vous parlerai que de Gengis; c'est Arlequin poli par l'amouriii. C'est plutôt le Cimon de Boccace iv et de La Fontaine v.
Chimon aima, puis devint honnête homme.
(La Courtisane amoureuse )
Voilà le sujet de la pièce. Vous aviez raison de découvrir cinq actes dans mes trois. Le germe y était reste à savoir si cette tragédie aura la sève et le montant d'Alzire; non assurément. J'y ai fait tout ce que le sujet et ma faiblesse comportent; mais ce n'est pas assez de faire bien, il faut être au goût du public il faut intéresser les passions de ses juges, remuer les cœurs, et les déchirer. Mes Tartares tuent tout, et j'ai peur qu'ils ne fassent pleurer personne. Laissons d'abord passer toutes les mauvaises pièces qui se présenteront ne nous pressons point, et tâchons que dans l'occasion on dise Cela est bien; et s'il était parmi nous, cela serait encore mieux.
In qua scribebat, barbara terra fuit. vi
(OVID., Taist., III, eleg. i, v. 18.)
Consolez-moi, mon cher ange, en m'apprenant que vous êtes heureux, vous et les vôtres. Je baise toujours le bout des ailes de tous les anges. »
i Jacques-Bernard de Chauvelin, intendant des finances et conseiller d'Etat, frère du marquis François-Claude de Chauvelin, et de l'abbé Henri-Philippe de Chauvelin.
iii Titre d'une petite pièce donnée par Marivaux, au Théâtre-Italien, en 1720. http://books.google.fr/books?id=s0AGAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=arlequin+poli+par+l'amour&hl=fr&ei=lkjiTsTwFofQhAeS_43xAQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CEcQ6AEwAA#v=onepage&q=arlequin%20poli%20par%20l'amour&f=false
iv Jean Boccace :voir sa nouvelle Cimonhttp://books.google.fr/books?id=b2ruvg8F1F4C&pg=PA207&dq=boccace+cimon&hl=fr&ei=r0niTuC2FpT74QS8oZSYBQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&sqi=2&ved=0CC8Q6AEwAA#v=onepage&q&f=false
v Dans La Courtisane amoureuse , de La Fontaine , on trouve le personnage de Chimon : page 77 : http://books.google.fr/books?id=PakipK6hNTIC&pg=PA77&dq=la+courtisane+amoureuse+la+fontaine&hl=fr&ei=pEriTrfhDoi0hAe097yBDQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&ved=0CFMQ6AEwAQ#v=onepage&q&f=false
vi C'est qu'il écrivait sur une terre barbare . Voir pages 120-121 : http://books.google.fr/books?id=ShUQAAAAIAAJ&pg=PA120&lpg=PA120&dq=In+qua+scribebat,+barbara+terra+fuit&source=bl&ots=8PmMiwO0Tr&sig=0WQPyNTBE4ZkPqAOqYxjuVay9l0&hl=fr&ei=kUviTreyKKfV4QS4kbm5BQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&ved=0CCgQ6AEwAQ#v=onepage&q=In%20qua%20scribebat%2C%20barbara%20terra%20fuit&f=false
19:16 | Lien permanent | Commentaires (0)
Pourquoi des nations commerçantes se font-elles la guerre ? Elles y perdent l'une et l'autre
Il n'est pas toujours question de guerres avec troupes armées, sang à la une, tripes à l'air, comme Volti l'évoque ici .
De nos jours, bien sûr, ce type d'exercice existe toujours, et pas seulement sur console vidéo . Les nations commerçantes se font des guerres économiques , et puis, comme les pertes l'emportent sur les gains, tentent de trouver des solutions dans l'urgence .
Maître Sarko , que je vois diminué par sa récente paternité, lance des ultimatums avec dates butoirs pour pouvoir rentrer pouponner le plus tôt possible . Est-ce la bonne attitude ? Franchement, je ne pense pas que ce soit la plus mauvaise non plus . La partie de poker menteur continue .
Le sang coulera plus tard , anonymement , loin des responsables .
Aux dernières nouvelles, l'ennemi héréditaire, perfide Albion, joue solo pour ne pas toucher à ses avantages ; rien de nouveau sous le soleil , la City mène toujours le bal .
Voir , en 1776 :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Recherches_sur_la_nature_et_les_causes_de_la_richesse_des_nations

« A M. le conseiller François TRONCHIN i
Délices, 5 mars [1755].
Les eaux du Rhône, monsieur, ne sont pas aussi dangereuses qu'on me l'avait dit; celles de la mer Atlantique et de la mer du Sud le sont un peu davantage ii. Je ne leur confierai plus mon bien; mais je me tiens très-heureux sur terre dans notre acquisition commune des Délices.
Voilà donc les Anglais qui vont prendre nos vaisseaux, si cela est, je renvoie mes maçons et mes charpentiers. Pourquoi des nations commerçantes se font-elles la guerre ? Elles y perdent l'une et l'autre. Il est honteux que les négociants de tous les pays n'aient pu établir entre eux la neutralité, comme faisaient autrefois les villes hanséatiques. Il faudrait laisser les rois se battre avec leurs grands diables de soldats, et que le reste du monde se mit enfin à être raisonnable. »
i François Tronchin : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Tronchin
ii V* est actionnaire de la Compagnie des Indes orientales, et les nouvelles alliances France-Autriche d'une part et Prusse-Angleterre font craindre un début des hostilités très proche ; ce sera la Guerre de Sept ans qui débutera le 16 juin 1755.
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