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30/11/2024

vingt personnes ... en parlant toutes ensemble, selon la coutume, criaient : « Nous sommes à Corte

... Sauf énorme erreur de trajet François n'ira pas à Corte et pourra dire : "Simu in Aiacciu è trionfarà di tuttu ! "

 

 

« A Louise-Honorine Crozat du Châtel, duchesse de Choiseul

Madame,

Aujourd’hui il est venu vingt personnes dans ma boutique, qui, en parlant toutes ensemble, selon la coutume, criaient : « Nous sommes à Corte 1, et il triomphera de tout ! » Je leur dis : « Je ne sais pas ce que c’est que Corte. »

Ma benche fossi guardian degli orti,
Vidi è connobbi pur l’inique corti.2

« Je vous dis, me répliquèrent-ils, qu’il sera appelé Corsicus 3, en dépit de l’envie. » Je n’entends rien à tout cela, madame ; mais j’ai cru devoir vous en donner avis, à cause de la grande joie dont j’ai été témoin, et à cause que j’ai l’honneur d’être par hasard votre typographe, me signant avec un profond respect,

madame,

de votre très humble et très obéissant serviteur.

Guillemet.

À Lyon, ce 24 mai 1769, en ma boutique. »

1 Ville de Corse, siège du gouvernement de Paoli depuis 1755, venait d’être prise par les troupes françaises.

2 D'après Le Tasse, La Jérusalem délivrée, VII, 95-96 : Mais bien que je fusse intendant des jardins, / Pourtant j'ai connu l'iniquité des cours .

3 « Le Corse » comme Scipion avait été surnommé « l »Africain » après avoir vaincu Carthage .

29/11/2024

On dit que nous aurons bientôt des choses très curieuses qui pourront faire beaucoup de bien

... La visite du pape en Corse ? Le bon exemple du président Macron qui laisse à l'archevêque Laurent Ulrich l'honneur de le précéder en entrant à Notre-Dame ?

 

 

« A Jean Le Rond d'Alembert

24 de mai [1769] 1

Il y a longtemps que le vieux solitaire n’a écrit à son grand et très cher philosophe. On lui a mandé que vous vous chargiez d’embellir une nouvelle édition de l’Encyclopédie 2: voilà un travail de trois ou quatre ans. Carpent ea poma nepotes 3

Il est bon, mon aimable sage, que vous sachiez qu’un M. de La Bastide, l’un des enfants perdus de la philosophie, a fait à Genève le petit livre ci-joint 4, dans lequel il y a une lettre à vous adressée 5, lettre qui n’est pas peut-être un chef-d’œuvre d’éloquence, mais qui est un monument de liberté 6. On débite hardiment ce livre dans Genève, et les prêtres de Baal n’osent parler. Il n’en est pas ainsi des prêtres savoyards. Le petit-fils de mon maçon, devenu évêque d’Annecy, n’a pas, comme vous savez, le mortier liant ; c’est un drôle qui joint aux fureurs du fanatisme une friponnerie consommée, avec l’imbécillité d’un théologien né pour faire des cheminées ou pour les ramoner. Il a été porte-Dieu à Paris, décrété de prise de corps, ensuite vicaire, puis évêque. Ce scélérat a mis dans sa tête de faire de moi un martyr. Vous savez qu’il écrivit contre moi au roi l’année passée ; mais ce que vous ne savez pas, c’est qu’il écrivit aussi au Pantalon-Rezzonico, et qu’il employa en même temps la plume d’un ex-jésuite nommé Nonnotte. Il y eut un bref du pape dans lequel je suis très clairement désigné, de sorte que je fus à la fois exposé à une lettre de cachet et à une excommunication majeure : mais que peut la calomnie contre l’innocence ? La faire brûler quelquefois, me direz-vous ; oui, il y en a des exemples dans notre sainte et raisonnable religion : mais n’ayant pas la vocation du martyre, j’ai pris le parti de m’en tenir au rôle de confesseur, après avoir été fort singulièrement confessé.

Or voyez, je vous prie, ce que c’est que les fraudes pieuses. Je reçois dans mon lit le saint viatique, que m’apporte mon curé devant tous les coqs de ma paroisse ; je déclare, ayant Dieu dans ma bouche , que l’évêque d’Annecy est un calomniateur, et j’en passe acte par-devant notaire : voilà mon maçon d’Annecy furieux, désespéré comme un damné, menaçant mon bon curé, mon pieux confesseur, et mon notaire. Que font-ils ? ils s’assemblent secrètement au bout de quinze jours, et ils dressent un acte dans lequel ils assurent par serment qu’ils m’ont entendu faire une profession de foi 7, non pas celle du vicaire savoyard, mais celle de tous les curés de Savoie (elle est en effet du style d’un ramoneur). Ils envoient cet acte au maçon sans m’en rien dire, et viennent ensuite me conjurer de ne les point désavouer. Ils conviennent qu’ils ont fait un faux serment pour tirer leur épingle du jeu. Je leur remontre qu’ils se damnent, je leur donne pour boire, et ils sont contents.

Cependant ce polisson d’évêque, à qui je n’ai pas donné pour boire, jure toujours comme un diable qu’il me fera brûler dans ce monde-ci et dans l’autre. Je mets tout cela aux pieds de mon crucifix ; et, pour n’être point brûlé, je fais provision d’eau bénite. Il prétend m’accuser juridiquement d’avoir écrit deux livres brûlables, l’un qui est publiquement reconnu en Angleterre pour être de milord Bolingbroke ; l’autre, la Théologie portative 8, que vous connaissez, ouvrage, à mon gré, très plaisant, auquel je n’ai assurément nulle part, ouvrage que je serais très fâché d’avoir fait, et que je voudrais bien avoir été capable de faire 9.

Quoique cet énergumène soit Savoyard et moi Français, cependant il peut me nuire beaucoup, et je ne puis que le rendre odieux et ridicule : ce n’est pas jouer à un jeu égal. Toutefois j’espère que je ne perdrai pas la partie, car heureusement nous sommes au XVIIIe siècle, et le maroufle croit être au XIVe. Vous avez encore à Paris des gens de ce temps-là ; c’est sur quoi nous gémissons. Il est dur d’être borné aux gémissements ; mais il faut au moins qu’ils se fassent entendre, et que les bœufs-tigres 10 frémissent. On ne peut élever trop haut sa voix en faveur de l’innocence opprimée.

On dit que nous aurons bientôt des choses très curieuses qui pourront faire beaucoup de bien, et auxquelles il faudra que tous les gens de lettres s’intéressent ; j’entends les gens de lettres qui méritent ce nom. Vous, qui êtes à leur tête, mon cher ami, priez Dieu que le diable soit écrasé, et mettez, autant que la prudence le permet, votre puissante main à ce très saint œuvre.

Je vous embrasse bien tendrement, et je ne me console point de finir ma vie sans vous revoir. »

1Édition Kehl qui supprime la référence à Biord ; Renouard donne la version présente .

2 L'édition Panckoucke .

3 Mes arrières-neveux cueilleront ces fruits . Virgile., Églogues, IX, 50 : https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article13503

4 Réflexions philosophiques sur la marche de nos idées : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t53786837/f5.item

On les trouve dans le tome VIII de l’Évangile du jour : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%89vangile_du_jour

L’édition dont parle Voltaire doit être une édition séparée. (Beuchot.)

Voir lettre du 4 juin 1769 à d'Alembert : http://www.monsieurdevoltaire.com/2015/08/correspondance-avec-d-alembert-partie-53.html

5 Lettre d’un avocat genevois à M. d’Alembert ; elle est aussi dans le tome VIII de l’Évangile du jour.

6 D'après l'édition Renouard qui est certainement fidèle, V* a ajouté ici en note : « Elle est d’un avocat nommé Mallet. Cela va faire un beau bruit dans le tripot de Genève. ».

7 Voltaire reparle de cette profession de foi, en patois savoyard, dans sa lettre du 21 octobre 1772 (https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1772/Lettre_8651), et aussi dans son Épître à Horace ; https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome10.djvu/45

9 Pourtant sur la page de titre de cet ouvrage V* a porté « livre dangereux », et cela correspond certainement à son opinion, au moins un peu plus tard .

10 Denis-Louis Pasquier .

28/11/2024

Le jeune homme regarde cet ouvrage comme une chose assez essentielle, parce qu’au fond quatre ou cinq cent mille personnes sentiront bien qu’on a parlé en leur nom

... A quelques centaines de milliers près . Bardella et son bouquin qui disparaitra à brève échéance ?  Ou son accord pour émettre une mention de censure gouvernementale , juste par intérêt à courte vue , qui mettra les Français dans une mouise mémorable pour longtemps ?

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« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

23 mai 1769

Mes chers anges, je réponds à tous les articles de votre lettre du 15 de mai. Parlons d’abord des Guèbres ; Zoroastre m’intéresse plus que Luchet 1.

Le jeune homme regarde cet ouvrage comme une chose assez essentielle, parce qu’au fond quatre ou cinq cent mille personnes sentiront bien qu’on a parlé en leur nom, et que quatre ou cinq mille philosophes sentiront encore mieux que c’est leur sentiment qu’on a exprimé. Il a donc, depuis sa dernière lettre, passé huit jours à tout réformer . Il a corrigé toutes les fautes qui se glissent nécessairement dans les ouvrages de ce genre, avant qu’ils aient été polis avec le dernier soin ; termes impropres, mots répétés, contradictions apparentes rectifiées, entrées et sorties mieux ménagées, additions nécessaires, rien n’a été oublié. Il faudrait donc encore faire une nouvelle copie. On prend le parti de faire imprimer la pièce à Genève. L’auteur et l’éditeur me la dédient 2. Ce qu’on me dit dans la dédicace était d’une nécessité absolue dans la situation où je me trouve. Cette édition sera pour les pays étrangers, et pour quelques provinces méridionales de France. L’édition de Paris sera pour Paris, et doit valoir honnêtement à M. Marin et à M. Lekain. Je vous enverrai dans huit ou dix jours la préface, l’épître dont on m’honore 3, et la pièce.

Vous me parlez d’un nommé Josserand : je ne savais pas qu’il existât, encore moins les obligations qu’il vous avait. On ne me mande rien dans mon tombeau. Ce Josserand m’écrivit, il y a près d’un mois, de lui envoyer un billet sur Laleu 4 ; j’en donnai un autre à la nommée Suisse, son associée.

À l’égard des Scythes 5, je baise le bout de vos ailes avec la plus tendre reconnaissance. Si Mlle Vestris joue bien, je ne désespère pas du succès.

À l’égard du déjeuner 6, je vous répète qu’il était indispensable. Vous ne savez pas avec quelle fureur la calomnie sacerdotale m’a attaqué. Il me fallait un bouclier pour repousser les traits mortels qu’on me lançait. Voulez-vous toujours oublier que je suis dans un diocèse italien, et que j’ai dans mon portefeuille la copie d’un bref de Rezzonico contre moi ? voulez-vous oublier que j’allais être excommunié comme le duc de Parme et vous ? voulez-vous oublier enfin que, lorsqu’on mit un bâillon à Lally, et qu’on lui eut coupé la tête pour avoir été malheureux et brutal, le roi demanda s’il s’était confessé ? voulez-vous oublier que mon évêque savoyard, le plus fanatique et le plus fourbe des hommes, écrivit contre moi au roi, il y a un an, les plus absurdes impostures ; qu’il m’accusa d’avoir prêché dans l’église où son grand-père le maçon a travaillé ? Il est très faux que le roi lui ait fait répondre, par M. de Saint-Florentin, qu’il ne voulait pas lui accorder la grâce qu’il demandait. Cette grâce était de me chasser du diocèse, de m’arracher aux terres que j’ai défrichées, à l église que j’ai rebâtie, aux pauvres que je loge et que je nourris. Le roi lui fit écrire qu’il me ferait ordonner de me conformer à ses avis ; c’est ainsi que cette lettre 7 fut conçue. L’évêque-maçon a eu l’indiscrétion inconcevable de faire imprimer la lettre de M. de Saint-Florentin. Ce polisson de Savoyard a été autrefois porte-Dieu a Paris, et repris de justice pour les billets de confession. Il s’est joint avec un misérable ex-jésuite, nommé Nonnotte, excrément franc-comtois, pour obtenir ce bref dont je vous ai parlé. Ils m'ont imputé les livres les plus abominables : ils auront beau faire, je suis meilleur chrétien qu’eux ; je leur pardonne comme à La Bletterie. J’édifie tous les habitants de mes terres, et tous les voisins, en communiant. Ceux que leurs engagements empêchent d’approcher de ce sacrement auguste ont une raison valable de s’en abstenir ; un homme de mon âge n’en a point après douze accès de fièvre. Le roi veut qu’on remplisse ses devoirs de chrétien : non-seulement je m’acquitte de mes devoirs, mais j’envoie mes domestiques catholiques régulièrement à l’église, et mes domestiques protestants régulièrement au temple : je pensionne un maître d’école pour enseigner le catéchisme aux enfants. Je me fais lire publiquement l’Histoire de l’Église’' et les Sermons de Massillon à mes repas 8. Je mets l’imposteur d’Annecy hors de toute mesure, et je le traduirai hautement au parlement de Dijon s’il a l’audace de faire un pas contre les lois de l’État. Je n’ai rien fait et je ne ferai rien que par le conseil de deux avocats, et ce monstre sera couvert de tout l’opprobre qu’il mérite. Si par malheur j’étais persécuté , ce qui est assez le partage des gens de lettres qui ont bien mérité de leur patrie, plusieurs souverains, à commencer par le pôle, et à finir par le quarante-deuxième degré 9, m’offrent des asiles. Je n’en sais point de meilleur que ma maison et mon innocence ; mais enfin tout peut arriver. On a pendu et brûlé le conseiller Anne Du Bourg 10. L’envie et la calomnie peuvent au moins me chasser de chez moi ; et, à tout hasard, il faut avoir de quoi faire une retraite honnête.

C’est dans cette vue que je dois garder le seul bien libre qui me reste ; il faut que j’en puisse disposer d’un moment à l’autre : ainsi, mes chers anges, il m’est impossible d’entrer dans l’entreprise Luchette 11.

Je sais ce qu’ont dit certains barbares ; et, quoique je n’aie donné aucune prise, je sais ce que peut leur méchanceté. Ce n’est pas la première fois que j’ai été tenté d’aller chercher une mort paisible à quelques pas des frontières où je suis ; et je l’aurais fait, si la bonté et la justice du roi ne m’avaient rassuré.

Je n’ai pas longtemps à vivre ; mais je mourrai en remplissant tous mes devoirs, en rendant les fanatiques exécrables, et en vous chérissant autant que je les abhorre. »

1 Le marquis de Luchet qui a engagé des fonds dans une entreprise minière . Voir : https://dictionnaire-journalistes.gazettes18e.fr/journaliste/532-jean-pierre-luchet

2 « Gabriel Grasset et associés » éditeurs de la première édition des Guèbres .

3 La dédicace des Guèbres ; voyez tome VI, page 487 : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvre...

5 Les Scythes ne devaient être repris que le 21 février 1770 .

6 La communion pascale du 1er avril 1769.

7 Une lettre du 14 juin 1768 adressée par Louis Phélipeaux à Jean-Pierre Biord disant : « Sa majesté n'a pu qu'applaudir aux sages conseils que vous avez donnés à M. de Voltaire […]. »

8 A moins quelquefois . Le 7 juin 1769 Georges-Louis Lesage écrit à Delalande à Paris : « M. de Voltaire, ayant l'autre jour à dîner la femme du président au parlement de Bourgogne, parlement qui a été quelquefois sur le point de le chagriner à l'occasion de son indévotion : il demande à la compagnie la permission de se conformer à l'usage établi dans la maison de se faire lire un sermon d'abord après la soupe, et il ne leur en fit pas grâce d'une syllabe . » ( minute olographe, Genève ).

9 C'est-à-dire la Russie et la Prusse .

11 L’affaire des mines du marquis de Luchet.

27/11/2024

Sachez qu’il lui passe tant de sottises, de misères, de bêtises devant les yeux, que vous ne devez pas en augmenter le nombre

... Voir les priorités élyséennes : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/liberte-egalite-fra...

 

 

 

« A Louise-Honorine Crozat de Châtel, duchesse de Choiseul

Lyon 20 mai1769

Madame, rapport que Votre Excellence m’a ordonné de lui envoyer les livrets facétieux qui pourraient m’arriver de Hollande, je vous dépêche celui-ci 1, dans lequel il me paraît qu’il y a force choses concernant la cour de Rome, dans le temps qu’on s’y réjouissait, et que le Saint-Esprit créait des papes de trente-cinq ans. Ce livret vient à propos dans un temps de conclave.

Je me doute bien que monseigneur votre époux n’a pas trop le temps de lire les aventures d’Amabed et d’Adaté 2, et d’examiner si les premiers livres indiens ont environ cinq mille ans d’antiquité. Des courriers qui ont passé dans ma boutique m’ont dit que madame était à Chanteloup, et que, dans son loisir, elle recevrait bénignement ces feuilles des Indes.

Pendant que je faisais le paquet, il a passé trois capitaines du régiment des gardes-suisses qui disaient bien des choses de monseigneur votre époux. J’écoutais bien attentivement. Voici leurs paroles : « Jarni dié ... si jamais il lui arrivait de se séparer de nous, nous ne servirions plus personne, et tous nos camarades pensent de même. »

Ces jurements me firent plaisir, car je suis une espèce de Suisse, et je lui suis attaché tout comme eux, quoique je ne monte pas la garde.

Ces Suisses, qui revenaient de Versailles, dirent après cela tant de bagatelles, tant de pauvretés, par rapport au pays d’où ils venaient, que je levai les épaules, et je me remis à mon ouvrage. Oh ! voyez-vous, madame, je laisse aller le monde comme il va ; mais je ne change jamais mon opinion, tant je suis têtu. Il y a soixante ans que je suis passionné pour Henri IV, pour Maximilien de Rosny 3, pour le cardinal d’Amboise, et quelques personnes de cette trempe ; je n’ai pas changé un moment, aussi tout le monde me dit : « Monsieur Guillemet, vous êtes un bon cœur, il y a plaisir avec vous à bien faire ; il est vrai que vous prenez la chèvre quand on vous dit qu’il faut vous enterrer 4; mais aussi vous entendez raillerie. Tachez d’envoyer des rogatons à madame la grand-maman, car, en son genre, madame vaut monsieur. La journée n’a que vingt-quatre heures, monsieur Guillemet ; heureux qui peut l’amuser une heure dans les vingt-quatre ! c’est beaucoup. N’écrivez jamais de longues lettres à madame la grand-maman, de peur de l’ennuyer, et n’écrivez point du tout à son époux ; contentez-vous de lui souhaiter, du fond du cœur, prospérité, hilarité, succès en tout, et jamais de gravelle. Sachez qu’il lui passe tant de sottises, de misères, de bêtises devant les yeux, que vous ne devez pas en augmenter le nombre. » Ainsi donc, pour couper court, je demeure avec un bien grand respect,

madame,

de Votre Excellence

le très soumis et humble serviteur.

Guillemet , typographe. »

2 Lettres d’Amabed : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome21.djvu/461

Leur première mention semble être trouvée dans une lettre de Louise-Suzanne Gallatin à Frédéric II, landgrave de Hesse-Cassel du 28 janvier 1769 : « On annonce un nouveau roman du solitaire de Ferney ; j'aurai soin de vous l'envoyer du moment qu'il paraîtra . » Nous corrigeons le texte de l’édition Besterman qui met Afaté pour Adaté .

3 Le duc de Sully, ministre de Henri IV.

4 On avait rapporté à Voltaire que La Bletterie avait imprimé que Voltaire avait oublié de se faire enterrer.

26/11/2024

qu'on ne tuât personne

... Précepte divin ( selon la légende ), bafoué depuis Caïn et Abel et, qui ne fait ni chaud ni froid à quelques malfaisants dirigeants . Avec toutes les bombes, avions, blindés et missiles qui sillonnent certains pays, on n'est pas près de contenir le réchauffement climatique . Les seuls degrés qui leur importent sont ceux des coordonnées de leurs cibles .

 

« A François de Caire

Mille tendres remerciements de la part du pauvre malade qui voudrait qu'on ne tuât personne et qui est charmé que tout réussisse à M. le duc de Choiseul 1.

20è mai 1769 à Ferney. »

1 Les combats en Corse se poursuivent encore .

il les priera d'honorer de leur présence son petit ermitage

... Notre président va recevoir en visite d’État, le 28 novembre, M.  Bola Tinubu, Président de la République fédérale du Nigeria et sa suite . Que peut bien quémander ce milliardaire africain ? Quelles affaires nous rapportera-t-il ? Son parcours es malhonnêteté est très semblable à celui de Trump, c'est vous dire la qualité humaine de cet individu qu'on est forcé de caresser dans le sens du poil . Le bizness est décidément un sale motif .

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bola_Tinubu

et : https://ng.ambafrance.org/Presentation-par-le-nouvel-amba...

et : https://neemamedia.com/nigeria-un-religieux-musulman-affi...

 

 

 

« A François de Caire

Chevalier de Saint-Louis

Ingénieur en chef

à Versoix

Le pauvre malade de Ferney demande bien pardon à monsieur de Caire de ne l'avoir pas remercié sur-le-champ de toutes ses bontés ; mais il a été si faible ces jours-ci qu'il n'a pu remplir aucun de ses devoirs . Dès qu'il sera un peu mieux il ne manquera pas de venir présenter ses respects à M. et Mme de Caire, aussi bien qu'à M. d'Argence 1 ; et il les priera d'honorer de leur présence son petit ermitage.

V.

Jeudi au matin 18è mai 1769. »

1 On ne connaît pas d'autre référence à la visite du marquis d'Argence .

Il sera encore plus porté à découvrir le fabricateur secret de tant de calomnies abominables en lisant les certificats ci-joint qui sont authentiques

... Pour ça, il faut être instruit , et ceci peut y aider , -- car il ne faut absolument pas compter sur un Elon Musk et autres milliardaires pour contrer les pourris qu'ils permettent de s'exprimer -- : https://www.clemi.fr/familles/outils-de-sensibilisation-e...

 

 

 

« A Jean-Pierre Biord

Me trouvant dans le château de Ferney auprès de M. de Voltaire, mon oncle à la mode de Bretagne, qui est très malade depuis deux mois, je lus il y a quelques jours une lettre de six grandes pages, datée d'Annecy du 5 mai 1769, signée 1 J. P. , évêque de Genève . Cette lettre ne vint point par la poste, et fut rendue au château par un homme inconnu . On la confronta avec d'autres lettres, signées du même nom, l'écriture ne parut point semblable ; les fautes d'orthographe augmentèrent encore les soupçons .

Les choses que cette lettre contient nous parurent encore moins écrites par un évêque . Quelque ennemi s'est sans doute servi d'un nom respectable pour outrager un vieillard mourant . J'ai envoyé cet écrit à un conseiller au parlement de Paris, neveu comme moi de M. de Voltaire, pour le faire confronter par des experts avec les véritables lettres de M. l'évêque de Genève . Il n’est pas possible que ce soit lui qui ait écrit à M. de Voltaire ces propres mots : vous disiez vous-même que c'était une grimace . Ces expressions basses et ridicules ne peuvent avoir été prononcées par un membre de l’Académie française .

Il est parlé dans cette lettre de livres infâmes écrits du style le plus grossier, que Dieu merci nous ne lisons point ici, et qu'un évêque ne peut sans doute avoir lus ; il y est parlé de lettres écrites l'année passée par M. l'évêque de Genève à M. le comte de Saint-Florentin, et des réponses faites par ce ministre . Voici la manière dont on fait parler M. l'évêque de Genève : si vous avez vu imprimés les lettres que je vous écrivis l'année dernière, il vous a été facile de reconnaître aux changements qui y ont été faits, que je n'ai eu aucune part à cette impression, etc.

Il est très vraisemblable que celui qui a publié et osé falsifier les lettres d'un ministre d’État d'un roi de France, est celui-là même qui vient d'écrire sous le nom d'un évêque respectable . Il est de l'honneur de M. l'évêque de Genève de découvrir et de dénoncer l'imposteur qui a pu abuser à ce point du nom d'un ministre d’État, faire imprimer les lettres de ce ministre sans son aveu, et pousser l’audace jusqu'à les falsifier . Cela sera d'autant plus aisé à M. l'évêque de Genève, qu'il peut se ressouvenir à qui il a confié les lettres de M. le comte de Saint-Florentin. Il sera encore plus porté à découvrir le fabricateur secret de tant de calomnies abominables en lisant les certificats ci-joint qui sont authentiques .

J'attends de sa justice et de son humanité qu'il daignera seconder ma famille, et se joindre à elle pour mettre un frein à la fureur du calomniateur qui persécute un vieillard moribond, qui compromet un prélat de la sainte Église, et qui falsifie des lettres d'un ministre du roi .

Je le supplie de me pardonner, si je ne lui écris pas directement . J'ai cru qu'il valait mieux dresser ce mémoire que j'ai l'honneur de lui présenter .

J'ai celui d'être avec respect son très humble et très obéissant serviteur .

De Mauléon 2

fils de feu M. de Mauléon, lieutenant-colonel

du régiment du roi ; brigadier de ses armées.

A Ferney ce 17mai 1769. 3»

1 L'édition ajoute ici une croix typographique désignant l'évêque .

2 L'édition réduit ce mot à son initiale ; voir lettre vers le 13 juin 1769 à Biord où V* signe encore Mauléon ; voir : https://artflsrv03.uchicago.edu/philologic4/toutvoltaire/navigate/868/1/

3 Original ; éd. Correspondance de Mgr l'évêque et prince de Genève avec M. de Voltaire, 1769 ; voir : https://archives.bge-geneve.ch/archives/fonds/ms_imv_PVA/...²