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16/03/2016

ce que vous refuserez si la proposition offense votre honneur

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Cette légion d'honneur qui ne vaut plus un kopek dès lors qu'elle est accordée pour "raison protocolaire", et donc plus une roupie de sansonnet aux yeux des gens véritablement honorables, eux .

Bravo et honneur à Sophie Marceau qui renvoie les flagorneurs à leurs magasins de hochets, et bravo aussi à Franz-Olivier  Giesbert qui refuse une décoration qu'il estime ne pas mériter .

Dix bons points et vous aurez une image, dix images et vous aurez la légion d'honneur : pas plus dur que ça  ! On va avoir la même inflation de décorés que de bacheliers , mais à quoi bon ?

Mgr Barbarin, tout prêtre qu'il soit , a atteint le grade d'officier de la légion d'honneur - preuve s'il en est de sa modestie naturelle ! - , ce qui bien entendu n'est pas un signe de qualité indiscutable , ni de courage , l'actualité nous le prouve .  Croix républicaine, croix catholique, pourvu que ça brille il est preneur . On est loin, très loin de ce véritable grand homme, l'abbé Pierre .

  http://culturebox.francetvinfo.fr/tendances/evenements/ce...

Ami Brassens, vous avez diablement raison : https://www.youtube.com/watch?v=3k3aSk1kB04

 

 

« A Octavie Belot

Aux Délices 29 mars [1761]

Vous avez trouvé le secret

De philosopher et de rire,

Et de votre charmante lyre

Vous faites un joli sifflet

Pour siffler notre ami Trublet,

Que je révère et dont j'admire

La profondeur et le caquet .

Badinez tandis qu'il compile,

Égayez souvent par vos sons

La pesanteur de son beau style ;

Et bafouez dans vos chansons

Son journal 1 et son évangile .

À présent venons au fait, madame, vous n'êtes pas riche, voici ce que j'ai imaginé, et ce que vous refuserez si la proposition offense votre honneur . Un jeune magistrat de Dijon 2 a fait une comédie, et il veut être ignoré à cause des fleurs de lis et de la grave sottise de monsieur son père le président . Voulez-vous, pouvez-vous garder le plus profond secret ? On vous fera tenir la pièce . Vous partagerez les honoraires de la représentation et de l'impression. Je crois que la comédie aura du succès . Elle est en vers, en cinq actes . Vous ferez la préface, et la pièce s'en débitera mieux . Si cette offre vous choque, j'en demande pardon à vos charmes et à votre esprit .

Le laboureur V.

secrétaire de l'empereur de la Chine.3

Savez-vous que ce malheureux petit Jean-Jacques le transfuge, m’écrivit il y a un an, vous corrompez ma république pour prix de l'asile qu'elle vous a donné ? »

2 V* bien sûr, qui se présente aussi à l'occasion comme un jeune académicien de Dijon , ce qu'il est réellement .La comédie est Le Droit du seigneur ; voir lettre du même jour aux d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/03/15/tant-que-son-amant-ne-sera-qu-un-sot-elle-ne-sera-pas-digne-5774501.htm

15/03/2016

tant que son amant ne sera qu'un sot elle ne sera pas digne de paraitre .

... Ô combien de femmes resteront inconnues, cloitrées peut-être, et auront le temps d'avoir bien des cheveux blancs, si on s'en tient à cette condition !

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https://www.youtube.com/watch?v=hHfy1K8ClFc

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

Aux Délices 29 mars 1761

Il faut que j'aie commis quelque grande iniquité dont je ne me suis pas accusé en faisant mes pâques, car mes anges ont détourné de moi leur face 1 et leur plume . Je leur dirai comme le prophète je vous ai joué de la flute et vous n'avez point dansé 2; je leur ai envoyé vers et prose ; point de nouvelles ; nul signe de vie . J'essuie d'ailleurs plus d'une tribulation . Prault a imprimé Tancrède . Non seulement il ne l'a 3 point imprimé tel que je l'ai fait, mais ni Prault, ni Lekain , ni Mlle Clairon qui en ont eu le profit , n'ont daigné m'en faire tenir un exemplaire . En récompense on a imprimé Tancrède entièrement altéré et d'une manière qui, dit-on, me couvre de honte . Prault donne au public sous mon nom l'apologie de Corneille et de Racine 4 malgré tout ce que j'ai exigé de lui . Il faut donc m'armer de patience et me résigner . Mes chers anges ne m'abandonnez pas dans mes détresses . J'ai surtout une grâce à vous demander ; c'est de me garder un profond secret sur Le Droit du seigneur et de ne pas empêcher qu'une personne de mérite qui est dans la pauvreté retire quelque émolument de ce petit ouvrage que j'ai retouché avec le plus grand soin . C'est une chose que j'ai infiniment à cœur, et vous êtes trop bons pour ne vous pas prêter à mes faiblesses .

Vous ne m'avez point écrit depuis le roman de Jean-Jacques . Seriez-vous de ceux qui ont pris le parti de ce petit Diogène manqué ? Savez-vous qu'il y a dix-huit mois que ce fou furieux fit une cabale du fond de son village à Genève pour empêcher la comédie, et qu'il m'écrivit à moi vous corrompez ma république pour prix de l'asile qu'elle vous a donné ?5 Ne vous l'ai-je pas mandé et ne trouvez-vous pas qu'il est trop doucement puni ?

Ne soyez point fâché contre Fanime, tant que son amant ne sera qu'un sot elle ne sera pas digne de paraitre .

Dites-moi je vous en conjure si M. le duc de Choiseul a toujours de la bonté pour moi et si par hasard nous pouvons espérer la paix . Mais surtout instruisez-moi comment vont les yeux et la santé de mes anges, et ne mettez pas mon cœur au désespoir .

V. "

2Évangile selon Matthieu, XI, 17 : http://saintebible.com/matthew/11-17.htm

et selon Luc , VII, 32 : http://saintebible.com/luke/7-32.htm

3 V* a d'abord écrit m'a .

4 L'Appel aux nations , « ouvrage sur les théâtreux » annoncé dans la lettre du 16 décembre 1760 aux d'Argental : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1760-partie-49-121110192.html

14/03/2016

Je le répète, monsieur, si on avait fait cet outrage à la fille d'un procureur, l'auteur de l'insulte serait puni

...

 

« A Ponce-Denis Ecouchard Le Brun

Aux Délices , 26 mars 1761

Je confie, monsieur, à votre probité, à votre zèle et à votre prudence qu'un gentilhomme d'auprès de Gex, nommé M. de Crassy, capitaine au régiment de Deux-ponts, nous a demandé Mlle Corneille en mariage pour un gentilhomme de ses parents .

Celui qui avait cette alliance en vue demandait une fille noble, bien élevée, et dont les mœurs convinssent à la simplicité d'un pays qui tient beaucoup à la Suisse . Le hasard a fait que la feuille de Fréron, dans laquelle Mlle Corneille est déshonorée, a été lue par ce gentilhomme . Il y a lu que le père de la demoiselle est une espèce de petit commis de la poste à deux sous, à cinquante livres par mois de gages, et que sa fille a quitté son couvent pour venir recevoir chez moi son éducation d'un bateleur de la foire . Cette insulte a fait beaucoup de bruit à Genève où les feuilles du nommé Fréron sont lues . On a les yeux sur notre maison . Le scandale a circulé dans toute la province . Le gentilhomme qui se proposait pour Mlle Corneille a été très refroidi, et il est vraisemblable que cet établissement n'aura pas lieu . Enfin Mlle Corneille a été instruite des lignes diffamatoires de Fréron . Jugez de son état et de son affliction . Elle a pris le parti d'envoyer un mémoire de dix ou douze lignes à M. le comte de Saint-Florentin, à M. Séguier, avocat général, et à monsieur le lieutenant de police . Nous lui avons conseillé cette démarche . Ce mémoire est aussi simple que court ; et pour peu qu'il y ait encore de justice et d'honneur chez les hommes, la plainte de Mlle Corneille doit faire une grande impression . Nous savons bien que M. Séguier ne se mêlera pas directement de cette affaire, mais étant informé qu’il est personnellement outré contre ce monstre de Fréron , nous avons cru qu'il était bon de lui adresser un mémoire . Nous pensons, Mme Denis et moi, que si vous voulez bien, monsieur, appuyer les justes plaintes d'une demoiselle qui porte le nom de Corneille , qui vous a déjà tant d'obligations, et qui se trouve publiquement déshonorée par un scélérat, enfin qui est sur le point de perdre un établissent avantageux, vous réussirez infailliblement en présentant à M. de Saint-Florentin et à M. de Sartine , déjà instruits de l'atrocité du nommé Fréron, l'impudence avec laquelle il diffame en six lignes une famille entière, le tort irréparable qu'il fait à une demoiselle d'un nom respectable ; vous engagerez aisément M. Séguier a protéger cette victime que Fréron immole à sa méchanceté . Je le répète, monsieur, si on avait fait cet outrage à la fille d'un procureur, l'auteur de l'insulte serait puni . Vous communiquerez sans doute ma lettre à M. du Tillet, qui doit ressentir plus vivement que personne l'affront et le tort faits à Mlle Corneille . Il me semble que vous pouvez parler fortement à M. de Saint-Florentin et à M. de Sartine . J'ose même présumer que Mgr le prince de Conti accordera sa protection à la vertu et à la noblesse insultées . Je ne sais par quelle méprise on a pu confondre la diffamation de cette demoiselle avec des critiques de vers . Il s'agit ici de l'honneur . Nous attendons tout de vous, et de l'auguste maison où vous êtes .

Votre très humble et très obéissant serviteur

V. »

 

je n'ai que du zèle ; mais ce zèle sera toujours bien vif quand vous voudrez bien le guider

...

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« A Louis-Gaspard Fabry

Monsieur, j'ai l'honneur de vous envoyer cette lettre de M. de Trudaine 1. Vous verrez en quel état sont les affaires de notre pauvre petit pays ; il serait bon que j'eusse l'honneur de vous voir, et que vous me donnassiez vos instructions ; je n'ai que du zèle ; mais ce zèle sera toujours bien vif quand vous voudrez bien le guider . Je vous recommande toujours Sédillot 2 et nos marais, deux choses fort dangereuses pour la province . J'ai l'honneur d'être avec l’attachement le plus inviolable

monsieur

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire.

28è mars 1761 aux Délices . »

1 Cette lettre du 22 mars 1761 de Trudaine est conservée . Trudaine assure qu'il a apporté toute l'attention nécessaire au mémoire des syndics de Gex ; il le communique à la ferme générale ; il a déjà été question d'affranchir le pays de Gex de tous les droits de la ferme générale, mais on n'a pas voulu jusqu'ici offrir un abonnement égal au produit net des fermes ; il encourage Voltaire à contribuer à réaliser ce projet .