09/01/2026
daignez plaindre un peu les pauvres malades
... J'enrage de voir la montagne de peluches, fleurs et lumignons qui s'est accumulée à Crans Montana, pour des morts ; je ne m'y ferai jamais de voir ce ridicule amas, ces dépenses inutiles alors qu'il y aurait pu avoir un versement de fonds pour la recherche médicale, ou l'accueil des parents auprès des malades , autrement plus sensé . Pendant ce temps les blessés, les brûlés surtout sont marqués à vie, et les petits nounours n'y feront rien . Nous sommes bien dans la civilisation du paraître, des m'as-tu-vu, de la gloriole : "mon Dieu, comme je suis bon, j'ai mis une fleur devant le lieu de la catastrophe ", "et moi j'ai mis un nounours", et puis "moi, j'ai mis une bougie " ( une bougie ! une bougie ! pour honorer le souvenir de brûlés !!! imbéciles !! ).
Et notre président, passé l'émotion, donnera-t-il des consignes à l'administration pour faciliter la vie de ceux qui ont été touchés, et leurs familles ?
« A Pierre-Michel Hennin
Il faut vite dépêcher le domestique de notre cher résident. Mme Denis lui fera demain les honneurs de Ferney. On lui conseille de se crever à dîner, car nous n’avons, Dieu merci, ni cuisinier, ni cuisinière ; mais cela ne fait rien.
Allez, allez, comptez que ma Catau a tout ce qu’il lui faut ; ne la plaignez point ; mais daignez plaindre un peu les pauvres malades.
Je recevrai votre voyageur comme je pourrai ; il me pardonnera.
V.
Samedi au soir [ 21 juillet 1770].1 »
1 Le même jour , Hennin a écrit à V* : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_7964
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