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28/05/2026

Il ne faut jamais faire la guerre qu’avec l’extrême probabilité d’y gagner beaucoup. Puisse la guerre contre Moustapha finir par le détrôner, ou du moins par l’appauvrir pour trente ans

... Trump semble ignorer ce principe de base et se retrouve dans une guerre sans fin, la nation la plus faible restant menaçante simplement grâce à deux atouts sur le terrain et un jusqu'au boutisme absolu dans cette partie de poker menteur iranienne .

A suivre : https://www.tf1info.fr/international/direct-guerre-moyen-orient-aujourd-hui-trump-iran-accord-de-paix-ormuz-pays-du-golfe-les-informations-du-jeudi-28-mai-2026-2443946.html

 

 

 

« A Catherine II, impératrice de Russie

À Ferney, 20 novembre 1770 1

Madame,

Votre Majesté impériale l’avait bien prévu, vos ennemis n’ont servi qu’à votre gloire, et, de quelque manière que vous finissiez cette grande guerre, votre gloire ne sera point passagère. Victorieuse et législatrice à la fois, vous avez assuré l’immortalité à votre nom. Je suis un peu affligé, en qualité de Français, d’entendre dire que c’est un chevalier de Tot 2 qui fortifie les Dardanelles. Quoi ! c’est ainsi que finissent les Français, qui ont commencé autrefois la première croisade ! Que dirait Godefroi de Bouillon si cette nouvelle pouvait parvenir jusqu’à lui dans le pays où l’on ne reçoit de nouvelles de personne ?

On parle toujours de peste en Allemagne : on la craint, on exige partout des billets de santé ; et l’on ne songe pas que si on avait aidé Votre Majesté à chasser cette année les Turcs de l’Europe, on aurait pour jamais chassé la peste avec eux. On oublie les plus grands, les plus véritables intérêts, pour un intérêt chimérique, pour une politique qui me paraît bien déraisonnable. Il me semble que l’on fait bien des fautes de plus d’un côté . C’est le défaut 3 de la plupart des ministères.

On se prépare à la guerre en France, et on espère la paix, dont on a le plus grand besoin. Il serait trop ridicule qu’on éprouvât le plus grand des fléaux pour une méchante île inhabitée  . Il ne faut jamais faire la guerre qu’avec l’extrême probabilité d’y gagner beaucoup. Puisse la guerre contre Moustapha finir par le détrôner, ou du moins par l’appauvrir pour trente ans ! Puisse Votre Majesté impériale jouir d’un triomphe très durable, et pacifier la Pologne après avoir écrasé la Turquie !

Vous avez deux voisins qui font des vers, le roi de Prusse et le roi de la Chine . Frédéric en a déjà fait pour vous : j’en attends de Kienlong.

Je me mets à vos pieds victorieux, et plus blancs que ceux de Moustapha, avec le plus profond respect et la plus grande passion. 4

le vieil  ermite de Ferney.»

1 Copie contemporaine ; éd . Kehl . La copie donne juin comme date ; novembre donné par Kehl semble plus correct .

2 François, baron de Tott ; voir à son sujet la lettre du 11 avril 1767 à Mme de Fontaine, marquise de Florian : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/09/29/on-ne-sait-plus-ou-se-fourrer-pour-etre-bien-je-sais-qu-il-f-6403824.html

3 L'édition Garnier porte sort pour défaut .

4 On remarque que cette lettre de V* ne répond à aucune lettre de Catherine ; celle que l'impératrice lui avait écrite, dont nous avons le texte, ne lui est pas parvenue . Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8071

son goût et ses connaissances qui faisaient le charme de sa conversation ; ils me rendraient les heures délicieuses

... C'est bien vous Mam'zelle Wagnière dont il s'agit et dont je regrette infiniment le départ . Voltaire, votre ami et le mien, nous unis, je ne le dis pas au passé , vous êtes tous deux vivants pour moi, et chers à mon coeur, sans limite autre que celle de la nature .

 

 

« A Bonomo Algarotti etc. 1

à Venise

Monsieur,

J'irai bientôt trouver monsieur votre frère ; ma vieillesse et mes maladies me font envisager ce moment comme fort prochain . J'ai employé à le regretter tous les jours que la nature m 'a laissés . Votre lettre et ses ouvrages font ma consolation . Je vois que vous partagez le talent qu'il avait d'écrire avec sentiment et avec grâce, et que je dois aux deux frères l'estime infinie que j'avais pour celui que nous avons perdu . Ma reconnaissance et ma consolation seraient parfaites si je pouvais avoir tous ses ouvrages . J'y retrouverais son goût et ses connaissances qui faisaient le charme de sa conversation ; ils me rendraient les heures délicieuses que j'ai passées avec lui .

Je vois par la lettre dont vous m'honorez que je les retrouverais encore plus dans monsieur son frère .

J'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments que je vous dois,

monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire .

19è novembre 1770 au château de Ferney par Genève . 2»

1 Frère aîné de Francesco Algarotti (1712-1764) . Voir la correspondance des deux frères : https://www.storiaeletteratura.it/catalogo/lettere-a-bonomo-algarotti-i/21216

2Original signé, mention « franco Milano » ( bibliothèque de l'université de Princeton, relié dans un ouvrage de John Doran, A Lady of the last century, 1873 . : https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=pst.000001680430&seq=15 )