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19/11/2017

la paix, le concours des étrangers, le nombre de ceux qui seront touchés de son mérite lui pourront être utiles . C’est ce que je souhaite passionnément

... Ce sont tous mes voeux pour notre président, il en a bien besoin , et la France aussi .

 

 

«  Au marquis Francesco Albergati Capacelli

senatore di Bologna

à Bologna

per Milano

7è janvier 1763, à Ferney 1

Je voudrais sans doute, monsieur, voir un homme de votre mérite et quitter mes neiges pour les vôtres, ou bien avoir le bonheur de vous voir quitter les vôtres pour les miennes ; mais vous êtes attaché à la dotta é grassa Bologna 2, et moi, je ne peux, à l’âge de soixante et dix ans, passer le mont Cenis pendant l’hiver. Je suis dans mon lit depuis les premiers froids. Ma consolation est de lire notre cher Goldoni, et de m’amuser à des ouvrages qui ne valent pas les siens. Je suis obligé de dicter toujours ; je ne peux écrire ; voilà pourquoi j’ai tardé si longtemps à vous dire, monsieur, combien je suis sensible à vos offres obligeantes, et quel est mon regret de ne pouvoir les accepter.

Je compte dans quelque temps vous faire un petit envoi : mais ce ne sera, je crois, que dans le mois de mars ; j’ai été si malade, si faible, si paresseux, que je n’ai pu écrire depuis longtemps à M. Goldoni. D’ailleurs que lui mander du fond de ma retraite ? Il m’a écrit qu’il serait longtemps à Paris . Je ne doute pas que ses ouvrages ne lui fassent des admirateurs, et son caractère des amis ; la paix, le concours des étrangers, le nombre de ceux qui seront touchés de son mérite lui pourront être utiles . C’est ce que je souhaite passionnément.

Pour vous, monsieur, je ne vous souhaite que la continuation de votre félicité ; vous avez tout le reste . On ne peut être plus pénétré que je le suis de tout ce que vous valez et de l’amitié dont vous m’honorez. Comptez, je vous en conjure, sur mon très tendre attachement pour le temps qui me reste à vivre. »

1 La lettre à laquelle répond V* ne nous est pas parvenue ; il ne peut s'agir de celle que Besterman place à la date du 5 janvier, date qu'elle porte effectivement(sans doute par erreur pour 5 février ), car Albergati y fait allusion au « petit envoi » prévu pour mars 1763 .

2 Docte et grasse Bologne .

18/11/2017

Il faut un peu se presser d'envoyer cet ouvrage à Paris

... Mais sincèrement je doute que l'ouvrage dont je vais vous parler supporte le voyage , jugez-en : http://actu.orange.fr/societe/insolite/un-pilote-dessine-...

Si j'étais recruteur pour l'Armée de l'air je peux vous assurer que j'engagerais ce pilote, qui, victime de grenouilles de bénitier hypocrites comme seul(e)s savent l'être les Ricain(e)s, risque d'être mis à pied . Ce puritanisme imbécile , source de l'élection d'un Donald Trump, autrement malfaisant que ce pilote, me met en rage et me donne une furieuse envie d'ouvrir la boite à baffes .

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Oh quel dangereux terroriste ! qui horrifie les petits enfants (and so proud mothers) , lesquels n'ont qu'un malheureux Colt 45 dans leur poche pour chasser le Malin. Un pénis couillu dans le ciel devrait donner une idée de Dieu et comment il a créé le monde, non ?

 

 

« A Gabriel Cramer

[vers le 6 janvier 1763]

Monsieur Cramer est supplié de vouloir bien renvoyer la dernière feuille des remarques sur l'Histoire, et d'y ajouter les titres des articles . Il faut un peu se presser d'envoyer cet ouvrage à Paris . Il peut contribuer au prompt débit de l'édition de l'Histoire . »

17/11/2017

il n'y a d'autre moyen d'obtenir la tolérance, que d'inspirer beaucoup d'indifférence pour les préjugés, en montrant pourtant pour ces préjugés même un respect qu'ils ne méritent pas

...Résultat de recherche d'images pour "préjugés religieux humour"

"Il est plus difficile de briser un préjugé qu'un atome" : Albert Einstein dixit .

"Plus difficile, mais pas impossible ! : James (décidément optimiste ) dixit .

 

 

« A monsieur le ministre Paul-Claude Moultou

à Genève

Ferney 5è janvier 1763 1

J'ai lu avec attention, monsieur, une grande partie de L’Accord parfait 2. C'est un livre où je dirais qu'il y a de fort bonnes choses, si je ne m'étais pas rencontré avec lui, dans quelques endroits où il parle de la tolérance . Il y a , ce me semble, un grand défaut dans ce livre, et qui peut nuire beaucoup à votre cause ; c'est qu'il dit continuellement que les catholiques ont toujours eu tort , et les protestants toujours raison ; que tous les chefs des catholiques étaient des monstres, et les chefs des protestants des saints . Il va même jusqu'à mettre Spiphame, évêque de Nevers 3, au rang de vos apôtres irréprochables . C'est trop donner d'armes contre soi-même ; il est permis d'injurier le genre humain, parce que personne ne prend les injures pour lui ; mais quand on attaque violemment une secte en demandant grâce, on obtient la haine, et point de grâce .

Je vous répète qu'il est infiniment à désirer qu'un homme comme vous veuille écrire . Vous seriez lu, et L'Accord parfait ne le sera point ; il est beaucoup trop long et trop déclamateur, comme tous les livres de cette espèce ; il faut être très court, et un peu salé, sans quoi les ministres et Mme de Pompadour, les commis et les femmes de chambre, font des papillotes du livre .

Sous un autre gouvernement, je n'aurais pas osé hasarder quelques petites notes, dont il est très aisé de tirer d'étranges conséquences ; mais je connais assez ceux qui gouvernent, pour être sûr que ces conséquences ne leur déplairont pas . Je pense même qu'il n'y a d'autre moyen d'obtenir la tolérance, que d'inspirer beaucoup d'indifférence pour les préjugés, en montrant pourtant pour ces préjugés même un respect qu'ils ne méritent pas .

Je pense enfin , que l'aventure des Calas peut servir à relâcher beaucoup les chaînes de vos frères qui prient Dieu en fort mauvais vers . Je suis convaincu, que si d'ailleurs on a quelque protection à la cour, on verra clairement que des ignorants qui portent une étole, ne gagnent rien à faire pendre des savants à manteau noir, et que c'est le comble de l'absurdité comme de l'horreur .

Plus je relis les Actes des martyrs, pus je les trouve semblables aux Mille et une nuits, et je suis tenté de croire qu'il n'y a jamais eu que les chrétiens qui aient été persécuteurs, pour la seule cause de la religion .

Je vous supplie , monsieur, de vouloir bien envoyer chez MM. Souchay et Lefort le commentaire de Bayle sur le Contrains-les d'entrer 4, et la lettre de l'évêque d'Agen 5, par laquelle cet animal veut contraindre d'entrer .

J'ai encore une autre grâce à vous demander, comme à un docteur hébraïque, qui est pourtant un Français très aimable, c'est de vouloir bien m'écrire en caractères chrétiens, ces mots de la Vulgate, tibi jure debentur 6. C'est à l'occasion du dieu Chamos 7, vous savez ce que c'est ; il ne sera pas mal de mettre cet hébreu en marge, pour effrayer les ignorants qui prétendraient que ce passage est un argument ad hominem 8, et qu'il ne veut dire autre chose, sinon, vous pensez vous autres chamichiens que vous possédez de droit ce que Chamos vous a donné . Mais le jure debentur est formel, et un petit mot d'hébreu sera sans réplique .

On m'a mandé de Toulouse, qu'un jeune homme qui allait prier tous les jours à Saint-Étienne sur le tombeau du saint martyr Marc-Antoine Calas 9, est devenu fou, pour n'avoir pas obtenu de lui le miracle qu'il lui demandait, et ce miracle c’était de l'argent .

On ne peut rien ajouter, monsieur, ni à ma compassion pour les fanatiques, ni à ma sincère estime pour vous . »

1 L'édition Gaberel est limitée à des extraits, datée correctement ; l’édition Taillandier de même . Les Lettres inédites suppriment le 5è et le 7è paragraphe, suivie des autres éditions et toutes celles-ci datent à tort du 8 .

3 L'auteur de L'Accord parfait a mis en effet Jacques-Paul Spiphame, évêque de Nevers, au rang des hommes de bien convertis au protestantisme en oubliant que Spiphame avait été décapité en 1566 sur l'ordre du Conseil de Genève pour « immoralité » .

4 C'est le fameux Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ : Contrains-les d'entrer, de Pierre Bayle, 1686-1688 .

5 Lettres de M. l'évêque d'Agen à monsieur le contrôleur général, contre la tolérance des huguenots dans le royaume, 1et mai 1751, de Joseph-Gaspard-Gilbert de Chabannes .

6 Il te sont dus à bon droit .

7 Juges , XI, 24 .

8 Personnel .

16/11/2017

Tout ce que je crains c’est d'acquérir de l'indifférence avec l'âge – l'indifférence glace les talents

... et rend con ! -- je me le dis tout net .

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« A Bernard-Louis Chauvelin

Dans les neiges , 5 janvier [1763]

Ma main n'a point suivi mon cœur . Tout ce que je souhaite, c'est que Votre Excellence daigne être fâchée de ma paresse . J'ai été malade, j'ai travaillé, j'ai voulu vous écrire de jour en jour et je ne l'ai point fait . Je suis très coupable envers moi car je me suis privé d'un très grand plaisir . Si vous étiez à Paris j'aurais bien plus 1 d’amitié pour Olympie et pour Le Droit du Seigneur . Les entrailles paternelles s’émouvraient bien davantage pour mes enfants quand vous en seriez le parrain . Tout ce que je crains c’est d'acquérir de l'indifférence avec l'âge – l'indifférence glace les talents . Qui voit les choses de sang-froid, n'est bon que pour votre illustre métier .

Le ministère, à ce qu'on dit,

Veut une âme tranquille et sage,

Tandis que mon métier maudit

En veut une ardente et volage .

Vous n'employez que des raisons,
Quand il faut vous ouvrir, ou feindre,

Je ne peins que des passions :

Il faut les sentir pour les peindre .

Et les passions ! Il y a longtemps que je n'en ai plus . Vous monsieur qui en avez une si belle, et que la plus charmante ambassadrice du monde doit inspirer, c'est à vous de faire des vers .

Malgré mon âge décrépit

J'en ferais bien aussi pour elle

Si vous me donniez votre esprit

Et votre grâce naturelle .

J'aurai quelque chose à vous envoyer le mois prochain, mais comment m'y prendrai-je ? Ce mois-ci vous n'aurez rien . Je n'ai que des neiges ; j'en suis entouré, et elles passent dans ma tête . Peut-être en avez -vous autant à Turin ; et je ne sais si vous direz de la neige du Piémont ce que le cardinal de Polignac disait de la pluie de Marly 2. M. et Mme d'Argental ont cru que je plaisantais en vous suppliant de leur envoyer Le Droit du seigneur . Ils l'avaient en effet mais ils n'avaient pas une si bonne copie que la vôtre . Mes anges d'ailleurs me rendent la vie bien dure , ils me donnent des commissions comme on en donnait au diable de Papefiguière 3; et des corrections pour cette pièce-ci, et des changements pour cette pièce-là, et des additions, et des retranchements . Mes anges je ne suis pas de fer, ayez pitié de moi .

Je demande à Votre Excellence votre protection envers mes anges .

Je vous souhaite force années heureuses et je vous présente mon très tendre respect .

V. »

1 plus ajouté par V* au-dessus de la ligne .

2 Beuchot donne une explication en note dans son édition ; « Louis XIV lui faisait voir les jardins de Marly, et lui en faisait remarquer les beautés ; une averse survint ; le roi voulait interrompre la promenade : '' Sire , dit Polignac, la pluie de Marly ne mouille point.'' » Voir : https://books.google.fr/books?id=ejx_CgAAQBAJ&pg=PT1142&lpg=PT1142&dq=jardins+de+marly+polignac+louisXIV&source=bl&ots=uxPjpaSVe0&sig=EGosICfzo5tGrpRXzQtlgGC74VA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiLtZrDkMHXAhWKzRoKHZcZC6gQ6AEISjAH#v=onepage&q=jardins%20de%20marly%20polignac%20louisXIV&f=false

15/11/2017

Je suis plus en peine caro de votre testicule que de votre typographie , Mme Denis vous en dit autant quoique cela ne soit pas honnête et Mlle Corneille suivrait notre exemple si elle savait de quoi il s'agit

... Récréation  . Rions un peu . C'est du Voltaire tout pur .

P.S. -- Un petit remède naturel pour mes frères humains qui seraient handicapés : "Les graines de citrouille sont bons [sic] pour empêcher la formation de kystes dans les testicules. Faire bouillir les graines dans de l'eau chaude et les consommer à chaud." Sachant que certains nomment "graines" les testicules, cette recette assurément fait frémir !

Voir , par curiosité : http://laisseterre.com/article/epididymaire-kyste-causes-symptmes-la-prvention-et-remdes-naturels

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A l'Ouest rien de nouveau !

 

 

« A Gabriel Cramer

Eh mon Dieu ! A-t-on toujours dans sa poche droite un vieux Mercure, et dans sa poche gauche un programme de l'édition de Pierre Corneille ? N'oublie-t-on pas tout dans Paris au bout de quelques semaines, et même de quelques jours ? Songe-t-on à autre chose qu'à ses rentes, à ses maîtresses, et à l'opéra-comique ?

Il est d'une nécessité indispensable, de faire mettre de nouveaux avis dans les affiches de Paris et dans les journaux . Voici encore deux personnes qui s'adressent à Mme Denis pour avoir des souscriptions . Il est très important d'instruire le public à plusieurs reprises, et il l'est encore davantage d'écrire des lettres circulaires à tous ceux qui ont souscrit et qui n'ont point payé . Monsieur Cramer doit les connaître en consultant ses registres et le programme . On ne sait, par exemple, si messieurs les princes, M. le duc de Villars, Mme de Pompadour, M. le prince de Soubise, ont payé leur contingent . Il est sûr que M. le maréchal de Richelieu et plusieurs grands seigneurs n'ont rien donné .

Voici des modèles d'avis au public, et de lettres circulaires, dont monsieur Cramer est prié de faire usage . Il est prié aussi de mander si monsieur le contrôleur général a donné quelque chose au nom du roi, afin qu'on puisse écrire en conséquence .

On lui renvoie les feuilles corrigées . On lui renverra incessamment le Traité sur la tolérance, sur lequel on a consulté des ministres du Saint Évangile, et qui par conséquent sera approuvé de Dieu et des hommes .

On répond bien que ce saint libelle entrera dans Paris, où tout entre ; mais on recommande sur toute chose à monsieur Gabriel le secret de cette œuvre de Dieu .

Je suis plus en peine caro de votre testicule que de votre typographie , Mme Denis vous en dit autant quoique cela ne soit pas honnête et Mlle Corneille suivrait notre exemple si elle savait de quoi il s'agit . Ne m'oubliez pas auprès de votre famille et rétablissez au plus vite vos parties récréatives .

V.

4 janvier [1763] au soir . »

il faut qu'il mette du vin dans son eau

... ceci étant , un voleur a , selon ses goûts , préféré y mettre du whisky en belle quantité et excellente qualité, ne voulant pas faire comme ceux qui , revenant d'outre-tombe, ont choisi trois cents bouteilles de grands crus de vin . Ils sont pour le vol sans modération , auront-ils la gueule de bois avant de finir en taule ? S'ils ont volé, c'est qu'ils ont des acheteurs, et je ne serais pas surpris si ces derniers sont de pays où l'alcool est prohibé . On tient le pari ?

http://www.20minutes.fr/paris/2168787-20171114-paris-vole...

http://www.20minutes.fr/paris/2123355-20170829-paris-voleurs-passent-catacombes-derobent-250000-euros-bouteilles-vin

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Ah ! c'est le pied !

C'est au pied du mur qu'on trouve le maçon et c'est au pied du verre qu'on trouve le pochtron !

 

 

«A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

A Ferney, 5 janvier 1763 1

O mes anges ,

Ce n’est pas ma faute, si on m'a mandé que l'auteur d'Eponine 2 aimait le bon vin . Je lui fais réparation d'honneur, et je crois que vous l'avez mis à l'eau d'Hippocrène . Mais il faut qu'il mette du vin dans son eau .

Ce n'est pas non plus ma faute si nous avons cru, madame Denis et moi, que vous vous intéressiez au demi-philosophe qui est arrivé sous vos auspices, qui nous a dit venir de votre part, et qu’il fallait conclure subito, allegro, presto, qu’il n’attendait qu’une lettre de son père, et que cette lettre viendrait dans trois jours . Le père est l’homme du monde qui dépense le moins en papier et en encre . Il y a un an qu’il n’a écrit à monsieur son fils. Il lui faisait une pension de mille livres avant d’avoir payé sa compagnie, et, depuis ce temps, il lui retranche sa pension. Ce fils n’a donc que sa compagnie qu’on va réformer, trois chevaux que nous nourrissons, et des dettes. La philosophie est quelque chose, je l’avoue . Mais cette philosophie est celle de M. de Valbelle 3 et de Mlle Clairon, qui ont imaginé d’envoyer le capitaine faire main-basse sur la recette des souscriptions, recette qui n’est pas prête, comme je l’ai mandé à mes anges. Je ne crois donc pas que je puisse lui dire : Mettez-vous là, mon gendre, et dînez avec moi 4. Tout cela ne laisse pas d’être triste, parce qu’on sait tout, et que cette aventure peut aisément être tournée en ridicule par les malins, dont le nombre est grand.

Je vous ai répondu sur les souscriptions, et je vous ai exposé notre état .

Nous prendrons en attendant une petite somme pour envoyer au père et à la mère .

J'ai répondu sur tous les articles concernant mon tripot . J'ajoute que je crois avoir prié M. de Chauvelin de vous envoyer Le Droit su seigneur et que je crois encore qu'il y a des changements assez considérables .

Vous croyez donc que je vais aux Délices, et que je suis assidu auprès de M. le duc de Villars ? Je suis assiégé par quatre pieds de neiges à perte de vue, et je la fais ranger pour transporter des pierres. Je me console d’ailleurs de mes quatre pieds autour de moi, en considérant les délices de la Suisse, qui consistent, comme vous savez, en quarante lieues de montagnes de glace qui forment mon horizon hyperboréen. Le duc de Villars a quitté les Délices . Tout auprès de son juge il s’est venu loger,5 dans une maison assez convenable à un valet de chambre retiré du monde. Il vient quelquefois dîner à Ferney ; mais, tant que j’aurai mes neiges, je n’irai point chez lui. Je suis d’ailleurs très malingre, et assurément plus que lui, malgré ses convulsions de Saint-Médard . Et observez qu’il n’a que soixante ans, et que j’en ai bientôt septante 6, quoi qu’on die 7.

O mes anges ! tant que mon vieux sang circulera dans mes vieilles veines, mon cœur sera à vous. Mais, à présent, comment renvoyer notre jeune soudard au milieu des glaces et des neiges ? Savez-vous bien que cela est embarrassant ? Tout ce qui m’arrive est comique ; Dieu soit béni ! Je remercie M. Deparcieux 8, et je n’ai que faire de lui pour savoir que la vie est courte.

Pour ce nigaud de Laugeois, neveu de Laugeois, vous pouvez avoir la bonté de m’envoyer son rabâchage davidique 9, en deux envois, contre-signés duc de Praslin. Je mettrai sa prose à côté des chansons hébraïques 10 de Lefranc de Pompignan. Voulez-vous bien présenter mes respects et souhaiter de bonnes fêtes à M. le duc de Praslin ? Comment peut-il travailler avec sa mauvaise santé ? Est-elle meilleure ? Pour Dieu favorisez moi du mémoire incendié du président au mortier  11! Portez-vous bien, mes anges ; c’est le grand point.

Respect et tendresse.

V.»



1 L'édition de Kehl et suivantes selon la copie Beaumarchais omettent des passages : voir http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/05/correspondance-annee-1763-partie-1.html

2 Chabanon, dont la pièce jouée au Théâtre-Français le 6 décembre 1762 n'a eu que deux représentations .

3 Joseph-Alphonse-Omer , comte de Valbelle, amant de Mlle Clairon .Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph-Alphonse-Omer_de_Valbelle

4 Mots prononcés par Mme Jourdain dans Le Bourgeois gentilhomme, III, 12 .

5 Réminiscence Plaideurs, de Racine, I, 5 ; le « juge » est ici le docteur Tronchin .

6 Septante est encore utilisé et répandu dans la région lyonnaise comme en Suisse et en Belgique .

7 Réminiscence des Femmes savantes, III, 2 .

8 Antoine Deparcieux avait sans doute envoyé à V* son Mémoire lu à l'assemblée publique de l'Académie royale des sciences, le samedi 13 novembre 1762, édité en 1763, concernant les moyens de fournir de l'eau à Paris, ainsi que son Addition à l'Essai sur les probabilités de la durée de la vie humaine, 1760, dont V* se souviendra dans L'Homme aux quarante écus . L'Essai original a été publié en 1746 . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Deparcieux_(1703-1768)

et : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6208520n/f5.image

et : https://books.google.fr/books?id=2xIH7EgOWc8C&pg=PA23&lpg=PA23&dq=Antoine+Deparcieux+Addition+%C3%A0+l%27Essai+sur+les+probabilit%C3%A9s+de+la+dur%C3%A9e+de+la+vie+humaine,+1760&source=bl&ots=wMZ7ZRWcaP&sig=VaPiM9t0PV13-JIGkH7Ns0ZVb1Q&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwizruaBsb_XAhVBmBoKHeNqBrIQ6AEIPDAD#v=onepage&q=Antoine%20Deparcieux%20Addition%20%C3%A0%20l%27Essai%20sur%20les%20probabilit%C3%A9s%20de%20la%20dur%C3%A9e%20de%20la%20vie%20humaine%2C%201760&f=false

9 Laugeois de Chastellier avait publié une nouvelle édition (anonyme) de sa Traduction nouvelle des psaumes de David, 1762, dont V* possédait déjà l'édition originale de 1757 ; voir : page 611 : https://books.google.fr/books?id=-jvRqkIM2dcC&pg=PA611&lpg=PA611&dq=Laugeois+de+Chastellier&source=bl&ots=lDXBrVz_1m&sig=NCh6lF_n-_1IgOtxwsPrWGBOEyk&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjFhuaAtL_XAhWIAxoKHdYYC6oQ6AEISTAJ#v=onepage&q=Laugeois%20de%20Chastellier&f=false

10 Ces « chansons » de Lefranc de Pompignan ont paru sous le titre Poésies sacrées de M. L*** F***, 1751 . Voir : https://books.google.fr/books?id=yHq9yoHsrC4C&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

14/11/2017

Si on ne prend pas ce parti , tout sera infailliblement perdu ; c'est l'avis de ...

... pas moins de quinze mille scientifiques dans « Mise en garde des scien­tifiques à l’humanité : deuxième avertissement. » Les humains ont la tête dure,  il peut leur en cuire (au sens propre)  dans peu de temps .

http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/13/quinze-m...

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« A Gabriel Cramer

On a reçu deux feuilles des Éclaircissements 1 qui ne se suivent pas . La page 16 finit par ce mot L'Histoire, et la page 17 commence par ce et déploie . Ce qui est dans la page 15 est répété dans les pages 16, 17, 18 et 19 . L'imprimeur s'est trompé, et a pris sans doute une ancienne feuille a, pour la nouvelle .

Au reste, on imprime à Paris ces Éclaircissements, mais si monsieur Cramer veut les ajouter à l'Histoire générale, il fera très bien de se dépêcher d'achever cette histoire qui est attendue avec quelque impatience . L'Errata est tout prêt . On va en faire un pour les dix volumes qui précèdent ; mais il serait essentiel de réimprimer Mariamne selon la nouvelle leçon, en observant de mettre autant de pages pour la nouvelle Mariamne que pour l'ancienne, ce qui est très aisé, et ce qui ne nuira pas à l'édition .

Quant au Traité sur la tolérance, il paraît que monsieur Cramer pourra y employer la presse qui a servi à l'Histoire du czar, cette histoire étant incessamment finie . En attendant il est prié de renvoyer le manuscrit, auquel il faut ajouter des notes nouvelles .

On a reçu une lettre de M. Marin 2, par laquelle il se plaint de n'avoir pu trouver de libraire qui lui ait pu fournir deux souscriptions pour Mme la princesse de Tallemont 3. Il est absolument nécessaire que monsieur Cramer ait la bonté de presser ses correspondants, et de faire insérer un nouvel avertissement dans les journaux . Mais surtout il faut rafraîchir le mémoire des souscripteurs qui n'ont pas fourni leur contingent . On ne peut s'y prendre que par des lettres circulaires, imprimées, et envoyées à l'adresse des personnes qui ont promis beaucoup, et qui ne donnent rien . Si on ne prend pas ce parti , tout sera infailliblement perdu ; c'est l'avis de M. et Mme d'Argental ; ils sont fort étonnés que M. Philibert ne les ai point vus, et n'ait pris aucune mesure pour ces souscriptions . Cette entreprise ne peut réussir que par beaucoup d'empressement et de soins .

Caro je suis très en peine de votre hydrocèle 4 mais ce n'est surement qu'un peu d'eau extravasée . S'il en faut venir à un petit coup de lancette vous ne serez certainement pas réduit à l'état de Daumart . Je vous prie de me faire donner de vos nouvelles . Je vous embrasse de tout mon cœur, et je salue toute votre famille .

V.

4 janvier au soir [1763]. »

2 François-Louis-Claude Marin , signalé à V* par Thieriot en 1758 ., occupe en 1763 alors une position clé dans les services de la censure et spécialement du commerce des livres ; il rendit à V*des services très importants au mépris des devoirs de sa charge . Pourtant , seule la publication non autorisée des Lois de Minos , en 1773, lui causa quelques ennuis passagers . On le retrouvera aux prises avec Beaumarchais qui fit de lui des portraits féroces . Voir : http://data.bnf.fr/11914585/francois-louis-claude_marin/

et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois-Louis_Claude_Marin

et : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64976583/f11.image

3 On ne trouve pas le nom de cette princesse dans la liste des souscripteurs .