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14/09/2017

j'ai peur d'être assez sot pour être malade de chagrin ; mais que mes ennemis ne le sachent pas

... Pudeur et orgueil voltairien s'il en est . Et c'est touchant .

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Tant qu'on peut le dire, ça va !

 

 

« A Jean Le Rond d'Alembert

Ferney, 17 octobre [1762]

Mon cher confrère, mon cher et vrai philosophe, je vous ai envoyé la traduction de cette infâme lettre anglaise insérée dans les papiers de Londres, du mois de juin . C'est la même que M. le duc de Choiseul a eu la bonté de me faire parvenir . Si je vous avais écrit une pareille lettre, il faudrait me pendre à la porte des petites-maisons : et il serait très triste pour vous d'être en correspondance avec un malhonnête homme si insensé .

Après y avoir bien rêvé, je crois que vous n'avez autre chose à faire qu'à m'envoyer, sous l'enveloppe de M. le duc de Choiseul, la lettre que je vous écrivis au mois de mai ou d'avril, sur laquelle on a mis cette abominable broderie . Je crois que c'était un billet en petit papier, que ce billet était ouvert et que je l'avais adressé chez M. d'Argental, ou chez M. Damilaville, ou chez M. Thieriot . Je me souviens que je vous instruisais de l'affaire des Calas , et que je vous disais très librement mon avis sur les huit juges de Toulouse qui, malgré les remontrances des cinq autres, ont fait un service solennel à un jeune protestant comme à un martyr, et ont roué un père innocent comme un parricide . J'ai pu vous dire ce que je pensais de ces juges, ainsi que quinze avocats de Paris et un avocat du conseil l'ont dit et imprimé dans leurs mémoires . J'ai pris, comme je le devais, le parti d'un vieillard que je connaissais, et dont les enfants sont chez moi . J'ai pu vous parler avec peu de respect pour les juges, comme je leur parlerais à eux-mêmes : mais il me paraît essentiel que M. de Choiseul voie si le roi et les ministres sont mêlés si indignement et si mal à propos dans ma lettre , et si j'ai écrit les bêtises, les absurdités et les horreurs qu'on a si charitablement ajoutées à mon billet . Cherchez-le je vous en conjure ; vous devez à vous et à moi la preuve de la vérité que je demande : c'est la seule manière de confondre une telle imposture, et il est bon que le ministère voie combien on calomnie les gens de lettres . Il y a soixante ans que j'y suis accoutumé, mais je n'y suis pas encore entièrement fait . Tâchez encore une fois de retrouver mon billet , envoyez, je vous en supplie, l'original de ma main à M. Le duc de Choiseul, et à moi copie . S'il y a quelque chose de trop fort dans ce billet, je veux bien en porter la peine : je n'ai point d'ailleurs fait serment de fidélité aux juges de Toulouse ; je l'ai fait au roi ; je me crois un de ses plus fidèles sujets, et je pense que quiconque a écrit ce qui se trouve dans la lettre anglaise mérite une punition exemplaire .

Pour une cour de judicature, c'est autre chose : je ne lui dois rien que des épices quand j'ai des procès . En un mot ; je vous supplie de chercher ce billet, et de l'envoyer à M. le duc de Choiseul, à mes risques, périls et fortunes .

Il y a un Mehégan 1, place Sainte-Geneviève, Anglais ou Irlandais d'origine, travaillant au Journal encyclopédique ; il est à portée de découvrir l'auteur de la sotte et coupable lettre , d'autant plus que le Journal encyclopédique 2 y est maltraité, et qu'il doit connaître ses ennemis . Je le récompenserai bien, s'il en vient à bout . Joignez vous à moi, je vous en supplie ; vous en voyez l'importance .

Je ne vous écris pas de ma main ; je suis malade , j'ai peur d'être assez sot pour être malade de chagrin ; mais que mes ennemis ne le sachent pas . »

2 Ce passage depuis il est à portée est emprunté à Renouard ; l'édition de Kehl l'avait remplacé par on dit qu'il .

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