18/03/2018
cet homme serait bien dangereux s’il avait autant de pouvoir que d’impertinence
... Et Vlad' Poutine dispose , use et abuse des deux, conforté par une majorité que beaucoup lui envient . L'hiver russe n'est pas près de finir .
Alea jacta est , -à l'Est- , précisément .
A l'ouest , rien de nouveau ! au Moyen Orient, Receip et Achar peuvent continuer à broyer les Kurdes avec l'aide et la bénédiction du grand frère Russe , écoeurant .
« A Etienne-Noël Damilaville
Aux Délices , 23 mars 1763
Mon cher frère, l’illustre frère qui daigne tant aimer Brutus 1 me paraît avoir suppléé, par sa brillante imagination, à ce qui manque à cette pièce. Je ne peux en conscience lui en savoir mauvais gré. Un tel suffrage et le vôtre sont d’une grande consolation. Je me souviens que, dans la nouveauté de cette pièce, feu Bernard de Fontenelle, et compagnie, prièrent l’ami Thieriot de m’avertir sérieusement de ne plus faire de tragédies . Ils lui dirent que je ne réussirais jamais à ce métier-là. J’en crus quelque chose, et cependant le démon du théâtre l’emporta 2. Parlez-en à frère Thieriot, il vous confirmera cette anecdote, car il a la mémoire bonne.
Je vous renouvelle mes félicitations sur le succès des Calas. J’ai appris une des raisons du jugement de Toulouse qui va bien étonner votre raison.
Ces Visigoths ont pour maxime que quatre quarts de preuve et huit huitièmes font deux preuves complètes ; et ils donnent à des ouï-dire le nom de quarts de preuve et de huitièmes.
Que dites-vous de cette manière de raisonner et de juger ? est-il possible que la vie des hommes dépende de gens aussi absurdes ? Les têtes des Hurons et des Topinambours sont mieux faites.
Pour notre ami Pompignan, les preuves de son ridicule sont complètes. Je vous répète que cet homme serait bien dangereux s’il avait autant de pouvoir que d’impertinence. Je sais de très bonne part qu’il ne vint à Paris que dans le dessein de se faire valoir auprès de la cour, en persécutant les philosophes. Les quarts de plaisanterie qui sont dans la Relation du voyage de Fontainebleau, et les huitièmes de ridicule dont l’hymne est parsemé, seront pour lui un affublement complet. Cet homme voulait nuire, et il ne fera que nous réjouir.
Vous m’avez promis quelques articles de l’Encyclopédie, je les attends comme les articles de mon symbole.
Buvez, mes très chers frères, à la santé de votre vieux frère
Voltaire. »
1 Brutus vient d'être représenté le 14 mars 1763 : les termes par lesquels Grimm rend compte de la représentation dans la Correspondance littéraire du 1er avril, montrent qu'il est bien le « frère » en question .
2 La Harpe rapporte cet incident dans son Lycée, ou cours de littérature, 1821 : « Je tiens de la bouche même de Voltaire que les plus beaux esprits de ce temps, que Mme de Tencin réunissait chez elle, et à leur tête Fontenelle et La Motte, engagèrent cette dame à lui conseiller de ne plus s’obstiner à suivre une carrière [d'auteur dramatique] pour laquelle il ne semblait pas fait […] Je demandai à Voltaire ce qu'il avait répondu à ce beau conseil . Rien me dit-il, mais je donnai Zaïre ».
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17/03/2018
je présume que qui a reçu le supplément a reçu le principal
...
« A François Tronchin
Conseiller d’État
rue des Chaudronniers
à Genève
Mardi 22è mars 1763
J'apprends, mon cher monsieur, que M. le grand trésorier de la République me demande trois cents livres courant pour la muraille du grand chemin faite il y a quatre ans . Comment donc ? quid sibi vult ?1 Est-ce que cette muraille n'a pas été payée ? Certainement, ou vous, ou moi avons satisfait Mirani, puisque ce Mirani m'a demandé deux ans après un maudit supplément, et qu'il conste 2 par mes livres que ce supplément a été payé, signé Mirani .
Je n'ai point à la vérité de livre antérieur, mais je présume que qui a reçu le supplément a reçu le principal . Je présume de plus que ce principal a été payé par vous , ou par moi . S'il a été payé par vous, nous n'avons rien à faire avec la République, et monsieur votre frère 3 doit avoir alloué cet article il y a longtemps, et l'avoir passé à mon compte . Mettez-moi au fait de cette affaire, je vous en prie, et que la République ne me fasse pas saisir au corps pour crime de péculat .
Je vous embrasse très tendrement . »
1 Que veut-il ?
2 Latinisme ( constat) signifiant « il appert », « il est parent » ; voir lettre du 16 juillet 1760 à De Brosses : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/09/11/j-ai-fait-le-bien-pour-l-amour-du-bien-meme-et-le-ciel-m-en-5846552.html
3 Jean-Robert Tronchin , banquier à Lyon .
15:14 | Lien permanent | Commentaires (0)
J'étais déjà persuadé, que les fiefs héréditaires avaient été connus dans presque toute l'Europe longtemps avant Charlemagne
... Et les cheminots français, surdoués de la grève, maîtres chanteurs, vivent encore avec cette intime conviction que leurs statuts nés dans la vapeur et la fumée sont inaltérables ; ce sont nos "nobles" modernes accrochés à leurs privilèges comme des morpions au cul de la marquise (comme le chante le grand Georges Brassens ) : parasites !

« Au comte Giorgio di Polcenigo e Fanne 1
Je vous suis doublement redevable : vous m'avez honoré d'un très beau présent et vous m'avez instruit 2. J'étais déjà persuadé, que les fiefs héréditaires avaient été connus dans presque toute l'Europe longtemps avant Charlemagne ; et cela est bien naturel . Des Hérules, des Goths, des Huns, des Vandales qui s'en vont de compagnie à la chasse ne sont pas d'humeur à perdre le partage qu'ils ont fait des dépouilles . J'ai toujours été de cette opinion . Vous l'avez mise au plus grand jour . La science et la raison vous ont également servi . Je vous demande pardon, monsieur, de ne vous pas écrire de ma main : mais j'ai soixante et dix ans, je suis malade, et presque aveugle . Voici des trop fortes raisons . J'ai l'honneur d'être avec l'estime la plus respectueuse
monsieur
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire
gentilhomme de la chambre du roi.
Des Délices auprès de Genève 21 mars 1763.3 »
2 Polcenigo a envoyé à V* , le 15 février 1763 son ouvrage intitulé De' nobili, de' parlamenti, e de' feudi, 1761 ; https://books.google.fr/books?id=ecC4jaEvNjMC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
3 Edition Quirico Vivani : Lettere inedite d'illustri friulani del secolo XVIII o scritte da altri uomini celeberri à personggi friulani, 1826 .
09:15 | Lien permanent | Commentaires (0)
16/03/2018
on est plus raisonnable dans l’Armorique que dans la Septimanie . Les têtes bretonnes tiennent de Locke et de Newton, et les têtes toulousaines tiennent un peu de Dominique et de Torquemada
... Tout ceci reste à prouver me disent les Languedochiens .
« A Louis-René de Caradeuc de La Chalotais
21 mars [1763] , aux Délices
J’ai l’honneur, monsieur, de vous renvoyer par M. d’Argental le manuscrit que vous avez bien voulu me confier, et je vous assure que c’est avec bien de la peine que je m’en dessaisis. Il le fera contre-signer par M. le duc de Praslin, ou par quelque autre contresigneur.
Ne doutez pas que cet ouvrage ne soit imprimé dans plus d’une ville, dès qu’il l’aura été à Rennes. Il sera bien plus aisé de le contrefaire que de l’imiter. Vous me ferez une très grande grâce, monsieur, de daigner me faire parvenir le mémoire sur l’origine du parlement 1. Si le paquet est gros, je vous prierai de l’adresser pour moi à M. Damilaville, premier commis du vingtième, quai Saint-Bernard, à Paris. Si le volume n’est pas considérable, comme je le crains, ayez la bonté de me l’envoyer en droiture.
J’ai peur de n’avoir pas des notions assez justes de cette origine ; car, à commencer par l’origine du monde, je n’en vois aucun bien claire. Elles ressemblent assez aux généalogies des grandes maisons, qui commencent toutes par des fables. Quoique le nouveau tableau des sottises du genre humain soit déjà achevé d’imprimer sous le titre d’Essai sur l’Histoire générale, je n’en profiterai pas moins des lumières que vous aurez la bonté de me communiquer. Tout se rajuste au moyen de quelques cartons.
Vraiment, monsieur, le Jugement de la Raison est un joli sujet ; mais les appels à la raison 2 sont déjà oubliés ; et les plaisanteries ne sont bonnes que quand elles sont servies toutes chaudes. D’ailleurs il me paraît bien difficile que la raison prononce sur les enfants de Loyola, sans dire son avis sur ceux de cet extravagant François d’Assise, et de cet énergumène de Dominique, et de cet insolent Norbert 3, et de tous ces instituteurs de milice papale, toujours à charge aux citoyens, et toujours dangereuse pour les gouvernements.
Je me chargerai bien pourtant, et très volontiers, d’être le greffier de la raison dans un tribunal dont vous êtes le premier président ; mais je suis depuis longtemps occupé d’une affaire qui n’est ni moins raisonnable ni moins pressante ; c’est malheureusement contre le parlement de Toulouse. La destinée a voulu qu’on me vînt chercher dans les antres des Alpes pour secourir une famille infortunée, sacrifiée au fanatisme le plus absurde, et dont le père a été condamné à la roue sur les indices les plus trompeurs. Vous aurez sans doute entendu parler de cette aventure : elle intéresse toute l’Europe ; car c’est le zèle de la religion qui a produit ce désastre. Il me paraît que, grâce à vous, monsieur, on est plus raisonnable dans l’Armorique que dans la Septimanie 4. Les têtes bretonnes tiennent de Locke et de Newton, et les têtes toulousaines tiennent un peu de Dominique et de Torquemada.
Je vous avoue que j’ai eu une grande satisfaction quand j’ai su que tout le conseil, au nombre de cent juges, avait condamné, d’une voix unanime, le zèle avec lequel huit catholiques toulousains ont condamné à la roue un père de famille, parce qu’il était huguenot ; car voilà à quoi se réduit tout le procès.
J’ai lu les deux tomes de votre société d’agriculture, et j’en ai profité. J’ai fait semer du fromental ; j’ai défriché ; j’ai fait une terre de sept à huit mille livres de rente d’une terre qui n’en valait pas trois mille. Cette occupation de la vieillesse vaut mieux que de faire des Agésilas et des Suréna. Cependant j’en fais encore pour mon malheur, mais je n’en ferai pas longtemps . Vox quoque Mœrim deficit 5; ce qui ne me déficite point, c’est l’estime très respectueuse et le sincère attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être, etc. »
1 Mémoire touchant l'origine et l'autorité du parlement de France appelé judicium Francorum, 1732 . Cette brochure de sept pages a été condamnée par le Parlement de Paris le 2 septembre 1732 : https://books.google.fr/books/about/Arrest_de_la_cour_du_Parlement_qui_ordon.html?id=arw7twAACAAJ&redir_esc=y
2 Sur l'Appel à la raison, voir lettre du 28 janvier 1763 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/12/23/nous-sommes-dans-un-etrange-temps-ou-il-faut-craindre-qu-un-6010865.html
3 Fondateur de l'ordre des prémontrés ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_des_chanoines_r%C3%A9guliers_de_Pr%C3%A9montr%C3%A9
4 La Septimanie était un des royaumes des Goths en Gaule ; le mot désigne ici le Languedoc, pays des juges des Calas .
5 La voix aussi manqua à Moeris ; Virgile, Bucoliques, IX, 53-54 .
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15/03/2018
je crains les œuvres posthumes.
... David Halliday a les mêmes craintes que Voltaire ! qui l'eut cru ?

Look at my back !
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
21 mars [1763] , aux Délices 1
Mes anges croient recevoir un gros paquet de vers, mais ce n’est que de la prose. Cette prose vaut mieux que des vers ; c’est un projet d’éducation que M. de La Chalotais doit présenter au parlement de Bretagne, et sur lequel il m’a fait l’honneur de me consulter. Si mes anges veulent le parcourir, je crois qu’ils en seront contents. Je vous supplie de vouloir bien le lui renvoyer contre-signé, soit duc de Praslin, soit Courteilles.
Si le procureur-général de Toulouse avait fait de tels ouvrages, au lieu de poursuivre la mort de Jean Calas, je le bénirais au lieu de le maudire.
Je ne sais point encore quel parti prendra mademoiselle Clairon. Je lui ai offert un logement chez moi, car assurément elle n’en trouverait pas à Genève, et cette ville à consistoire n’est pas trop faite pour une comédienne. M. Tronchin prétend que le voyage peut lui être funeste dans l’état où elle est. Il assure de plus qu’elle ne peut jouer d’une année entière sans être en danger de mort. La comédie va être abandonnée . La nôtre l’est aussi. Madame Denis est toujours malade, et je suis plus misérable que jamais. Ma consolation est la journée du 7 mars, ce conseil d’État de cent personnes, ce qui ne s’était jamais vu, cet arrêt qui est déjà la justification des Calas, cette joie du public, et ce cri unanime contre le capitoul David. Tous ces David me déplaisent, à commencer par le roi David, et à finir par David le libraire 2.
Mes anges ont-ils trouvé quelque gros marguillier de Saint-Eustache qui ait déterré l’extrait baptistaire d’un Corneille, fils d’un Pierre Corneille, gentilhomme ordinaire du roi, et d’une Le Cochois ? Il ne m’est point venu de nouveaux Corneille ; mais s’il m’en venait, ils ne m’ennuieraient pas plus que la Sophonisbe du grand Pierre, que je fais actuellement imprimer. Je ne sais si je vivrai assez longtemps pour finir cet ouvrage. Je presse Cramer tant que je peux, car j’aime à corriger des épreuves, et je crains les œuvres posthumes.
Je présente mes tendres respects à mes anges, et je leur demande pardon du gros paquet. »
1 Le même jour, le conseil de Genève consigna dans ses minutes : « M. l'ancien synd[ic] [Michel] Lullin de Châteauvieux ayant rapporté qu'on débite depuis quelques semaines dans Genève une brochure sous le titre de Lettres toulousaines, que cet ouvrage imprimé en pays étranger, contient plusieurs traits imprudents, injurieux au parlement de Toulouse, et qui bien loin de servir aux protestants de France pourraient leur être nuisibles ; arrêté que les sieurs scholarques mandent les libraires et imprimeurs, et qu'ils leur défenent de faire venir et d'exposer le susdit ouvrage en vente . » . Voir lettre du 14 mars 1763 à Moultou : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2018/03/01/j-espere-beaucoup-du-pouvoir-que-votre-aimable-eloquence-doi-6030467.html
2Les ayant -droit de celui-ci s'opposaient alors à l'annonce du Théâtre de Corneille commenté par Voltaire, en s'autorisant d'un privilège . « David le libraire » était associé de Didot dès avant 1743 ; voir : http://data.bnf.fr/12397524/michel-etienne_david/
et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_David_(imprimeurs)
et : http://www.bibliotheque-institutdefrance.fr/sites/default/files/les_didot.pdf
17:39 | Lien permanent | Commentaires (0)
On dira peut-être qu’il faut attendre que le procès soit fini ; non, il ne faut point attendre
... Les fans de Johnny crèvent d'envie d'écouter les derniers enregistrements de leur idole, et ils se fichent bien que quelques millions d'euros, habilement placés pour éviter l'érosion fiscale, aillent à l'un plutôt que l'autre membre de la tribu Smet-Halliday . Quant à moi, je m'en brosse le nombril avec le pinceau de l'indifférence .

Les avocats, en choeur, se régalent : " A tort ou à raison / Nous aurons du pognon ! "
« A Claude-Henri de Fuzée de Voisenon
Aux Délices, 19 mars 1763 1
En qualité de quinze-vingts, je vous prie à tâtons, mon cher confrère, de me rendre un très grand service. Vous m’avez fait un si bel éloge de Mme la duchesse de Gramont, vous me l’avez peinte d’un esprit si solide et d’un cœur si généreux, que votre enthousiasme m’a enhardi à lui demander une nouvelle grâce après toutes celles qu’elle a daigné m’accorder . J’abuse extrêmement, il est vrai de ses bontés ; mais il faut qu’elle m’accorde ce que je lui demande. C’est de se joindre à Mme de Pompadour, ou plutôt de joindre Mme de Pompadour à elle, pour obtenir du roi une aumône en faveur de la pauvre veuve Calas. Je dis une aumône sur sa cassette ; la plus légère, la plus mince nous suffira, et s’il n’a point d’argent, il faut qu’on lui en prête pour faire cette bonne œuvre. J’ai dans l’idée que l’Europe battrait des mains, que les protestants et catholiques applaudiraient, que tous les cœurs seraient touchés, que cette seule marque de bonté de la part de Sa Majesté ouvrirait les yeux à je ne sais combien de sots huguenots qui croient toujours qu’on veut les manger sur le gril , comme saint Laurent 2.
Je m’adresse à vous, mon cher petit évêque [Voisenon, qui fit son discours de réception à l’Académie française le 22 janvier, signait « évêque de Montrouge » parce qu’il fréquentait la maison du duc de La Vallière à Montrouge], avec la plus grande confiance, et je recommande cette petite négociation à votre humanité, à l’amitié dont vous m’honorez depuis si longtemps et à votre discrétion. Volez chez Mme la duchesse de Gramont, quand vous seriez asthmatique. Dites-lui que je vous ai fait confidence de l’extrême liberté que j’ai osé prendre avec elle ; que j’en suis bien honteux, que je lui en demande bien pardon ; mais faites réussir mon affaire, ayez-en la gloire ; je le dirai à tous les huguenots. N’aurez-vous pas d’ailleurs bien du plaisir à donner cet énorme soufflet aux huit juges de Toulouse, qui ont fait rouer, pour s’amuser, le père de famille le plus vertueux et le plus tendre qui fut dans ce pays des Visigoths ? D’ailleurs il y a une des filles assez jolie, qui s’est évanouie deux fois à Versailles, il faut que le roi lui donne de quoi acheter de beau point de la reine de Hongrie.3 Faites mon affaire, mon charmant confrère, Dieu vous bénira, et moi je vous adorerai.
Voltaire
On dira peut-être qu’il faut attendre que le procès soit fini ; non, il ne faut point attendre ; quand même Calas aurait pendu son fils, il faudrait encore soulager la veuve ; vingt personnes l’ont fait, pourquoi le roi ne le ferait-il pas ? en un mot, réussissez.
Donnez votre bénédiction à Voltaire. »
1 A cette époque, Moultou tentait de réconcilier JJ Rousseau et V*, à l'indignation du premier . Il lui écrivait le 19 mars 1763 : « [...] je compte d e^partir pour aller vous voir [...] je vous parlerai aussi beaucoup de Voltaire, il a une passion extrême de se réconcilier avec vous, je ne comprends rien à cela . Quelles sont ses vues ? Est-il de bonne foi ? C'est à l'occasion des calas que je l'ai vu, Mme la duchesse de Gramont que j'ai intéressée dans cette affaire m’avait fait charger par mon ami l'abbé Quesnel de conférer sur certaines choses avec lui . Je le vis deux fois , il ne me parla point de vous, mais il y a trois jours qu'il me fit dire qu'il était malade, qu'il avait à me parler, qu'il ne pouvait venir chez moi ; je crus qu'il s'agissait des Calas, il ne me parla que de vous [...] je vous jure que je n'y compris rien, c'est un comédien bien habile , j'aurais juré qu'il vous aimait » ; puis encore, le 23 mars 1763 : « Soyez tranquille sur Volt[aire] : je le reverrai, je le connais, et c'est avec votre réputation qu'il veut se réconcilier [...] »
2 Une telle phrase dévoile certainement l'une des intentions de V* ; cette opinion sur les protestants correspond à celles qu'il exprime vers la même période dans le Pot-pourri .
3 Sans doute un jeu de mot de V*, le point de Hongrie est une dentelle fine ; l'eau de Hongrie est une liqueur qu'on donnait à respirer aux femmes qui avaient des vapeurs . V* fond en une seule les deux expressions . Faut -il penser à l'expression jeter le mouchoir ?
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Il aurait pu avoir le plaisir d'aller à la Chine en se brouillant successivement avec tous les ministres
... Ce sera peut-être la conclusion et la morale de l'élection sans grand intérêt du nouveau secrétaire général du PS, quel qu'il soit !
https://www.slate.fr/story/158551/ps-election-premier-sec...

PS = Petites Sottises
« A Joseph-Augustin-Prosper de La Motte-Geffrard
J'ai lu, monsieur, la lettre de votre bacha 1; tout ce qui m'étonne, c'est que quand il fut exilé 2 dans l'Asie Mineure, il n'alla pas servir le sophi de Perse Thamas Kouli Kan 3. Il aurait pu avoir le plaisir d'aller à la Chine en se brouillant successivement avec tous les ministres . Sa tête me paraît avoir eu un peu de folie à vouloir se battre avec le prince Eugène, président du conseil de guerre ; c'est à peu près comme si un de nos officiers appelait en duel le doyen des maréchaux de France . Que ne proposait-il aussi un duel au grand vizir ? Cependant, on pourrait tirer quelque parti de sa lettre, en élaguant les inutilités, en adoucissant les choses flatteuses qu'il dit de notre ambassadeur M. de Villeneuve, et en donnant quelques coups de lime au style grivois du bacha ; on lui passera tout, parce qu'il était un homme aimable .
Je voudrais bien être à la portée, monsieur, de vous témoigner avec quels sentiments respectueux j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.
Aux Délices par Genève ce 18 mars 1763. »
1 Voir lettre de février 1763 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2018/01/17/je-serais-curieux-de-savoir-les-motifs-de-sa-conversion-a-la-6017969.html
2 Ces quatre mots ont été remplacés dans les éditions par « qu'ayant été » .
3 Le schah Nadir ; https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A2dir_Ch%C3%A2h
07:18 | Lien permanent | Commentaires (0)

