09/08/2016
voilà O perdu
... Voltaire et Histoire d'O , qui l'eut cru !
Notre auteur, coquin à ses heures , l'aurait lue sans déplaisir je crois .

NDLR - Infiniment plus prenante et attachante que l'insipide , sans style et frelaté "50 nuances de Grey"
« A Gabriel Cramer
[août-septembre 1761]
Quoi j'aurai corrigé la feuille O ! je l'aurai proprement mise sur ma table . J'aurai dit à caro Gabriele, cher Gabriel prenez cela, et voilà O perdu . Renvoyez-moi un O car voilà P. Car je suis exact . Car j'ai écrit à Mme de Montferrat, et je vais écrire à M. Michaudière 1. »
1 Mme de Montferrat et La Michaudière souscrivirent chacun pour un exemplaire .
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il n'y a pas grand profit à faire . C'est le sort de la plupart des livres
... Paroles de libraire . Mais que ça ne soit pas une raison pour ne plus en publier .
Il reste tout de même un commerce plus que florissant avec une clientèle captive , celle des élèves obligés d'acheter les livres, bons ou mauvais, dont de dignes (?!) enseignants font leur beurre . Et vive la révision des programmes dés/organisée régulièrement par ces êtres hautement et certainement désintéressés, sauf erreur de ma part .

« A Etienne-Noël Damilaville
[vers le 31 août 1761]
J'ai reçu de mes frères les Recherches sur les théâtres de ce Beauchamp 1, et il n'y a pas grand profit à faire . C'est le sort de la plupart des livres . Il faudra tâcher que les commentaires de Corneille ne méritent pas qu'on en dise autant . »
1 Ouvrage demandé dans la lettre du 5 août 1761 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/07/06/s-il-avait-des-yeux-il-pleurerait-nos-desastres-qui-se-multi-5823616.html
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Gex ressemble à Genève comme une botte de foin à un collier de perles
... Gex, mon pays natal, heureusement est beau comme une botte de foin ! et Genève triste comme des perles mortes . Voltaire a exagéré ! alors moi aussi !
Gex est une jolie petite sous-préfecture où il fait bon vivre, avec une vie associative très animée et un paysage magnifique .

Beau comme une botte de foin , j'ai dit , persiste et signe !
« A Jean-Robert Tronchin Banquier
à Lyon
Vous nous avez renvoyé François en très bonne santé, monsieur, et tout le monde vous en remercie .
Voulez-vous que je vous consulte sur une petite affaire ? Le roi nous accorde, comme vous savez, quatre cents louis pour notre Corneille, et monsieur le contrôleur général m'a mandé qu'il me les donnerait en effets royaux . Mais quels effets royaux dois-je demander ? Ne connaissez-vous point quelque manière d'arranger cette affaire ? Vous êtes plus à portée que personne de me donner de bons avis, et je vous les demande .
Permettez-moi de vous demander un panier de vin de liqueur, attendu que nous allons avoir un peu de compagnie cet automne à Ferney .
M. le duc de Villars est fort content des Délices, et on commence à l'être sur sa santé . Notre petit pays s'embellit tous les jours mais il ne s'enrichit pas ; Gex ressemble à Genève comme une botte de foin à un collier de perles . Nous avons des comédiens auprès de Châtelaine, il n'y a que les Genevois qui viennent les entendre, parce qu'il n'y a qu'eux qui aient de l'argent . Adieu, mon cher monsieur, je cachette avec un petit pain, parce que je n'ai pas encore ma cire .
Ferney 31è august 1761. »
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08/08/2016
Il faut toujours avoir raison ; et un particulier ne peut jamais s’en flatter
... Est-ce à dire que la majorité a toujours raison ? Ce serait trop beau ! Et l'Histoire, justement, prouve que non .
« A Charles Pinot Duclos
31 auguste 1761
J’ai reçu, monsieur, l’épître dédicatoire, la préface sur le Cid, et les remarques sur les Horaces. Je crois que l’Académie rend un très grand service à la littérature et à la nation, en daignant examiner un ouvrage qui a pour but l’honneur de la France et de Corneille. Voilà la véritable sanction que je demande ; elle consiste à m’instruire. Il faut toujours avoir raison ; et un particulier ne peut jamais s’en flatter. Je trouve toutes les notes sur mes observations très judicieuses. Il n’en coûte qu’un mot dans vos assemblées, et, sur ce mot, je me corrige sans difficultés et sans peine : c’est la seule façon de venir à bout de mon entreprise. Je remercie infiniment la compagnie, et je la conjure de continuer. Je lui envoie des choses un peu indigestes ; mais, sur ses avis, tout sera arrangé, soigné pour le fond et pour la forme ; et je ne ferai rien annoncer au public que quand j’aurai soumis au jugement de l’Académie les observations sur les principales pièces de Corneille. Plus cet ouvrage est attendu de tous les gens de lettres de l’Europe, plus je crois devoir me conduire avec précaution. Je ne prétends point avoir d’opinion à moi ; je dois être le secrétaire de ceux qui ont des lumières et du goût. Rien n’est plus capable de fixer notre langue, qui se parle à la vérité dans l’Europe, mais qui s’y corrompt. Le nom de Corneille et les bontés de l’Académie opéreront ce que je désire.
Quant aux honneurs qu’on rendait à ce grand homme, je sais bien qu’on battait des mains quelquefois quand il reparaissait après une absence : mais on en a fait autant à mademoiselle Camarjol 1. Je peux vous assurer que jamais il n’eut la considération qu’il devait avoir. J’ai vu, dans mon enfance, beaucoup de vieillards qui avaient vécu avec lui : mon père, dans sa jeunesse, avait fréquenté tous les gens de lettres de ce temps ; plusieurs venaient encore chez lui. Le bonhomme Marcassus 2, fils de l’auteur de l’Histoire grecque, avait été l’ami de Corneille. Il mourut chez mon père, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Je me souviens de tout ce qu’il nous contait, comme si je l’avais entendu hier. Soyez sûr que Corneille fut négligé de tout le monde, dans les dernières vingt années de sa vie. Il me semble que j’entends encore ces bons vieillards Marcassus, Réminiac, Tauvières, Regnier, gens aujourd’hui très inconnus, en parler avec indignation. Eh ! ne reconnaissez-vous pas là, messieurs, la nature humaine ? Le contraire serait un prodige.
C’est une raison de plus pour vous intéresser au monument que j’élève à sa gloire. Présentez, je vous prie, monsieur, mes remerciements et mes respects à la compagnie, etc.
N.b. que je prends la liberté d'envoyer des esquisses ; tout est fait ; je vous jure, à ce courant de plume, cela ne paraît pas fort respectueux , mais il faut avancer sa besogne, on corrige ensuite à loisir et à l'impression . »
1 Marie-Anne de Cupis ou Mlle Camargo, célèbre danseuse, née en 1710, morte en 1770. Elle avait quitté l’Opéra en 1751. Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Anne_de_Camargo
et : https://www.mtholyoke.edu/courses/nvaget/danseuse/ladanseuse/ladanseuse/1700-1750.html
et : http://leschaussonsverts.eklablog.com/marie-anne-de-camargo-1710-1770-l-audace-du-talent-a1801036
2 V* mentionne aussi ce personnage dans l'article « Don Juan » de sa Vie de Molière . C'était le fils de Pierre de Marcassus, auteur, notamment de l'Histoire grecque, 1647 . Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Vie_de_Moli%C3%A8re#cite_ref-58
et : http://data.bnf.fr/12219107/pierre_de_marcassus/
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