10/05/2026
Le mot d’impôt, et tout ce qui a le moindre rapport à cette espèce de philosophie, me fait frémir...L’idée qu’on ne nous charge que parce que nous sommes utiles est très vraie. On ne fait porter des fardeaux qu’aux bêtes de somme
... Est-ce ainsi que vous le concevez M. Roland Lescure ? Sommes-nous tous des ânes bâtés pour vous ? Attention à la surcharge qui empêche d'avancer davantage . Utiles, mais pas inusables .
Voir : https://www.economie.gouv.fr/ministres/roland-lescure
« A Louise-Florence-Pétronille de Tardieu d'Esclavelles d'Épinay
6è novembre 1770
La fièvre me prit, madame, dans le temps que j’allais vous écrire. Il n’est pas étrange qu’on ait le sang en mouvement quand on est occupé de vous. Franchement, je suis bien malade ; mais le plaisir de vous répondre fait diversion.
Oui, madame, j’ai lu le troisième volume qui contient la réfutation du Pernetti 1, et je sais très bon gré à ce Pernetti de nous avoir valu un si bon livre.
Comment pouvez-vous me dire que je ne connais point l’abbé Galiani ? Est-ce que je ne l’ai pas lu 2 ? Par conséquent je l’ai vu. Il doit ressembler à son ouvrage comme deux gouttes d’eau, ou plutôt comme deux étincelles. N’est-il pas vif, actif, plein de raison et de plaisanterie ? Je l’ai vu, vous dis-je, et je le peindrais.
On fait actuellement un petit Dictionnaire encyclopédique 3, où il n’est pas oublié à l’article « Blé ».
Le mot d’impôt, et tout ce qui a le moindre rapport à cette espèce de philosophie, me fait frémir, depuis que le philosophe M. l’abbé Terray m’a pris deux cent mille francs, qui faisaient toute ma ressource, et que j’avais en dépôt chez M. de La Borde. Il n’y a que vous, madame, qui puissiez me faire supporter la philosophie sur la finance, parce que sûrement vous mettrez des grâces dans tout ce qui passera par vos mains.
Je veux croire qu’on a très bien raisonné ; mais le pain vaut quatre à cinq sous la livre au cœur du royaume, et à l’extrémité où je suis.
L’idée qu’on ne nous charge que parce que nous sommes utiles est très vraie. On ne fait porter des fardeaux qu’aux bêtes de somme, et Dieu nous a faits chevaux et ânes. Si nous étions oiseaux, on s’amuserait à nous tirer en volant.
En voilà trop pour un pauvre vieillard qui n’en peut plus, et qui est entre les mains des contrôleurs généraux et des apothicaires.
Mes compliments à vos beaux yeux, ma charmante philosophe, quoique les miens ne voient goutte. Mille respects.
V. »
1 L’abbé Pernety (Antoine-Joseph), né en 1716, mort en 1801, avait publié un Examen des Recherches philosophiques sur l’Amérique, 1770, in-12 ( https://archive.org/details/examendesrecherc02pern )
. De Pauw publia, en réponse, Défense des Recherches sur les Américains, 1770, in-8°, qui forme le troisième volume de son ouvrage.
P*** (Cornelius de Pauw) a publié des Recherches philosophiques sur les Américains ou mémoire intéressant pour servir à l’histoire de l'espèce humaine, 1768-1769 en 2 vol. (https://archive.org/details/recherchesphilos17701pauw )
Une nouvelle édition suivit en 1770 , « augmentée d'une dissertation critique par dom Pernetty (Antoine-Joseph Pernety), et de la défense de l'auteur des Recherches contre cette dissertation . »
2 Voir lettre du 12 janvier 1770 à Turgot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/06/23/l-6552459.html
3 Les Questions sur l’Encyclopédie, qui sont fondues dans le Dictionnaire philosophique. L’article Blé est au tome XVIII. V* fait effectivement une mention très favorable de l'abbé Galiani dans cette troisième édition : https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_philosophique/Garnier_(1878)/Index_alphab%C3%A9tique/B
09:25 | Lien permanent | Commentaires (0)


Écrire un commentaire