19/03/2017
Je ne peux lui donner une meilleure éducation qu'en lui faisant connaître le monde comme vous l'avez peint
... Ceci est un appel à l'apprentissage pour un métier manuel, qui comme tant d'autres est dévalué au profit d'une horde de bacheliers, horde de futurs chômeurs sur-diplomés parfois, largués sans rien bien trop souvent . Jusqu'à quand, en France, aura-t-on le mépris de l'ouvrier, de celui qui oeuvre de ses mains ET de sa tête, et du même coup une admiration stupide pour les cols blancs ?

Merci Ripolin, grâce à vous le monde est plus gai/(gay ?) et plus propre ! [NDLR - Pub gratuite]
« A Bernard-Joseph Saurin
17è avril 1762, à Ferney
J'ai cru , monsieur, que vous ne seriez pas fâché d'apprendre que Mlle Corneille vient de jouer votre rôle de Julie avec un applaudissement unanime 1. Vous n'aurez jamais d'actrice d'un si beau nom . Je ne peux lui donner une meilleure éducation qu'en lui faisant connaître le monde comme vous l'avez peint .
Votre pièce, d'ailleurs, a été très bien jouée, et Lekain qui était au nombre des spectateurs en a été extrêmement content .
Je vous prie de dire à M. Duclos que j’ai cessé l'envoi des commentaires sur Corneille parce que je me suis remis à l'espagnol . J'ai voulu donner une traduction de l'Héraclius de Calderon ; elle est d'un bizarre, d'un sauvage, d'un comique, et en certains endroits d'un sublime qui méritent d'être connus . C'est la nature pure, rien ne ressemble plus à Shakespear .
Si vous écrivez à frère Helvétius, je vous supplie de ne lui pas laisser ignorer ma tendre amitié pour lui . Je n'écris guère, parce que je n'en ai pas le temps, et si je ne vous écris pas de ma main, c'est que j'ai la fièvre .
Adieu, mon très cher confrère .
V. »
1 Dans Les Moeurs du temps , comédie de Saurin, voir lettre du 2 février 1761 à Saurin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/02/03/fais-toujours-reussir-les-sages-fais-siffler-les-impertinent-5754380.html
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18/03/2017
voilà donc notre siècle ! Ajoutez-y l'opéra-comique, et vous aurez le tableau complet
... http://candidat-2017.fr/candidats.php
http://www.lanouvellerepublique.fr/France-Monde/Act...
Et chacun de tisser sa toile à ras les pâquerettes ...
« A Etienne-Noël Damilaville
17 avril 1762
J'ai l'honneur de vous envoyer, monsieur, de la part de M. Frichebeaume 1, libraire, la brochure ci-jointe . Vous êtes assez affermi dans notre sainte religion pour lire sans danger ces impiétés , mais je ne voudrais pas que cet ouvrage tombât entre les mains de jeunes gens qu'il pourrait séduire .
On est toujours indigné ici de l’absurde et abominable jugement de Toulouse . On ne s'en soucie guère à Paris où l'on ne songe qu'à son plaisir, et où la Saint Barthélémy ferait à peine une sensation . Damiens, Calas, Malagrida, une guerre de sept années sans savoir pourquoi, des convulsions, des billets de confession, des jésuites, le discours et le réquisitoire de Joly de Fleury, la perte de nos colonies, de nos vaisseaux, de notre argent, voilà donc notre siècle ! Ajoutez-y l'opéra-comique, et vous aurez le tableau complet .
On m'a donné cette lettre pour M. Saurin 2; je vous supplie de vouloir bien la lui faire parvenir .
J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur .
Ribienbote 3. »
1 Si Frichebeaume représentait Duchesne, on penserait que V* venait d'envoyer l’Éloge de M. de Crébillon (voir lettre du 4 avril 1762 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/03/11/criez-et-qu-on-crie-5920432.html ), mais ce qui est dit dans la lettre ne convient pas à cet ouvrage . Ce qu'il a envoyé doit être le Petit avis à un jésuite, 1762 . Frichebeaume représente une prononciation francisée de « Fritsch und Böhme », libraires à Francfort sur le Main .
2 Voir lettre à B.-J. Saurin du même jour : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1762-partie-12-122959196.html
3 Nom obtenu en ajoutant bien dans le nom Ribote, avec une allusion au fait que V* prétend toujours « bien rire » . Il y a aussi une réminiscence possible du nom de Ribote .
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17/03/2017
je me flatte que sa trompette héroïque animera les courages
... Pensè-je ici à un quelconque candidat aux présidentielles ? Que nenni ! Qu'il me soit permis de mettre en avant le président d'Emmaüs-France, Thierry Kuhn, qui au nom des frères pauvres, questionne les dit-candidats sur leurs programmes pour remédier à cet état de fait . Qui va le recevoir, et quand ?
http://actu.orange.fr/societe/videos/pauvrete-emmaus-inte... ?
Les démunis sont -ils d'assez nombreux électeurs pour être pris en considération, par qui , et comment ?

Magnifique mot d'ordre !
« A Ponce-Denis Ecouchard Le Brun
Ferney , 16 avril 1762 1
Je fais mon compliment à Tyrtée , et je me flatte que sa trompette héroïque animera les courages .2
On vous a trompé, monsieur, si l'on vous a dit que la rente que j'ai mise sur la tête de Mlle Corneille est pour son père, ou bien vous avez mis monsieur Corneille pour mademoiselle dans votre lettre . Elle a beaucoup de talents et un très aimable caractère . J'en suis tous les jours plus content, et je ne fais que mon devoir en m'occupant de sa fortune et de la gloire de son oncle . J’aurais souhaité que le nom de M. le prince de Conti eût honoré la liste de ceux qui ont souscrit pour l'oncle et pour la nièce .
Agréez, monsieur, mes sincères remerciements de votre ode . Les suffrages du public et les aboiements de Fréron contribueront également à votre gloire .
Vous ne doutez pas des sentiments de votre obéissant serviteur .
Voltaire . »
1 L'original fut acheté par La Bussière à la vente Puttick, Londres,le 3 juin 1867 .
2 V* avait sans doute reçu de Le Brun son Ode aux Français composée en 1762 .
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16/03/2017
On se met au-dessus des usages dans des cas aussi extraordinaires
... C'est sans doute ce que pensent Fillon , Marine, Macron, Mélenchon, Hamon, Cheminade, Poutou, and Co , qui tous estiment que leurs cas sortent du jugement ordinaire puisqu'ils sont, eux, particulièrement remarquables, en tout cas aux yeux de leurs familles, concierges et séides, veaux, vaches , cochons, poneys .
Et si on en revenait plutôt aux programmes ...
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Qui va finalement porter le chapeau ?
« [Destinataire inconnu]
Aux Délices, le 15 avril [1762]1
Il est vrai, mademoiselle, que dans une réponse que j'ai faite à M . de Chazel, je lui ai demandé des éclaircissements sur l’aventure horrible de Calas , dont le fils a excité ma douleur autant que ma curiosité . J'ai rendu compte à M. de Chazel 2 des sentiments et des clameurs de tous les étrangers dont je suis environné . Mais je ne peux lui avoir parlé de mon opinion sur cette affaire cruelle, puisque je n'en ai aucune . Je ne connais que les factums faits en faveur des Calas, et ce n’est pas assez pour oser prendre parti .
J'ai voulu m'instruire en qualité d'historien . Un événement aussi épouvantable que celui d'une famille entière, accusées d'un parricide commis par esprit de religion ; un père expirant sur la roue pour avoir étranglé de ses mains son propre fils sur le simple soupçon que ce fils voulait quitter les opinions de Jean Calvin ; un frère violemment chargé d'avoir aidé à étrangler son frère ; la mère accusée ; un jeune avocat 3 soupçonné d'avoir servi de bourreau dans cette exécution inouïe : cet événement , dis-je, appartient essentiellement à l'histoire de l'esprit humain et au vaste tableau de nos fureurs et de nos faiblesses, dont j'ai déjà donné une esquisse .
Je demandais donc à M. de Chazel des instructions, mais je n'attendais pas qu'il dût montrer ma lettre . Quoi qu'il en soit je persiste à souhaiter que le parlement de Toulouse daigne rendre public le procès de Calas, comme on a publié celui de Damiens . On se met au-dessus des usages dans des cas aussi extraordinaires . Ces deux procès intéressent le genre humain ; et si quelque chose peut arrêter chez les hommes la rage du fanatisme, c'est la publicité et la preuve du parricide et du sacrilège qui ont conduit Calas sur la roue, et qui laissent la famille entière en proie aux plus violents soupçons . Tel est mon sentiment .
J'ai l'honneur d'être etc. »
1 Edition de Kehl . Cette lettre du début de la campagne en faveur des Calas, est d'une authenticité douteuse . La date semble un peu tardive .
2 Voir lettre du 27 mars 1762 à Chazel : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/03/03/11-5917433.html
3 François-Alexandre Gauvert Lavaysse de Vidou
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15/03/2017
Les Anglais , au contraire, ont naturalisé plusieurs de nos vieux mots, comme dans le temps de la révocation de l'édit de Nantes ils ont naturalisé plusieurs de nos compatriotes . Ils ont ainsi augmenté à nos dépens, et leur langue et leur population
... L'Anglais, profiteur des siècles passés, n'a pas changé d'un iota , prêt à prendre, peu enclin à donner, accueillant sélectif toujours . Européen à la petite semaine . Qui peut lui jeter la pierre ? Nous Français ? Hélas surement pas à 100% . Et dire que miss Le Pen veut nous abaisser à ce niveau "diviser pour régner" qui a si bien réussi , commercialement parlant, à nos voisins, par le passé.

http://kids.britannica.com/comptons/art-108700/Anti-immig...
« [Destinataire inconnu] 1
J'ai reçu, monsieur, avec autant de plaisir que de reconnaissance, vos essais de traduction de quelques poètes anglais 2 . L'ancienne dureté de leur langue semblait peu favorable à la poésie ; mais peu à peu elle s'est changée en force et en énergie . Sa richesse et les différentes inversions qu'elle a adoptées, la rendait propre à tout exprimer .
D'ailleurs, les expressions vigoureuses de cette langue se sont considérablement accrues par la nature du gouvernement, qui permet aux Anglais de parler en public , et par la liberté de conscience, qui familiarise toutes les sectes avec le langage des écrivains sacrés, dont elles font une étude particulière . Aussi la poésie anglaise approche souvent de ce sublime oriental, qui paraît presque surnaturel aux autres peuples . Du temps de Cromwel toutes les harangues du parlement étaient pleines de termes tirés des écrivains hébreux .
La langue française n'ayant pas eu les mêmes secours, n’est pas aussi riche qu’elle pourrait l'être . De plus, nous avons abandonné une foule d'anciennes expressions fort énergiques ; et cette perte a un peu affaibli notre poésie . Les Anglais , au contraire, ont naturalisé plusieurs de nos vieux mots, comme dans le temps de la révocation de l'édit de Nantes ils ont naturalisé plusieurs de nos compatriotes . Ils ont ainsi augmenté à nos dépens, et leur langue et leur population .
Mais moins le français offre de ressources , plus je suis reconnaissant à vos imitations de différents morceaux de quelques poésies anglaises . Elles me paraissent fidèles et bien versifiées . Vous ne vous en tiendrez pas probablement à ce premier essai ; et le public, ainsi que moi, vous aura des obligations.
J'ai l'honneur d'être, etc., etc.
A Ferney, pays de Gex, 15 avril 1762 . »
1 D'après l'édition « Lettre inédite de M. de Voltaire à M. P..., qui lui avait envoyé différents fragments de poèmes anglais, traduits en vers français » (Bulletin polymathique du Museum d'instruction publique de Bordeaux, janvier 1816, XIV, 55-56 )
2 V* peut se référer ici au Recueil de poésies anglaises, mais celui-ci , anonyme parut à Paris en 1764 seulement . V* l'aurait-il reçu en manuscrit ? La date donnée est-elle la bonne ? L'initiale pose un autre problème . Si la lettre avait comporté le nom entier, l'éditeur l'aurait mis ; et pourquoi l'adresse n'aurait-elle porté qu'une initiale ?
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14/03/2017
Je vous envoie, mon cher correspondant, pour environ 25 000 livres de lettres de change . C'est un petit bouche-trou
... Peut dire Theresa May au président du Parlement européen , qui lui rétorquera qu'il y a loin du compte et qu'elle se fiche un peu trop du monde .
En effet : " Parmi les sujets brûlants, outre l'avenir de l'Écosse, figurera notamment la facture de la sortie de l'Union Européenne: Bruxelles pourrait exiger des Britanniques jusqu'à 60 milliards d'euros, un montant correspondant aux engagements déjà pris par Londres en termes de contribution au budget européen." http://www.lefigaro.fr/international/2017/03/13/01003-201...
Mais peut-on encore se permettre, nous Français, de critiquer la perfide Albion (pléonasme) alors que quelques uns de nos candidats à la présidentielle gagnent des voix en prônant la sortie de l'UE ?

« A Ami Camp
Ferney 14 avril [1762]
Je vous envoie, mon cher correspondant, pour environ 25 000 livres de lettres de change . C'est un petit bouche-trou . Vous deviez vous dégarnir de douze mille livres en faveur de M. Dupuits à Pâques . Je vous quitte à 7200 livres que vous aurez la bonté de me faire tenir à votre loisir . Je vous fais mon compliment sur les jésuites . Mais je suis peu édifié de votre indifférence sur l'horrible aventure de Calas . J'ai parlé à son fils une heure entière . Il me paraît impossible que son fils 1 soit coupable . S'il ne l'est pas , quelle injustice ! effroyable, et s'il l'est, quelle horreur !
Je vous embrasse, mon cher correspondant, du meilleur de mon âme .
V.
Ne m'oubliez pas auprès de M. Tronchin à qui nous faisons toujours les plus tendres compliments . »
1 Lapsus calami pour père .
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13/03/2017
Ceux qui ont des yeux en France voient des choses bien funestes
... Et les cadeaux reçus par François Fillon en font-ils partie ? Franchement, non, et qui peut encore s'étonner que l'argent aille à l'argent ? La race des courtisans n'est pas morte et celle des profiteurs pas prête à s'éteindre, nicht wahr Fanfoué II ? On s'est fichu de la tête de Sarko et de ses mirifiques amis fortunés tellement désintéressés, son ex-premier ministre en a bien pris de la graine, que vaudrait-il à la tête de la nation ? pour l'instant, avant qu'il prenne une veste, laissons le briller dans ses costars de croque-mort .

« A Marie-Ursule de Klinglin, comtesse de Lutzelbourg
Ferney 5è avril 1762
Comme monsieur votre fils, madame, n'avait servi ni sous César ni sous auguste, il ne faut pas d'épitaphe latine . C'est une pédanterie ridicule . Il faut pour un Français une épitaphe française, d'autant plus que les Romains n'ayant point dans leurs armées de grades qui répondent précisément aux nôtres, il est impossible en ce cas d'exprimer ce qu'on veut dire . Il est d'ailleurs de l'honneur de la langue française qu'on l’emploie dans les monuments . Elle est entendue plus généralement que la latine . Je suis fâché, madame, de vous parler d'une chose qui renouvelle vos douleurs, mais aussi c'est une consolation que vous vous donnez, et que je me donne à moi-même . Sans autre occupation qui me tiendra ici une année entière je viendrais pleurer avec vous .
On ne m'a rien mandé de l’œil de Mme de Pompadour, ni des deux de M. d'Argenson . Je les plains l'un et l'autre, mais je suis obligé de plaindre M. d'Argenson au double . Ceux qui ont des yeux en France voient des choses bien funestes 1. Adieu, madame, conservez les vôtres . Ni vous ni moi ne portons encore de lunettes . Remercions la nature . Mille tendres respects .
V. »
1 Cette phrase est supprimée dans les éditions, et la suivante modifiée en conséquence .
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