06/07/2014
je manque peut-être à l'étiquette; mais ce que je sais, et ce que je trouve fort mauvais, c'est qu'on s'égorge après avoir plaisanté
...http://jmdinh.net/sujet/international/mediterranee-international

« A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de SAXE-GOTHA
22 mai 1759, aux Délices.
Madame, voici les extraits des principaux passages de l'oraison funèbre d'un cordonnier, par Sa Majesté le roi de Prusse 1. Le livret est assez considérable, et de la taille des oraisons funèbres du grand Condé et du maréchal de Turenne. Il est étonnant que le roi de Prusse ait pu s'amuser à un tel ouvrage, l'hiver dernier, tandis qu'il préparait à Breslau les opérations de la campagne qu'il exécute aujourd'hui. Il en a fait bien d'autres; mais comme il a livré son Cordonnier à l'impression, on peut en donner des extraits à une princesse discrète sans trahir des secrets d'État, et sans manquer à ce qu'on doit à la majesté du trône. On dit que le prince Henri pourrait ajouter quelques talons aux souliers que le roi de Prusse a célébrés, attendu qu'il a vu ceux de l'armée de l'empire, laquelle est nommée, je pense, l'armée d'exécution 2. Je ne sais pas trop bien les termes, madame, et je manque peut-être à l'étiquette; mais ce que je sais, et ce que je trouve fort mauvais, c'est qu'on s'égorge après avoir plaisanté. Le canon gronde, le sang coule autour des États de Votre Altesse sérénissime. Elle daigne souhaiter que je vienne lui faire ma cour; quel chemin prendre? On ne peut passer que par- dessus des morts.
Enfin, madame, Votre Altesse sérénissime a donc pris le parti de l'inoculation !3 Vous êtes sage en tout. Les autres cours ne le sont guère, de se ruiner et de faire tant de malheureux. Je ne pardonne qu'à César et à Alexandre d'avoir fait la guerre : il s'agissait de la moitié de la terre ; mais ici (pour se servir d'un proverbe noble) le jeu ne vaut pas la chandelle. La grande maîtresse des cœurs n'est-elle pas de mon avis?
Le vieux Suisse se met aux pieds de Votre Altesse sérénissime et de votre auguste famille. »
1 On verra aisément dans quelle intention ces extraits ont été faits, et de quelle manière piquante ils montrent la contradiction des écrits de Frédéric avec sa conduite en ce moment même. — Le titre n'est pas moins étrange que l'ouvrage : Panégyrique du sieur Jacques-Matthieu Reinhardt, maître cordonnier, prononcé le 13e mois de l'an 2899, dans la ville de l'Imagination, par Pierre Mortier, diacre de la cathédrale. (A. F.)
« Extraits de plusieurs morceaux de l'éloge funèbre du cordonnier Reinhardt par sa majesté le roi de Prusse2.
Une chaussure mal faite révolte par sa forme désagréable ; elle presse le pied et lui donne, en le gênant, des duretés qui causent des douleurs à chaque pas que l'on fait; elle n'empêche pas l'eau d'y pénétrer et d'y occasionner à force de refroidissement des humeurs goutteuses, maladie cruelle qui par de longs tourments conduit au tombeau. Matthieu Reinhardt excellait à éviter tous ces défauts. Ses ouvrages avaient atteint le degré de perfection dont ils sont capables. Il avait surpassé tous ses compagnons et tous ses émules par son talent; et quiconque s'élève d'une manière aussi triomphante sur ses compétiteurs est sûrement un grand homme ; celui qui gouverne sagement, avec ordre et avec application, son atelier et sa maison, gouvernerait de même une ville, une province, et, pour ne rien dissimuler, un royaume. Oui, messieurs, ce bon citoyen que nous pleurons avait des qualités qui n'auraient point déparé le trône ; tandis qu'un nombre de ceux qui l'occupent sans talent et sans application ne seraient que de mauvais cordonniers, si l'aveugle fortune qui dispose des naissances ne les avait faits ce qu'ils sont par charité et pour que ces hommes ineptes ne mourussent pas de faim et de misère.
Demi-dieux sur la terre, puissances que la Providence a établies pour gouverner de vastes provinces avec humanité et sagesse, rougissez de honte qu'un pauvre cordonnier vous confonde et vous apprenne vos devoirs; que l'exemple de sa vie laborieuse vous enseigne ce qu'exigent de vous ces peuples que vous devez rendre heureux. Vous n'êtes point élevés par le ciel pour vous assoupir sur le trône aux concerts de vos flatteurs; vous y êtes placés pour travailler pour le bien de ces milliers de mortels qui vous sont soumis, et qui sont vos égaux. Vous ne fûtes point élevés si haut pour passer des semaines, des mois, des années, dans les forêts, à poursuivre sans cesse ces animaux sauvages qui vous fuient, à vous glorifier de la méprisable adresse de les attraper, divertissement innocent par soi-même si sa fureur ne vous le rendait pas un métier; tandis que les chemins dans vos provinces tombent en ruine, que les villes sont infectées de ces objets dégoûtants de la pitié et de la commisération publique, que le commerce languit dans vos États, que l'industrie est sans encouragement, et la police générale même mal observée.
Quel exemple de modération pour vous, grands de la terre, et quelle leçon vous fait un pauvre, mais pieux artisan! Un homme, peut-être l'objet de votre orgueilleux mépris, et dont vous croyez que le nom salirait votre mémoire, s'il y était gravé, vous enseigne que l'on peut vivre en bonne harmonie avec ses plus proches voisins. Sa jurisprudence, si différente de la vôtre, vous montre qu'il y a des voies pour éviter les querelles, pour éluder les disputes et pour conserver la paix et le repos ; qu'il y a une certaine magnanimité d'âme, bien supérieure aux emportements de la vengeance, qui porte la miséricorde jusqu'à pardonner les injures et les outrages, au lieu que chez vous, les moindres démêlés s'enveniment, de petites querelles produisent des guerres sanglantes. Votre vanité, plus cruelle que la barbarie des tyrans, sacrifie des milliers de citoyens à la fausse gloire, et pour un mot que l'ambition et la haine interprètent, des provinces entières sont saccagées et ruinées; vos fureurs livrent la terre à la rapacité des bêtes féroces déchaînées pour l'envahir. Tous les fléaux, toutes les calamités, désolent le monde à leur suite, et tant de malheurs déplorables ne proviennent que de vos inimitiés funestes. Que Matthieu Reinhardt était sage, et que l'on devrait graver en lettres d'or sur les palais des rois ces belles et mémorables paroles : « C'est beaucoup gagner que de savoir céder à propos. »
Jamais foi ne fut plus fervente que la sienne. De tous nos saints livres, ceux qu'il lisait avec le plus d'application et de plaisir, c'étaient les prophètes de l'Ancien Testament et l'Apocalypse de saint Jean; parce, disait-il, qu'il n'y comprenait rien du tout. Il souhaitait que toute la religion ne fût que mystère, pour mieux raisonner sur ce qu'il avait lu. Rien n'était incroyable pour lui. Avec quel zèle nous l'avons vu assister dans ces saints lieux à toutes les cérémonies religieuses, avec l'humilité d'un chrétien, avec l'attention d'un disciple, avec la componction d'un régénéré!
Sachez et retenez bien que l'on peut se distinguer dans toutes les conditions; que ce ne fut pas parmi les riches que l'Homme-Dieu choisit ceux qu'il daigna associer à ses saints travaux, mais parmi la lie du peuple hébreu. Et vous, sa famille éplorée, séchez vos larmes, et ne souillez point, par vos regrets outrés, la gloire de celui qui est assis à présent à la droite du Père, entre le Fils et le Saint-Esprit. »
2 « C'est avec beaucoup de précision et selon l'étiquette de la chancellerie impériale que vous nommez monsieur, l'armée de l'empire armée d’exécution . » : réponse de la duchesse .
3 Dans sa lettre du 28 avril 1759 la duchesse disait : « Me voilà quitte grâce à Dieu de la crainte de la petite vérole, mes deux ainés ont passé heureusement par cette cruelle maladie et le cadet en est quitte au moyen de l'inoculation . Vous voyez que nous sommes gens à la mode et au dessus du préjugé . »
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05/07/2014
Mon oncle prétend que vous avez le cœur sensible malgré votre place
... Laquelle place est celle de grand commis aux affaires étrangères . Notre Laurent Fabius a-t-il le coeur sensible ? je ne l'ai pas testé personnellement, et n'en ai d'ailleurs nulle envie . J'attends vos témoignages !
http://allainjules.com/2014/06/20/la-blague-du-jour...
Quand pourra-t-il appeler un chat un chat et salopard tout assassin en uniforme ou non, musulman ou non, terroriste élu ou populaire ? Quand il le pourra, l'osera-t-il , le saura-t-il ?

Arc de Triomphe, tu n'as jamais vu se relever un seul des morts dont tu es sensé célébrer la gloire , je ne pense qu'à leur triste disparition aux champs de batailles superflues . Ridicule monument à la gloire d'un orgueilleux petit Corse
« Marie-Louise Denis et Voltaire
à
François de Bussy 1
Ce 22 mai [1759] des Délices 2
Plus je suis touchée de vos bontés, monsieur, et plus mes importunités augmentent . Mon oncle prétend que vous avez le cœur sensible malgré votre place, j'espère tout de cette belle qualité .
Mettez-vous un petit moment à la place d'une Parisienne qui se trouve dans les glaces du mont Jura, et dont la terre lui devient onéreuse et inhabitable si elle n'obtient pas la confirmation d'un malheureux privilège attaché depuis trois cents ans à cette terre .
Je compte si fort sur votre envie d'obliger et sur l'habitude où vous êtes de faire réussir toutes vos négociations, que j'espère avoir mon brevet et vous en être obligée toute ma vie .
Ce brevet si vous le voulez bien consisterait en la conservation des privilèges pour la terre de Ferney, domaines adjacents et terres par moi acquises qui seront légalement reconnues être de l'ancien dénombrement ; conservation du droit des dîmes et autres privilèges dont mes prédécesseurs seront reconnus avoir joui .
Cette tournure ne compromet personne, elle est toute entière dans l’esprit de la loi, elle n'est qu'une grâce du roi dont je ne peux abuser , elle prévient toute chicane .
Je vous réitère mes remerciements, et les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être monsieur votre très humble et très obéissante servante .
Denis.
P.-S. - Ma nièce n'a-t-elle pas raison, monsieur, dans ses demandes et dans sa confiance en vous ? que M. le duc de Choiseul et vous aient pitié des marmottes du mont Jura .
On prétend que l'armée d’exécution a été exécutée . J'en suis fâché . De profundis pour tous ces gens-là et pour moi .
V. »
1 Voir page 13 : http://www.alexdecotte.com/resources/VaF_1759_2009.pdf
2 Sur le manuscrit olographe, on a les mentions : « de Mme Denis à M. de Bussy » et « R[épon]du le 28 mai 1759 ».
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04/07/2014
les constipés doivent faire des vœux pour la paix
... Et les diarrhéiques pour la guerre ? D'où l'expression des belliqueux aux fondements douteux : la paix nous fait ch... ? Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet peu ragoutant .
Voir : http://eric.boutain.free.fr/eden/spip.php?article19&id_document=474
« A Jean-Robert Tronchin
Aux Délices 20 mai [1759]
Selon les statuts de l'académie de Lésine je renvoie, mon cher correspondant, les bâtons de casse vides et moisis à monsieur l'apothicaire ; il faut que ce soit un digne homme et qu'il ait véritablement des enrailles, puisqu'il en agit si bien avec les miennes . Avouons que la guerre est un horrible fléau . Elle occasionne des banqueroutes de 1800 mille livres ; elle fait renchérir la casse au delà du double ; les constipés doivent faire des vœux pour la paix ; j'ai vu la casse autrefois à 16 sous la livre . C'était alors qu'il y avait plaisir à être malade . Je viens d'acheter une bonne jument de rencontre . Si jamais il vous en tombe une sous la main, mon cher monsieur, de 4 pieds 10 pouces jusqu'à 5 de hauteur, elle sera très bien reçue avec son équipage de chariot, elle pourrait même apporter avec elle une paire de harnais de volée avec sa bride . Elle pourrait même encore apporter une jolie selle, bride, bridon et pompons . Vous ne devineriez pas pour qui, c'est pour moi . Je veux monter à cheval . J'ai un petit cheval qui n'est guère plus gros qu'un âne, et qui servira à favoriser la circulation du sang du preneur de casse .
Tout cela n'est pas fort cher et notre académie n'aura point de reproche à me faire ; je pense qu'il est toujours bon d'avoir cent aunes de galon au moins , pour des habits de livrée ; je suis fort pour les provisions .
On murmure beaucoup d'une grande bataille, gagnée par le prince Henri 1 le 8 mai auprès de Culmback ; mais il faut toujours attendre de sacrement de confirmation .
Bonjour mon cher ami . Je vous embrasse du meilleur de mon cœur . J'apprends que notre pauvre Gauffecourt perd son affaire des sels .
Si sal evanuerit, in quo salietur ?2
V. »
1Le prince Henri était entré en Franconie le 5, et y avait remporté un succès mineur à Himmelskron le 11 ; la rencontre de Cummbach avait été une affaire de peu d’importance ; voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_de_Prusse_%281726-1802%29
2 Évangile de Matthieu : « si le sel s'affadit, avec quoi lui rendra-t-on sa saveur ? » Gauffecourt avait une charge dans les gabelles, ou ferme du sel .
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03/07/2014
Conservez-moi cette liberté qui me coûte assez cher
... Disent en choeur , à leur avocats, les trois complices Sarkozy, Herzog et Azibert, les trois Z, bons derniers au dictionnaire de la vérité et de la probité . Zorro qui a garé son cheval en double file se gardera bien de les délivrer, il a une réputation d'incorruptible à conserver .
Ce cher, bien trop cher Nicolas se permettant d'accuser quelques ministres de mensonge, c'est l'hôpital qui se fout de la charité ! Que passe la justice !

« A Charles de Brosses, baron de Montfalcon
Aux Délices , 20 mai [1759]
Les fermiers généraux, monsieur, m'ont envoyé la copie d'une lettre de M. le garde des sceaux de Chauvelin 1 à M. de La Closure 2, résident du roi à Genève, du 20 décembre 1758, par laquelle les droits de contrôle, insinuation, centième denier, sont compris dans tous les autres droits dont les terres de l'ancien dénombrement sont exemptes par ordre du roi ; donc il n'est point dû de centième denier pour le bail à vie de Tournay . Si ce bail à vie est regardé comme mutation, vous perdez tous vos droits ; vous avez vendu votre terre à un Français, elle est déchue de ses privilèges .
Vous m'avez vendu votre terre à vie, monsieur, et vous savez que je ne l'ai achetée que parce qu’elle était libre . Vous m'avez garanti les franchises et les lods et ventes . Vous m'avez donné votre parole d’honneur qui vaut encore mieux que votre garantie par écrit .
Je réclame l'une et l'autre pour vous et pour moi . Courez, je vous en conjure, chez M. de Chauvelin, l'intendant des finances 3 ; faites-lui sentir la conséquence de cette affaire . Conservez-moi cette liberté qui me coûte assez cher .
Vous pourriez d'ailleurs parler à M. l'intendant de Bourgogne . Je vous supplie de l’engager à ne point troubler le repos de ma vie ; elle a été assez malheureuse . Que je vous doive d'être oublié . Je suis un Suisse ; je veux mourir suisse et votre obligé .
V.
N.-B. - J'écris la lettre la plus pressante à M. de Faventine, fermier général 4, et à M. de Chalut 5, chargés des droits du domaine . Pourriez-vous les voir ? Mais surtout que monsieur l'intendant ne m'inquiète jamais , et que vous en aie l'obligation .
V. »
1 Germain-Louis Chauvelin : http://fr.wikipedia.org/wiki/Germain-Louis_Chauvelin
et lettre à Thieriot du 4 août 1728, page 181 : http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome33.djvu/199
2 Pierre Cadiot de La Closure:voir : http://edl.revues.org/268
3 C'est ici Jacques-Bernard de Chauvelin : (1701-1767), seigneur de Beauséjour, intendant de Picardie (1731-1751)
5 Chalut de Vérin : voir : http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=REF&VALUE_98=00000107186
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02/07/2014
votre métier de héros et votre place de roi ne rendent pas le cœur bien sensible
... Et le poste de président de la république ne rend pas moins lâche ni moins malhonnête , nicht wahr Nicolas ?
Je crois que nous allons avoir de magnifiques déclarations digne d'un Cahuzac et des affaires gigognes au déroulement interminable, pour le plus grand profit d'avocats et une pure perte de temps de réflexion pour la paix .
Malheur à celui par qui le scandale arrive !

A chacun son tour d'être jugé, juste retour de bâton , souviens-toi, Nicolas l'agité
« A FRÉDÉRIC II, ROI DE PRUSSE.
19 mai [1759] 1.
Sire, vous êtes aussi bon frère que bon général ; mais il n'est pas possible que Tronchin aille à Schwedt, auprès du prince votre frère 2. Il y a sept ou huit personnes de Paris, abandonnées des médecins, qui se sont fait transporter à Genève, ou dans le voisinage, et qui croient ne respirer qu'autant que Tronchin ne les quitte pas. Votre Majesté pense bien que, parmi le nombre de ces personnes, je ne compte point ma pauvre nièce, qui languit 3 depuis six ans. D'ailleurs Tronchin gouverne la santé des Enfants de France, et envoie de Genève ses avis deux fois par semaine ; il ne peut s'écarter; il prétend que la maladie de monseigneur le prince Ferdinand sera longue. Il conviendrait peut-être que le malade entreprît le voyage, qui contribuerait encore à sa santé, en le faisant passer d'un climat assez froid dans un air plus tempéré. S'il ne peut prendre ce parti, celui de faire instruire Tronchin toutes les semaines de son état est le plus avantageux.
Comment avez-vous pu imaginer que je pusse jamais laisser prendre une copie de votre écrit adressé à M. le prince de Brunswick?4 Il y a certainement de très-belles choses ; mais elles ne sont pas faites pour être montrées à ma nation. Elle n'en serait pas flattée; le roi de France le serait encore moins, et je vous respecte trop l'un et l'autre pour jamais laisser transpirer ce qui ne servirait qu'à vous rendre irréconciliables. Je n'ai jamais fait de vœux que pour la paix. J'ai encore une grande partie de la correspondance 5 de Mme la margrave de Baireuth avec le cardinal de Tencin, pour tâcher de procurer un bien si nécessaire à une grande partie de l'Europe. J'ai été le dépositaire de toutes les tentatives faites pour parvenir à un but si désirable ; je n'en ai pas abusé, et je n'abuserai pas de votre confiance au sujet d'un écrit qui tendrait à un but absolument contraire.
Soyez dans un parfait repos sur cet article. Ma malheureuse nièce, que cet écrit a fait trembler, l'a brûlé, et il n'en reste de vestige que dans ma mémoire, qui en a retenu trois strophes trop belles.
Je tombe des nues quand vous m'écrivez que je vous ai dit des duretés 6. Vous avez été mon idole pendant vingt années de suite;
Je l'ai dit à la terre, au ciel, à Guzman même.7
Mais votre métier de héros et votre place de roi ne rendent pas le cœur bien sensible: c'est dommage, car ce cœur était fait pour être humain, et, sans l'héroïsme et le trône, vous auriez été le plus aimable des hommes dans la société.
En voilà trop si vous êtes en présence de l'ennemi, et trop peu si vous étiez avec vous-même dans le sein de la philosophie, qui vaut encore mieux que la gloire.
Comptez que je suis toujours assez sot pour vous aimer, autant que je suis assez juste pour vous admirer; reconnaissez la franchise, et recevez avec bonté le profond respect du Suisse
VOLTAIRE.
1 Minute olographe avec la mention de V* « copie de ma lettre du 19 mai au r[oi] de Prusse » et ajout de Wagnière « elle doit être de 1758 »
2 Ferdinand de Prusse. On sait par Catt, secrétaire de Frédéric que ce dernier fut « extrêmement piqué » de la lettre de V* et y répondit d'un façon aussi agressivement insolente qu'on peut l'imaginer : « Apprenez qu'à moins que celui que vous savez ne revienne sur terre faire des miracles, mon frère n'ira chercher personne . Il est encore , Dieu merci, assez grand pour faire venir et payer des médecins suisses ; et vous savez que les frédérics, en plus grande quantité que les louis, l'emportent sur eux chez les médecins, les poètes, et quelquefois même chez les philosophes qui, occupés de vaines spéculations, ne font guère réflexion sur la partie morale de leur science . » ; il conclut : « Mais êtes-vous sage à soixante-et-dix ans ? Apprenez à votre âge de quel style il convient de m'écrire . Comprenez qu'il y a des libertés permises et des impertinences intolérables aux gens de lettre raisonnables . » ; lettre du 10 juin 1759 . or ceci n'est qu’une version édulcorée, sur la remarque de Catt , au vu de la première esquisse, que « Voltaire pourrait en faire un mauvais usage et se fâcher . »
3 Mme Denis avait quelquefois mal à une cuisse, par suite des mauvais traitements qu'elle éprouva, avec son oncle, en juin 1753, à Francfort; mais Frédéric s'ennuyait beaucoup d'entendre parler de cette nièce de Voltaire, et celui-ci ne manque pas d'asticoter Frédéric à ce sujet . Voyez sa lettre du 12 mai 1760 : « Tenez-le-vous donc pour dit, et que je n'entende plus parler de cette nièce qui m'ennuie, et qui n'a pas autant de mérite que son oncle pour couvrir ses défauts. » page 385 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6514333b/f399.image.r=12%20mai%201760
4 Il s'agit des stances citées par V* , voir lettre du 6 avril 1759 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/04/05/est-ce-l-infame-amour-propre-dont-on-ne-se-defait-jamais-bie.html
et lettre du 27 mars 1759 à Frédéric : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/05/13/le-president-vient-d-avoir-a-bale-un-proces-avec-une-fille-qui-voulait-etre.html
5 De septembre à novembre 1757.
6 La lettre de Voltaire où il y avait des duretés est perdue, à moins que Frédéric ne regarde comme telles les expressions du dernier alinéa de la lettre du 27 mars 1759 .
7 Alzire, acte III, scène 4. Vers 799 page 28 : http://www.theatre-classique.fr/pages/pdf/VOLTAIRE_ALZIRE.pdf
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01/07/2014
Envoyez-moi je vous prie la lettre du descendant du chien de Diogène
... , ce bien nommé Jean-Jacques Rousseau , dit Voltaire .
Et bazardez ces écoutes téléphoniques dit ce roquet de Paul Bismuth, alias Nicolas Sarkozy alias la Purge . http://lci.tf1.fr/france/faits-divers/info-lci-affaire-de...

« Au professeur Théodore Tronchin
Je vous prie de demander ce que Tronchin voudrait d'argent pour faire le voyage .
Ces paroles sont tirées de la lettre de Luc du 28 avril 1 de Landshutt en Silésie . Elles ressemblent moins à saint Luc qu'à saint Matthieu, commis des fermes avant d'être apôtre . Je crois mon cher grand homme que vous m'approuverez quand je laverai la tête à Luc pour sa belle question . Elle est aussi digne de lui qu'indigne de vous .
Envoyez-moi je vous prie la lettre du descendant du chien de Diogène 2. Vous voilà entre un tigre et un dogue . Nous sommes ici vos brebis .
V.
18 mai [1759] »
1 Frédéric envisageait de faire venir le docteur Tronchin pour soigner son frère Ferdinand ; voir notes de la lettre à Frédéric du 1er avril 1759 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/05/26/ce-voltaire-est-admirable-de-penser-a-moi-et-d-alimenter-par-5377599.html
2 Cet épithète désigne Jean-Jacques Rousseau ; la lettre en question avait été envoyée par Rousseau à Tronchin le 28 avril 1759 . Il y écrivait notamment : « Je suis l'ami du genre humain et l'on trouve partout des hommes . » Tronchin envoya effectivement la lettre à V* qui y griffonna : « L’extrême insolence est une extrême sottise, et rien n'est plus sot à un Jean-Jacques que de dire le genre humain et moi . » Voir page 144 : http://books.google.fr/books?id=X1ZixOxS2M8C&pg=PA144&lpg=PA144&dq=j+j+rousseau+lettre+du+28+avril+1759+%C3%A0+tronchin&source=bl&ots=VAKqTbMr9C&sig=3kXcrHjw_wTGUcciYh08r0WcMMQ&hl=fr&sa=X&ei=dB-zU5TvJYXJ0AX914HgDA&ved=0CCIQ6AEwAA#v=onepage&q=j%20j%20rousseau%20lettre%20du%2028%20avril%201759%20%C3%A0%20tronchin&f=false
et faire recherche « tronchin » dans : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k16123j/texteBrut
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30/06/2014
Je veux peupler mes terres d'hommes et de perdrix
... Des perdrix, peu . Des hommes, prou . Je dirai même de perdrix, nenni, d'hommes , à renoncion , de nos jours en ce pays de Gex qui doit une part de son développement à ce Patriarche génial, Voltaire .
Mais la gallinette cendrée et sa cousine perdrix n'ont aucune chance de réapparaitre ici .
Danger !!

« A Jean-Robert Tronchin
16 mai [1759]
On a établi en Italie une académie de lésine 1 dont les statuts sont très plaisants . Je me fais mon cher ami membre de cette académie . Votre lettre silhouettique opère . Vos conseils seront suivis . Plus de marché de seize ou 17 mille livres courant ; je rogne tout, et même les galons . En voici les dimensions . Ce qui est cramoisi sera vert, et ces losanges 2 plus petites, et tout est dit, et surtout bon marché . Quarante sous l'aune s'il se peut, et au dessous, 150 aunes de Lyon suffiront . Boutons d'étain, galons unis pour chapeaux et sans deux envers, et le tout suivant les règles de l'académie de lésine; ainsi pour juments 3 de charrette, carrosse et charrue . À votre loisir, mon cher monsieur .
Votre honteux serviteur se réforme sur tout excepté sur la casse, car il veut obéir à tous les Tronchin, et ne prétend point négliger l'un pour plaire à l'autre .
La cavalcade des croupiers et croupières est fort plaisante . Dieu veuille que les peuples ne fournissent pas leur foin et leur paille à tous ces chevaux !
Voici une affaire qui après la casse est tout ce que nous avons de plus important . M. le duc de La Vallière m'envoya des œufs de perdrix, à votre adresse par la diligence de Lyon, mon cher correspondant . Entendez-vous ? des œufs de perdrix ; nous n'avons aux Délices que des colimaçons, aux domaines de Tournay, Ferney, Choudens 4, Deodati 5, Poncet 6, Burdet 7, etc., que des renards, des loups et des curés . Je veux peupler mes terres d'hommes et de perdrix . Envoyez-moi mon cher ami la petite caisse des œufs . Mes poules couveuses les attendent.
Votre très humble obéissant serviteur .
V.
Autre incident . La dame Eustache, marchande de toile à Rouen, qui prétend n'avoir été payée pour ses ballots de toile à vous adressés, et à moi parvenus, doit tirer sur vous 1000 livres et envoyer son compte . Bonsoir. L'homme aux minuties embrasse l'homme aux grandes affaires . »
1 Le mot de lésine désignait primitivement une alêne de cordonnier . Le sens dérivé de parcimonier vient des statuts d'une « Compagnie de lésine » fondée à Florence vers la fin du XVIè siècle . Elle était formée de pauvres qui raccommodaient eux-mêmes leurs souliers, ce qui nécessitait l'emploi d'une lésine .
2 Ce mot était déjà en train de passer au masculin à l'époque .
3 V* a d'abord écrit chevaux, rayé .
4 Jacques-Louis de Choudens avait aussi vendu à V* une propriété à Colovrex . L'incertitude des titres de propriété devait avoir de fâcheuses conséquences ; voir lettre du 24 décembre 1759 à Joseph-Marie Balleidier, du 3 avril 1760 à Bordier, du 25 avril 1760 à François de Bussy, du 7 mai 1760 à François Tronchin .
5 Voir lettre du 18 novembre 1758 à Jean-Robert Tronchin :http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/12/12/voila-le-commencement-de-la-debacle-vous-aurez-un-peu-de-vir-5245118.html
6 Il peut s'agir de Claude Poncet qu'on retrouvera par la suite ; voir lettre du 14 mars 1760 à Ami Camp
7 Pour cette acquisition, on trouvera plus loin des lettres la concernant .
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