03/07/2016
Vous savez combien il serait flatteur pour moi d'avoir votre nom
... disent tous les candidats à la primaire en vue de l'élection présidentielle aux soutiens qu'ils doivent amadouer pour passer ce cap . Le rôle de courtisan est toujours d'actualité, la course au pouvoir et à tous ses bénéfices n'est pas près de s'arrêter . Ô combien de lèche-culs ( NDLR : de la même famille que les suspects ) entourent assidument les gagnants potentiels ! bon appétit messieurs !
Monsieur de La Fontaine comme vous avez raison : Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute !

« Au cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis
A Ferney en Bourgogne par Genève
1er août 1761 1
Je suis affligé monseigneur de n'avoir point reçu de réponse de vous dans une occasion qui intéresse notre Académie . Je serais fâché aussi que ma lettre eût été perdue . Votre Éminence se joindra sans doute aux autres académiciens . Le roi notre protecteur a permis que son nom fût à la tête des souscripteurs pour deux cents exemplaires . Mgr le comte de Clermont me fait l'honneur de me mander qu'il souscrira pour un assez grand nombre . Vous savez combien il serait flatteur pour moi d'avoir votre nom . Si le cardinal de Richelieu persécuta Le Cid, M. le cardinal de Bernis protègera Polyeucte . J'aurais voulu faire sous vos yeux l'ouvrage que j'entreprends . Je ne peux être consolé qu’en sachant qu'au moins vous approuvez mon projet . Je vous demande en grâce de m'apprendre vos volontés et d'agréer les respects de votre vieux et attaché serviteur
Voltaire. »
1 Le même jour, Michault écrivait à Ruffey de Montrouge : « Ne souscrivez-vous pas , monsieur, pour la belle édition des œuvres de Pierre Corneille in-4° que Voltaire va publier au profit de Mlle Marie Corneille, son élève (nous dirons peut-être un jour sa femme) ? Pour moi je me contenterai, si je puis voir à Dijon cette édition, d’en tirer quelques anecdotes, quelques fragments du commentaire, car Voltaire ne veut rien changer au texte, il respecte trop ce grand homme pour y toucher ; je ne sais s'il porte cette respectueuse délicatesse jusqu'à la virginité de Marie-Corneille ».
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02/07/2016
Soyez le bien revenu du pays des puces
... Peut-on dire encore de nos jours, comme au Siècle des Lumières, à toute personne venant de Paris . Au XVIIIè on se faisait piquer la couenne, au XXIè, on se fait piquer son portefeuille .

« A Gabriel Cramer
à Genève.
[juillet-août 1761 ?]
Mon cher ami je n'en puis plus . Vous aurez cependant demain le trois et ensuite le quatre . J'avais un peu travaillé sur Corneille . Soyez le bien revenu du pays des puces . »
15:04 | Lien permanent | Commentaires (0)
A mesure qu'on lira l'ouvrage quand on aura un moment de loisir
... Plutôt que de regarder des gugusses bien payés pour courir après un ballon rond, on aura plus de plaisir durable avec l'ami Voltaire .
Au passage , quelques images de la 15è Fête à Voltaire : http://www.ledauphine.com/ain/2016/06/27/euro-2016-quand-...

Les chevaux du haras royal de Voltaire n'ont pas pris une ride !
« A Gabriel Cramer
à Genève.
[juillet-août 1761 ?]
Monsieur Cramer a prié qu'on lui indiquât les fautes qu'on trouverait dans l'histoire des mœurs et de l'esprit des nations .
Page 103, tome 1er Michel Ange et Bradamante 1. Celui qui s'est mêlé de revoir les feuilles connaissait apparemment l''Arioste plus que l'Architecture . Le Bramante était un excellent architecte 2.
Page 105 . Clément d'Alexandrie dans ses Stromates livre 5 3. Il faut mettre livre 1er .
A mesure qu'on lira l'ouvrage quand on aura un moment de loisir on avertira monsieur Cramer des fautes qu'on aura trouvées . »
1 Voir page 189 : https://books.google.fr/books?id=XtRkAAAAcAAJ&pg=PA189&lpg=PA189&dq=Michel+Ange+et+Bradamante&source=bl&ots=d08OEHPsJl&sig=YTwJylTeQNp0v6erz2SX62ErOno&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwipn-Lw4tTNAhVEOBQKHfOzDpAQ6AEIHjAA#v=onepage&q=Michel%20Ange%20et%20Bradamante&f=false
2Donato di Angelo di Pascuccio dit Bramante . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bramante
3 Voir page 341 : https://books.google.fr/books?id=dfRWAAAAcAAJ&pg=PA341&lpg=PA341&dq=Cl%C3%A9ment+d%27Alexandrie+dans+ses+Stromates+livre+5&source=bl&ots=yA0qW3y5K-&sig=WmghxbvbkJohwKT03Jda5vFsxGI&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj-mI6F5dTNAhWCshQKHV2hBAgQ6AEIPTAG#v=onepage&q=Cl%C3%A9ment%20d%27Alexandrie%20dans%20ses%20Stromates%20livre%205&f=false
14:54 | Lien permanent | Commentaires (0)
A quoi tout ce fracas aboutira-t-il ? Les choses resteront dans le continent à peu près comme elles étaient
... Jusqu'à ce jour, les prévisions de Voltaire concernant le Brexit sont justes . Puissent-elles se vérifier dans le bon sens .

Comme dans Star Wars, on a une étoile noire ! mais la Manche n'est pas la Voie lactée .
«A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de Saxe-Gotha
Au château de Ferney en Bourgogne
par Genève 31è juillet 1761
Madame, j’ai deux ressemblances avec la grande maîtresse des cœurs : celles des yeux et de l’âme. Mes yeux ne voient presque plus ; mais mon âme voit toujours, madame, et je suis en idée aux pieds de Votre Altesse sérénissime. Elle daigne donc s’intéresser à la race de notre grand Corneille ! Je n’en suis pas surpris, puisque ses ouvrages respirent la grandeur et la vertu, et que sa race est malheureuse.
Il me semble que ce Corneille n’a jamais peint des désastres plus grands que ceux qu’on éprouve depuis Cassel jusqu’au fond de la Silésie. Cela finira quand il plaira à Dieu, et non pas quand il plaira aux hommes. On dit que le philosophe Pangloss va partir de Turquie, et qu’il fera un tour à Genève. Je l’interrogerai sur les causes secondes et sur la cause première. Mais surtout, madame, je voudrais l’amener à Gotha : c’est alors qu’il verrait le meilleur des châteaux possibles, et certainement la meilleure des princesses possibles ; mais je ne voudrais point passer au milieu de ces belles armées, qui ne sont point du tout de mon goût. Je n’aime les héros que dans l’histoire et dans la tragédie.
Je n’ai point encore achevé l’histoire de ce héros russe nommé Pierre-le-Grand, attendu que la cour de Pétersbourg me traite à peu près comme Pharaon traitait les Juifs : il leur demandait de la brique et ne leur donnait point de paille 1. On me demande une histoire, et l’on ne me donne point de matériaux.
Il me semble que monseigneur le prince de Brunswick tiendra son coin dans l’histoire ; il s’est couvert de gloire dans toutes ses campagnes. A quoi tout ce fracas aboutira-t-il ? Les choses resteront dans le continent à peu près comme elles étaient. La guerre de César et de Pompée coûta beaucoup moins de sang, mais il en résulta l’empire du monde. C’est peut-être une perfection de l’art militaire de ne faire presque rien avec les plus grandes armées, les forces étant toujours balancées . Il n’en résulte que la misère des peuples . Il y a seulement de part et d’autre, cinq ou six cents personnes qui font des fortunes immenses à fournir le nécessaire et le superflu aux meurtriers enrégimentés.
Je suis fâché, madame, de n’avoir plus de papier il faut quitter les réflexions pour présenter mon profond respect et mon inviolable attachement à Votre Altesse sérénissime.
Le vieux Suisse V. »
1 Exode, V, 7 : http://saintebible.com/exodus/5-7.htm
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01/07/2016
On cabale à la cour, à l’église, à l’armée ; Au Parnasse on se bat pour un peu de fumée, Pour un nom, pour du vent
...
Et tous les moyens sont permis ...
«A Charles-Godefroy de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon 1
Au château de Ferney en Bourgogne
par Genève le 31 juillet 1761 2
Vous voilà, monseigneur, comme le marquis de La Fare 3, qui commença à sentir son talent pour la poésie à peu près à votre âge, quand certains talents plus précieux étaient sur le point de baisser un peu, et de l’avertir qu’il y avait encore d’autres plaisirs.
Ses premiers vers furent pour l’amour, les seconds pour l’abbé de Chaulieu. Vos premiers sont pour moi, cela n’est pas juste ; mais je vous en dois plus de reconnaissance. Vous me dites que j’ai triomphé de mes ennemis ; c’est vous qui faites mon triomphe.
Au pied de mes rochers, au creux de mes vallons
Pourrai-je regretter les rives de la Seine ?
La fille de Corneille écoute mes leçons ;
Je suis chanté par un Turenne :
J’ai pour moi deux grandes maisons,
Chez Bellone et chez Melpomène.
A l’abri de ces deux beaux noms,
On peut mépriser les frelons ;
Et contempler gaiement leur sottise et leur haine.
C’est quelque chose d’être heureux :
Mais c’est un grand plaisir de le dire à l’envie,
De l’abattre à nos pieds, et d’en rire à ses yeux !
Qu’un souper est délicieux,
Quand on brave, en mangeant, les griffes des harpies !
Que des frères Berthier les cris injurieux
Sont une plaisante cérémonie !
Que c’est pour un amant un passe-temps bien doux
D’embrasser la beauté qui subjugue son âme,
Et d’affubler encor du sel d'une épigramme
Un rival fâcheux et jaloux !
Cela n’est pas chrétien, j’en conviens avec vous ;
Mais ces gens le sont-ils ? Ce monde est une guerre ;
On a des ennemis en tout genre, en tous lieux :
Tout mortel combat sur la terre ;
Le diable avec Michel combattit dans les cieux ,
On cabale à la cour, à l’église, à l’armée ;
Au Parnasse on se bat pour un peu de fumée,
Pour un nom, pour du vent : et je conclus au bout
Qu’il faut jouir en paix, et se moquer de tout. 4
Cependant, monseigneur, tout en riant, on peut faire du bien. Votre Altesse en veut faire à Mlle Corneille ; vous voulez que je vous taxe pour le nombre des exemplaires . Si je ne consultais que votre cœur, je vous traiterais comme le roi ; vous en seriez pour la valeur de deux cents. Mais comme je sais que vous allez partout semant votre argent, et que souvent il ne vous en reste guère, je me réduis à six, et j’augmenterai le nombre si j’apprends que vous êtes devenu économe. Je supplie Votre Altesse d’agréer mon profond respect, et de me conserver vos bontés au Suisse
Voltaire. »
1 Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles-Godefroy_de_La_Tour_d%27Auvergne
et : http://gw.geneanet.org/pierfit?lang=fr&p=charles+godefroy&n=de+la+tour+d+auvergne
Pressé d'argent , il vendit à Louis XV , en 1738, le vicomté de Turenne .
2 Copie contemporaine datée à tort de 1762 ; copie corrrigée par V* , incomplète ainsi que six autres copies . Le nom de Turenne au quatorzième vers est supprimé dans tous les textes autres que la manuscrit 1 .
3 Charles-Auguste, marquis de La Fare . Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles-Auguste_de_La_Fare
4 Voir autre version : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1761-partie-31-122131157.html
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lequel est plus plaisant de savoir ce qui est fait , ou tout ce qui se fera
... Pour tout électeur, les deux sont importants, bien davantage que pour les candidats qui se fichent de ce qui se fera sans eux ou avec eux, et qui descendent en flammes les réalisations de leurs concurrents .
Pour moi le présent et le futur le plus proche sont plus plaisants, le futur lointain est trop aléatoire ; le présent est neuf chaque seconde, quel qu'il soit, bon ou mauvais ; soyons nous-mêmes, ici et maintenant .

ça mord ! et on se retrouve tantôt coté canne tantôt côté hameçon ! that's life !
Pêcher, se souvenir des bons moments, en créer de nouveaux ; pécher sans souci d'une vie dite éternelle et d'un enfer de parc d'attractions .
« A [destinataire inconnu]
Au château de Ferney en Bourgogne
par Genève 30 juillet 1761
Dans une petite transmigration, monsieur, d'une maison à l'autre, la lettre dont vous m'honorâtes en date du 1er juin , s'était égarée . Mme du Perron 1 m'ayant appris à qui je devais cette lettre, j'ai été fort honteux , j'ai cherché longtemps et j'ai enfin trouvé . Mais ce que je ne trouverai pas, c'est la solution de votre problème . Quand on demanda à Panurge lequel il aimait le mieux d'avoir le nez aussi long que la vue, ou la vue aussi longue que le nez, il répondit qu'il aimait mieux boire 2.
Vous me demandez lequel 3 est plus plaisant de savoir ce qui est fait , ou tout ce qui se fera : c'est une question à faire aux prophètes ; ces messieurs qui connaissaient l'avenir si parfaitement étaient sans doute instruits également du passé . Il faut être inspiré de Dieu pour savoir bien parfaitement son prétérit, son futur , et même son présent ; notre espèce est fort curieuse et fort ignorante . Celui qui saurait l'avenir saurait probablement de fort sottes , et de fort tristes choses ; et entre autres l'heure de sa mort, ce qui n'est pas extrêmement plaisant à contempler . J'aime mieux au fond de la boîte de Pandore, l'espérance que la science, et je suis de l'avis d’Horace :
Prudens futuri temporis exitum calliginosa noctae premit Deus 4.
Ce que je sais le mieux, c'est que j'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments que je vous dois
monsieur. »
1 Soeur de Mme du Bocage .
2 Le passage n'a pu être retrouvé .
3 s'il est tremplacé par lequel sur le manuscrit .
4 Horace, Odes, III, xxix, 29-30 ; Dans sa prévoyance, Dieu enveloppe d'une nuit ténébreuse l'issue où aboutit l'avenir .
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30/06/2016
vous êtes heureux par votre femme et par vos enfants ; vous l'êtes par votre manière de penser
... Ô l'heureux homme , il vit carrément un conte de fée !
Rêve de tous les hommes mariés : femme bienfaisante et enfants charmants . Et rêve des épouses : agréable et intelligente manière de penser du "bon" mari . Allez, messieurs les avocats et huissiers, circulez, il n'y a rien à voir !
Curés et religieux de toutes sortes, fichez leur la paix .
Dieu(x), occupez vous du sexe des anges .

Trop mignons ! [pour ne rien vous cacher, j'aime les chats]
« A Etienne de Champflour, ancien
Lieutenant particulier
à Clermont
en Auvergne 1
30è juillet 1761, au château de Ferney
par Genève
Ayant quitté, monsieur, ma maison des Délices, près de Genève, que j’ai cédée à M. le duc de Villars, j'y ai laissé votre lettre ; mais quoique je ne l'aie pas sous mes yeux, elle est dans mon cœur . Je me suis attendri au souvenir de monsieur votre père, et je vous prie de ne pas douter que je ne prenne toujours un vif intérêt à tout ce qui vous regarde . Vous êtes père de famille depuis longtemps ; vous êtes heureux par votre femme et par vos enfants ; vous l'êtes par votre manière de penser, ce sont pour moi autant de sujets de joie ; elle n'est affaiblie que par le grand intervalle qui nous sépare . Je finis ma carrière dans un séjour assez riant, et dans des terres qui ont de beaux privilèges ; il ne me manque que de pouvoir vous assurer de vive voix des sentiments inviolables avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
1 Voir : http://belcikowski.org/ladormeuseblogue3/?p=7614
Et voir aussi : https://vieillard.fr/
00:18 | Lien permanent | Commentaires (0)

