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02/06/2017

Il est faux que j'aie jamais rien écrit contre la religion chrétienne ; j'ai toujours recommandé la religion et la tolérance

... Enfin... presque !

 

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« A Charles Pictet

[vers le 10 juillet 1762]

Je supplie monsieur le colonel Pictet de vouloir bien se faire mieux informer 1. Je ne suis point venu chercher un asile dans la république de Genève . Je n'y ai pris une maison de campagne que pour ma santé . Tout le monde sait que j'allais aux eaux d'Aix ; que M. le professeur Tronchin me les déconseilla et entreprit ma guérison . Je ne suis venu ici que comme cent autres étrangers que la réputation et la science de M. Tronchin y attirent .

J'ai acquis des terres dans le pays de Gex, parce que j'ai du bien dans les provinces voisines . Je pouvais suivre mon goût pour l’agriculture et pour la retraite dans d'autres terres en France, puisque le roi m'a toujours conservé ma charge de gentilhomme ordinaire de la chambre et m'a gratifié d'une pension depuis que je suis ici .

Il ne tenait qu’à moi de revenir auprès du roi de Prusse qui m'a fait l'honneur de m'écrire plusieurs fois, mais je ne l'ai pas voulu, et je ne l'ai pas dû .

J'ai toujours vécu dans la retraite ; et je n'ai couché que deux fois à Genève depuis huit années .

Je n'ai vu qu'une seule fois en ma vie le sieur Jean-Jacques Rousseau à Paris il y a vingt cinq ans 2.

Je suis si éloigné d'être son ennemi que je lui ai fait offrir, il y a quelques années, une de mes maisons pour rétablir sa santé .

Je n'ai point lu ses deux derniers livres ; j'en ai parcouru un à la hâte, ayant des occupations plus pressées, qui demandent tout mon temps .

Il est impossible qu'on ait pu prendre dans mon château de Ferney la résolution de condamner le sieur Rousseau , puisque j'habite depuis trois mois aux Délices où j'ai été malade à la mort .

J'ai été assez heureux pour rendre quelques services à des citoyens de Genève auprès du ministère de France . Voilà toute ma faction .

Je respecte tellement le conseil de Genève, que je n'ai parlé à aucun de ses membres ni du sieur Rousseau, ni de ses livres, cela ne convient pas à un étranger ; je ne m'informe jamais de ce qui se passe à Genève .

Il est faux que j'aie jamais rien écrit contre la religion chrétienne ; j'ai toujours recommandé la religion et la tolérance . Je suis très persuadé qu'un aussi honnête homme que monsieur Pictet, à la famille duquel je suis très attaché, sera fâché de m'avoir rendu si peu de justice .

Je l'assure de mes respectueux sentiments . »

1 Pictet avait écrit à Duvillars le 22 juin 1762 une lettre où il blâmait sévèrement la décision prise par le conseil de Genève à l'égard de Rousseau . Le texte en est conservé aux Archives de Genève, où est aussi enregistré l'ordre de destruction de cette lettre en présence de Pictet .

«  […] Je crois voir dans trois causes la source de cette sentence infamante ; l'une est l’engouement où l'on est de M. de Voltaire , la seconde qu'on aura cru faire sa cour à celle de Versailles, et on aura voulu en troisième lieu réparer par une démarche éclatante le mal que M. d'Alembert peut nous avoir fait par l'article « Genève » du Dictionnaire encyclopédique .

Le premier motif ne peut se justifier par aucun endroit , il n'est jamais permis de flétrir la réputation d'un auteur pour augmenter celle de son adversaire, et encore moins à un tribunal d'entrer dans des vues aussi odieuses ; en vérité, si cette sentence est émanée de Ferney, les moyens que les adhérents de M. de Voltaire emploient pour étayer sa réputation me paraissent bien plus propres à la détruire qu'à y contribuer ; je comprends qu'il faut que cette faction ait prévalu dans le conseil, car comment ne se serait-il pas aperçu de ce qu'il y a d'inconséquent dans sa sentence !

Ce tribunal flétrit par un jugement infâme un citoyen de la république qui a toujours jusqu'à présent bien mérité d'elle par ses démarches et par ses écrits ; on le condamne sur des matières sur lesquelles une explication plus ample eût peut-être ôté toute équivoque, pendant que le même tribunal permet qu'on imprime avec l'approbation publique les ouvrages d'un homme qui insulte à Genève et à la religion qu'on y professe, qui infecte tout ce qui l'environne du poison de ses sentiments erronés , et qui a fait à Genève plus de déistes que Calvin n'y a fait de protestants ; et en faveur de qui le conseil fait-il cette distinction ? en faveur d'un étranger, auquel on a accordé une retraite dans un temps où toute l'Europe la lui refusait ; j'avoue que cette sentence nous couvre de confusion, si l'esprit de parti l'a dictée , et qu'en ce cas elle fait plus de tort à Voltaire et à ses partisans qu'à Rousseau contre lequel elle a été exécutée […] »

Pour sa part, rendant compte des faits à Choiseul , le 12 juillet 1762, le baron de Montpéroux parle de la lettre en question, répandue dans la ville où l'on fait « la censure la plus vive de quelques ouvrages de [Voltaire] ». Il mentionne deux réponses dont l'une dont «  on soupçonne un citoyen attaché à M. de Voltaire d'être l'auteur ». Sur quoi « plusieurs personnes travaillent, pour venger Rousseau, à rassembler tout ce qui leur paraît attaquer la religion dans les ouvrages de M. de Voltaire, et veulent déférer ces extraits au Conseil en demandant qu'ils soient condamnés et flétris ». Montpéroux ajoute «  que l'on est occupé à empêcher les ennemis de cet auteur de faire cette démarche qui embarrasserait beaucoup le magistrat et le forcerait peut-être à sévir contre un étranger, après avoir condamné un citoyen » .

2 Ceci est probablement vrai .

 

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