20/08/2012
Les riens prennent quelquefois plus de temps que des assauts
... N'oublions pas que "rien c'est déjà quelque chose" , comme disait cet autre homme d'esprit Raymond Devos .
http://www.youtube.com/watch?v=NuzWnsR6eGk
Rien en ce petit matin d'hiver
« A M. le maréchal duc de RICHELIEU.
Aux Délices, 6 octobre [1756].
Je ne vous écris pas si souvent, monseigneur, que quand vous preniez Minorque. J'imagine toujours qu'on a encore plus d'affaires à la cour qu'à l'armée. Les riens prennent quelquefois plus de temps que des assauts et d'ailleurs il ne faut pas vexer d'ennui les héros qu'on aime 1.
Un Anglais me mande qu'on veut dresser dans Londres une statue à Blakeney 2. J'ai répondu qu'apparemment on mettrait cette statue dans votre temple.
Vous avez vu sans doute le dernier manifeste du Salomon du Nord 3. Ce Salomon est prolixe; mais on peut se donner carrière à la tête de cent mille hommes.4
La reine de Saba 5 ne répond point, mais elle agit. Je voudrais que vous commandassiez une armée dans ces circonstances, et que Salomon apprit par vous à connaître une nation qu'il ne connaît point du tout.
Voici les nouvelles que je reçus hier; si elles sont vraies, mon Salomon sera un peu embarrassé. Il m'a proposé, il y a quatre mois, de le venir voir; il m'a offert biens et dignités; je sais qu'elles sont transitoires; je les ai refusées. Le roi 6 ne s'en soucie guère; mais je voudrais qu'il pût en être informé. Le Suisse Voltaire et la Suissesse Denis sont toujours pénétrés pour vous d'amour et de respect. »
1 Redite du dernier vers de la lettre du 24 juillet 1756 à Desmahis : « … je conçois qu'il ne faut pas
/Ennuyer les héros qu'on aime. » : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/07/22/etre-sage-c-est-un-mal-qui-prend-a-mon-age-quand-le-ressort.html
2 Voir : « … je ne ressemble pas au général Blakeney » : lettre du 4 août 1756 à Richelieu : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/07/27/on-se-tait-et-on-admire.html
4 L'électrice reine de Saxe eut toutes sortes de mauvais traitements à essuyer de la part du roi de Prusse, qui se rendit maître de Dresde, le 10 septembre 1756.
Bataille à Lowositz, village de Bohême, près de Leitmeritz, livrée le 1er octobre 1756, entre le roi de Prusse et le maréchal comte de Brown, général des Autrichiens ; les deux partis s'attribuent la victoire.
L'armée saxonne, qui avait quitté le camp de Pirna, n'ayant pu entrer en Bohême pour se joindre au maréchal de Brown , est obligée, le 15 octobre, de capituler, et de se rendre au roi de Prusse. Le roi Auguste se retire en Pologne.
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Il n'y a pas d'apparence, mon cher et respectable ami, que les rancuniers perdent leur rancune.
... Ce qui laisse présager une belle rigolade/empoignade pour élire le nouveau chef de l'UMP . Chic ! Le bal des hypocrites est ouvert .
Du côté gauche de la gauche, on trouve aussi un bel enfoiré, rancunier de première grandeur

« A M. le comte d'ARGENTAL.
Aux Délices, 1er octobre [1756].
Mon très-aimable ange, tout mon temps se partage entre les douleurs de Mme de Fontaine et les miennes. Je n'en ai pas pour rendre notre Africaine 1 digne de vos bontés. Songez que, pour ce changement
Vous ne donnez qu'un jour, qu'une heure, qu'un moment 2
Il me faut une année. Vous briseriez le roseau fêlé, si vous donniez actuellement un ouvrage si imparfait. Le succès des magots de la Chine 3 est encore une raison pour ne rien hasarder de médiocre. Promettez à Mlle Clairon pour l'année prochaine, et soyez sûr, mon cher ange, que je tiendrai votre parole. Je ne sais si je me trompe, mais je crois que le vainqueur de Mahon gouvernera les comédiens en 1757 4; alors vous aurez beau jeu. Attendez, je vous en conjure, ce temps favorable. J'espère que notre Zulime paraîtra alors avec tous ses appas, et n'en parlera point. Il y a des choses essentielles à faire. C'est une maison dans laquelle il n'y a encore qu'un assez bel appartement. J'avoue que Mlle Clairon serait honnêtement logée, mais le reste serait au galetas. Laissez- moi, je vous en supplie, travailler à rendre la maison supportable. Je serai bientôt débarrassé de cette Histoire générale à laquelle je ne peux suffire. Un fardeau de plus me tuerait, dans le triste état où je suis. Enfin je vous conjure, par l'amitié que tous avez pour moi, et qui fait la consolation de ma vie, de ne rien précipiter. Je vous aurai autant d'obligation de cette précaution nécessaire que je vous en ai de vos démarches auprès de mon héros. Je reconnais bien la bonté de votre cœur à tout ce que vous faites mais vous pouvez compter beaucoup plus sur Zulime que je ne dois me flatter sur les choses 5 dont vous me parlez à la fin de votre lettre. Il n'y a pas d'apparence, mon cher et respectable ami, que les rancuniers perdent leur rancune. Je ne prévois pas d'ailleurs que je puisse, à mon âge, quitter une retraite dont je ne peux me défaire, et qui est devenue nécessaire à ma situation et à ma santé; mais je ne veux avoir d'autre idée que celle de pouvoir encore vous embrasser, avant de finir ma vie douloureuse.
Mme de Fontaine est mieux aujourd'hui. Les deux sœurs et l'oncle se disputent à qui vous aimera davantage mais il faut qu'on me cède.
Il court un nouveau manifeste du Salomon du Nord ; il est fort long; vous en jugerez. Il parait qu'on ne peut guère se conduire plus hardiment dans des circonstances plus délicates.
On me mande que votre archevêque 6 fait un tour dans le pays d'Astrée et de Céladon il en reviendra avec les mœurs douces du grand druide Adamas 7.
Adieu on ne peut être plus pénétré que je le suis de la constance généreuse de votre amitié. Vous sentez qu'il est nécessaire à mon être de vous revoir encore; mais je le souhaite bien plus que je ne l'espère. »
5 D'Argental et Richelieu songeaient alors, mais bien inutilement, à faire revenir l'auteur de la Henriade à Paris.
6 Christophe de Beaumont, d'abord exilé à Conflans, sa maison de plaisance, fut ensuite relégué momentanément au château de la Roque et à la Trappe. (CL.)
7 On lit Atamas dans les éditions de Kehl l'édition de M. Renouard porte Adamas, vrai nom d'un prince des Druides dans l'Astrée. La Fontaine a dit dans son Cas de conscience: « Le grand druide Adamas. » Voir ; http://www.lafontaine.net/lesContes/afficheConte.php?id=50
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