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19/09/2025

je suis capucin, et que par conséquent j'ai toute honte bue

... Effectivement , M. Lecornu , avaler des couleuvres, il faut vous y faire, et à moins de porter une robe de bure, cesser ces salutations rituelles monastiques et pactiser avec le diable multiforme de l'opposition de l'extrême gauche à l'extrême droite, tous aussi faux jetons qu'une pièce de trois euros .

 

 

« A Suzanne Necker

A Ferney 13è avril 1770 par Versoix 1

 

Quelle étrange idée est venue

Dans votre esprit sage, éclairé ?

Que vos bontés l’ont égaré,

Et que votre peine est perdue !

 

A moi chétif une statue !

Je serais d’orgueil enivré.

L’ami Jean-Jacques a déclaré

Que c’est à lui qu’elle était due  2 3.

 

Il la demande avec éclat.

L’univers, par reconnaissance,

Lui devait cette récompense :

Mais l’univers est un ingrat.

 

C’est vous que je figurerai

En beau marbre, d’après nature,

Lorsqu’à Paphos je reviendrai,

Et que j’aurai la main plus sûre.

 

Ah ! si jamais de ma façon

De vos attraits on voit l’image,

On sait comment Pygmalion

Traitait autrefois son ouvrage.

 

Je vous demande bien pardon, madame, de la liberté de ces petits quatrains ; mais songez que je porte le cordon de saint François, que je suis capucin, et que par conséquent j'ai toute honte bue . Je suis à vos pieds tant le jour du saint vendredi où nous sommes que tous les autres jours de l’année .

Mille tendres obéissances à monsieur Necker.

Frère François. »

1 A propos de la souscription pour la statue du patriarche. Madame Necker fut la présidente de la commission des gens de lettres souscripteurs. (G.Avenel )

Original signé, cachet « de Lyon » ( château de Broglie ) ; copie contemporaine limitée aux vers qui fut envoyée à Francis-Xavier-Louis-Auguste-Albert Bennon, prince de Saxe le 19 juin1770 ; voir Arsène Thévenot, éd. Correspondance inédite du prince François-Xavier de Saxe, 1874 ; éd. Nouveaux mélanges, 1770 elle aussi limitée aux vers .

3On a corrigé le texte donné par Besterman Que c'était qui rend le vers faux .

Il ne reste plus d’autre ressource à vos ennemis que de mentir.

... Pas mieux !

 

« A Catherine II, impératrice de Russie

A Ferney 10 avril 1770 1

Madame,

Mon enthousiasme a redoublé par la lettre du premier mars, dont Votre Majesté impériale a daigné m’honorer 2. Il n’y a point de prêtre grec qui soit plus enchanté de votre supériorité continuelle sur les circoncis, que moi misérable baptisé dans l’Église romaine. Je me crois né dans les anciens temps héroïques, quand je vois une de vos armées au-delà du Caucase, les autres sur les bords du Danube, et vos flottes dans la mer Égée. Je plains fort le hospodar de la Moldavie. Ce pauvre Gète n’a pas joui longtemps de l’honneur de voir Tomyris. Pour le hospodar de la Valachie, puisqu’il a de l’esprit, restera à votre cour.

Il ne reste plus d’autre ressource à vos ennemis que de mentir.

Les gazetiers ressemblent à M. de Pourceaugnac, qui disait : « Il m’a donné un soufflet, mais je lui ai bien dit son fait. » 3

Je m’imagine très sérieusement que la grande armée de votre Majesté impériale sera dans les plaines d’Andrinople au mois de juin. Je vous supplie de me pardonner si j’ose insister encore sur les chars de Tomyris,. Ceux qu’on met à vos pieds sont d’une fabrique toute différente de ceux de l’antiquité. Je ne suis point du métier des homicides, mais hier deux excellents meurtriers allemands m’assurèrent que l’effet de ces chars était immanquable dans une première bataille, et qu’il serait impossible à un bataillon ou à un escadron de résister à l’impétuosité et à la nouveauté d’une telle attaque. Les Romains se moquaient des chars de guerre, et ils avaient raison ; ce n’est plus qu’une mauvaise plaisanterie quand on y est accoutumé . Mais la première vue doit certainement effrayer, et mettre tout en désordre. Je ne sais d’ailleurs rien de moins dispendieux et de plus aisé à manier. Un essai de cette machine, avec trois ou quatre escadrons seulement, peut faire beaucoup de bien et ne faire aucun mal .

Il  y a très grande apparence que je me trompe, puisqu’on n’est pas de mon avis à votre cour ; mais je demande une seule raison contre cette invention. Pour moi, j’avoue que je n’en vois aucune.

Daignez encore faire examiner la chose ; je ne parle qu’après les officiers les plus expérimentés. Ils disent qu’il n’y a que les chevaux de frise qui puissent rendre cette manœuvre inutile ; car pour le canon, le risque est égal des deux côtés ; et après tout, on ne hasarde de perdre, par escadron, que deux charrettes, quatre chevaux, et quatre hommes.

Encore une fois, je ne suis point meurtrier ; mais je crois que je le deviendrais pour vous servir.

Il y a quinze jours que les officiers du régiment de Montfort que j’avais engagés à servir Votre Majesté impériale, ont pris parti : les uns sont rentrés au service savoyard, les autres sont allés en France ; il y en a un 4 qui a l’honneur d’être capitaine dans l’armée de Genève, consistant en six cents hommes. Genève est actuellement le théâtre de la plus cruelle guerre en deçà du Rhin. Il y a eu même quatre personnes assassinées par derrière, dans l’Église militante de Calvin. Je m’imagine que dorénavant l’Église grecque en usera ainsi, et qu’elle ne verra plus que le dos des musulmans . En ce cas, les chars ne seront bons qu’à courir après eux.

Je me mets aux pieds de Votre Majesté, comme le hospodar de Valachie, et j’envie sa destinée.

Que Votre Majesté impériale daigne toujours agréer le profond respect, la reconnaissance, et l’admiration du vieil ermite de Ferney. »

 

J’ai reçu une belle lettre de M. le comte de Schouvalof 5 votre chambellan ; mais il ne me dit point le jour où votre cour sera dans Stamboul.»

1 Minute corrigée par V* ; copie contemporaine de Moscou ; éd. Kehl .

3Molière, Monsieur de Pourceaugnac, ac. I, sc. 4 : https://www.texteslibres.fr/monsieur-de-pourceaugnac/acte-i-scene-iv-1110.html

5Du 20 janvier 1770 (Besterman. D 16226 ).