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13/04/2018

C’est à ceux qui font du bien dans ce monde à être les favoris

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« A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de Saxe-Gotha

Aux Délices par Genève 16 avril 1763 1

Madame, Les Calas diront qu’ils prieront Dieu pour Votre Altesse Sérénissime ; mais je crois qu’elle leur fait plus de bien qu’ils ne lui en feront jamais. J’admire toujours que de pauvres diables disent qu’ils protégeront les grands auprès de Dieu. Ne voilà-t-il pas une belle protection ? Il me semble que si quelqu’un devait avoir du crédit auprès du Créateur, ce serait, madame, une âme comme la vôtre. C’est à ceux qui font du bien dans ce monde à être les favoris du Maître qui dispose du monde présent et du monde à venir.

Il y a deux ans que j’ai cessé d’écrire au roi de Prusse. Tant qu’il n’a pu faire autre chose que de verser du sang, j’ai respecté cette sorte de gloire. Mais celle dont il se couvre aujourd’hui étant plus humaine, elle m’intéresse davantage et m’enhardira jusqu’à le féliciter d’être Trajan, après avoir été César.

Je crois avoir mandé à Votre Altesse Sérénissime que M. le prince Louis de Virtemberg était devenu philosophe suisse, et qu’il était retiré à quelques lieues de chez moi avec madame sa femme, qu’il veut faire déclarer princesse 2. Ces déclarations sont sujettes à quelques inconvénients. On dit que madame la duchesse de Virtemberg, la régnante, ou non régnante, qui n’a plus ni père, ni mère, ni mari, pourrait bien se retirer avec son frère et se faire philosophe aussi. Pour moi chétif, j’avoue, madame, que c’est à votre cour que je voudrais bien philosopher. Mais je suis si vieux, j’ai si peu de santé, que je ne peux plus raisonnablement espérer un second voyage à Gotha, et c’est là ma plus grande tribulation.

Je viens d’envoyer à Genève pour savoir si vos ordres touchant le Corneille ont été exécutés. Ils le sont, madame, Votre Altesse Sérénissime signale partout ses bontés. Qu’elle daigne agréer mon profond respect. »

1 La duchesse a écrit le 2 avril 1763 : «  […] je vous ai monsieur une obligation infinie de ce procès [des Calas] ; pour cette fin monsieur vous recevrez au premier jour vingt-quatre louis de ma part par les mains des Ohlenschläger de Frankfurth […] . Il y a déjà près d'un an que la même somme doit vous être parvenue […] pour l'ouvrage du grand Corneille . Comme vous n'en avez point fait mention dans aucune de vos lettres je suis en doute si vous l'avez reçue . De grâce monsieur daignez me dire ce qui en est […] . »

2 Louis-Eugène, prince de Wurtemberg s'est installé au château de Renan ; voir sa lettre à V* du 30 mars 1763 qu'il termine en le remerciant pour le « chocolat excellent » qu'il en a reçu, « présent le plus convenable qu'on puisse faire à un homme marié ; aussi ma petite femme vous en remercie . » Voir lettre 47 (datée du 20 mars) : https://books.google.fr/books?id=AeJkAAAAcAAJ&pg=PA4586&lpg=PA4586&dq=pr%C3%A9sent+le+plus+convenable+qu%27on+puisse+faire+%C3%A0+un+homme+mari%C3%A9%C2%A0;+aussi+ma+petite+femme+vous+en+remercie+voltaire+1763&source=bl&ots=u-rxF8tkm4&sig=YnyTBwpdPyuMVMASLi5ofxQCbkQ&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj3ufj6_rTaAhVHcRQKHeQxAQcQ6AEILjAA#v=onepage&q=pr%C3%A9sent%20le%20plus%20convenable%20qu'on%20puisse%20faire%20%C3%A0%20un%20homme%20mari%C3%A9%C2%A0%3B%20aussi%20ma%20petite%20femme%20vous%20en%20remercie%20voltaire%201763&f=false

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