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08/05/2019

il faut me pardonner de vous dire tout ce que je pense. Je n’ai plus que ce plaisir-là.

... ou presque .

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« A Charles Palissot de Montenoy

Ferney, 4 avril [1764] 1

Je n’avais pas envie de rire, monsieur, quand vous m’envoyâtes votre petite drôlerie2. J’étais fort malade. Mon aumônier, qui est, ne vous déplaise, un jésuite, ne me quittait point. Il me faisait demander pardon à Dieu d’avoir manqué de charité envers Fréron et Le Franc de Pompignan, et d’avoir raillé l’abbé Trublet qui est archidiacre. Il ne voulait pas permettre que je lusse votre Dunciade. Il disait que je retournerais infailliblement à mes premiers péchés, si je lisais des ouvrages satiriques. Je fus donc obligé de vous lire à la dérobée. J’ai le bonheur de ne connaître aucun des masques dont vous parlez dans votre poème. J’ai seulement été affligé de voir votre acharnement contre M. Diderot, qu’on dit être aussi rempli de mérite et de probité que de science, qui ne vous a jamais offensé, et que vous n’avez jamais vu. Je vous parle bien librement ; mais je suis si vieux, qu’il faut me pardonner de vous dire tout ce que je pense. Je n’ai plus que ce plaisir-là. Il est triste de voir les gens de lettres se traiter les uns les autres comme les parlements en usent avec les évêques, les jansénistes avec les molinistes, et la moitié du monde avec l’autre. Ce monde-ci n’est qu’un orage continuel : sauve qui peut ! Quand j’étais jeune, je croyais que les lettres rendaient les gens heureux : je suis bien détrompé ! Il faut absolument que nous demandions tous deux pardon à Dieu, et que nous fassions pénitence. Je consens même d’aller en purgatoire, à condition que Fréron sera damné. »

1 L'édition Œuvres de M. Palissot, 1788, supprime l'en-tête et place simplement la lettre en 1764 ; Lefèbvre restitue .

2 « Petite drôlerie » est tiré du Bourgeois gentilhomme, I, 2 , où il est dit d'une manière assez cavalière par M. Jourdain ; il inspira Palissot, ainsi qu'on peut le voir par cette note de l'édition décrite ci-dessus : «  Un mot d'un homme tel que M. de Voltaire, suffit quelquefois pour faire naître une grande idée . Ce mot de petite drôlerie fit sentir à l'auteur que La Dunciade qu'il avait publiée d'abord en trois chants, en devait être regardée que comme une simple esquisse ; il piqua son émulation, et lui inspira le dessein de donner à ce poème toute l'étendue dont il pourrait être susceptible . Cette petite cause eut, comme on le voit, un assez grand effet . »

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