23/09/2023
L'opéra subsistera, parce que les trois quarts de ceux qui y vont n'écoutent point... on se rend à l'opéra par désœuvrement, et pour digérer
... C'est vrai qu'il y a des oeuvres difficiles à écouter , oeuvres pour initiés, ou sourds ! Etat des lieux : https://www.francetvinfo.fr/culture/musique/opera/
Côté représentations, n'oublions pas que les distractions offertes au couple royal britannique ont été particulièrement cucul, ou même grotesques, comme la ridicule partie de ping pong heureusement écourtée ( je parie que les résidents d'EHPAD auraient fait mieux ) .
Tir à balles réelles, gare aux balles perdues
« A Michel-Paul-Guy de Chabanon de
l'Académie des belles-lett res, etc.
rue du Doyenné Saint-louis du Louvre
à Paris
12è février 1768
Mon cher confrère, tout va bien puisque Eudoxie est faite. Voilà une belle étoffe toute prête mais c'est un brocart de Lyon pour habiller des arlequins. Vous aurez probablement tout le temps de mettre encore des pompons à votre brocart. Il ne se présente pas un acteur supportable, pas une actrice qui soit bonne à autre chose qu'à faire des enfants. Rien dans la province qui donne la plus légère espérance.
Les Genevois se sont avisés de brûler le théâtre qu'on avait bâti dans leur ville pour les rendre plus doux et plus aimables. J'ai grand-peur qu'on n'en fasse autant à Paris. Il ne reste que cette ressource aux gens qui ont un peu de goût. L'opéra subsistera, parce que les trois quarts de ceux qui y vont n'écoutent point. On va voir une tragédie pour être touché ; on se rend à l'opéra par désœuvrement, et pour digérer.
Vous croyez donc, mon cher confrère, que les grands joueurs d'échecs 1 peuvent faire de la musique pathétique, et qu'ils ne seront point échec et mat ? À la bonne heure, je m'en rapporte à vous . Faites tout ce qu'il vous plaira. Je remets entre vos mains la mâchoire d'âne, les trois cents renards, la gueule du lion, le miel fait dans la gueule, les portes de Gaza, et toute cette admirable histoire.
Je suis toujours très indigné, je vous l'avoue, de l'épigramme contre M. Dorat, que l'auteur a fait courir sous mon nom avec peu de probité. On m'a joué des tours plus cruels, et je garde le silence. Il y a encore plus de barbarie à m'attribuer un Dîner, moi qui ne me mets presque plus à table. Ce Dîner a été fait il y a plus de quarante ans. Les gens de lettres sont plus inhumains qu'on ne pense . Ils exposent un pauvre homme aux plus grands dangers, pour avoir seulement le plaisir de deviner. Ils disent « Voilà son style, c'est lui. » Eh mes amis ! pour peu que vous ayez d'honnêteté, ne devriez-vous pas dire : Ce n'est pas lui? Pourquoi calomniez-vous vos camarades ?
Je vous porte mes plaintes, mon cher ami, contre toutes ces injustices, parce que je connais votre cœur. Tout le monde ne vous ressemble pas. Vous n'imaginez point avec quelle vivacité de sentiment mes vieux bras se tendent vers vous, et combien mon cœur vous aime.
V. »
1 Ce passage fait voir que Chabanon avait proposé à Voltaire de laisser mettre l'opéra de Samson en musique par Philidor, qui passait pour le plus grand joueur d'échecs de son temps. Il parait que cela n'eut pas de suite.
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Le temps est venu où la vérité doit paraître; et, quand on la dit sans blesser les bienséances, on ne doit déplaire à personne
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« A Maigrot 1
12 février 1768 à Ferney
Je vous remercie, monsieur, de toutes vos bontés. La lettre de Louis XIV 2 m'était absolument nécessaire . Elle fait voir avec évidence qu'il en voulait personnellement à l'archevêque de Cambrai. Je trouve que, dans cette affaire, ce monarque se conduisit plus en homme piqué qu'en roi ; et que le cardinal de Bouillon concilia noblement son devoir d'ambassadeur avec celui d'un ami.
J'ai déjà donné la bataille de Steinkerque 3. J'ai dit simplement que la France regretta le prince de Turenne, qui donnait l'espérance d'égaler un jour son grand-oncle 4.
J'ai retrouvé heureusement la lettre de Louis XIV au cardinal de La Trémoille, écrite en 1710, contre le cardinal de Bouillon 5. Il dit, dans cette lettre, qu'il est à craindre que ce doyen du Sacré-Collège ne devienne un jour pape. Cette anecdote est curieuse, et mérite de passer à la postérité. Le temps est venu où la vérité doit paraître; et, quand on la dit sans blesser les bienséances, on ne doit déplaire à personne.
Je vous supplie, monsieur, de vouloir bien présenter mon respect et mes remerciements à monseigneur le duc de Bouillon. Je ne suis point étonné qu'un homme de votre mérite soit auprès de lui. On ne peut-être plus reconnaissant que je le suis des lumières que vous m'avez communiquées.
J'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments d'un cœur pénétré de vos bontés, monsieur, votre, etc. »
1 Guillaume Jean Louis MAIGROT, Intendant des Maisons, Affaires et Finances de S. A. Monseigneur le Duc de Bouillon, demeurant à Paris à l'hôtel deBouillon, quay Malaquais, paroisse St Sulpice, Voir : https://www.bellabre.com/genealogie/individual.php?pid=I3782&ged=fradin
2 Voir lettre du 15 janvier 1768 à Maigrot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/08/17/je-me-flatte-que-vous-mettrez-le-comble-a-votre-generosite-6457005.html
3 Voir Siècle de Louis XIV, chap. XVI , page 313 : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Si%C3%A8cle_de_Louis_XIV/%C3%89dition_Garnier/Chapitre_16
4Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome14.djvu/335
5 Siècle de Louis XIV, chap. XXXVIII, page 69- : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Si%C3%A8cle_de_Louis_XIV/%C3%89dition_Garnier/Chapitre_38
La copie donne La Trimouille .
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