09/03/2022
Il est bien cruel que vous ayez besoin de protection
... Nos ennemis périront, comme la rosée au soleil,
Et nous aussi, frères, allons gouverner, dans notre pays.
Pour notre liberté, nous donnerons nos âmes et nos corps
https://www.youtube.com/watch?v=eRnFWB_hv_o
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https://www.youtube.com/watch?v=zn0_p1ZR3hg
« A Etienne-Noël Damilaville
8 décembre 1766
Mon cher ami, j'ai remercié M. de Courteilles 1 dans les termes les plus passionnés de la justice qu'il vous rend sans doute . Vous devez d'ailleurs absolument compter sur M. d'Argental . Il est bien cruel que vous ayez besoin de protection et que vous soyez réduit depuis si longtemps à consumer vos jours dans des travaux qui ne ne sont pas faits pour un homme de lettres ; mais enfin, puisque telle est votre destinée, il est juste que vous en retiriez l'avantage que vous méritez par vos services ; il est bien beau à vous dans cette situation critique où vous êtes, et qui m'intéresse si vivement, d'avoir trouvé du temps pour travailler au mémoire des Sirven avec M. de Beaumont ; je me flatte qu'il n'y aura point de phrases, mais une éloquence vraie, mâle et touchante, dans ce mémoire qui doit lui faire tant d'honneur . Il doit avoir reçu la lettre que je vous envoyai pour lui dans mes derniers paquets .
Je crois qu'il faudra laisser chez le banquier les deux cents ducats du roi de Pologne, avec ce que nous pourrons tirer des personnes généreuses qui voudront nous aider . Cela servira à payer en partie les frais du Conseil, qui seront immenses . Si vous voyez Mme Geoffrin je vous supplie de me mettre à ses pieds .
Je ne sais pas assurément comment tournera le procès de M. de La Chalotais, mais puisqu'il sera jugé par le Conseil je suis sûr de l’équité la plus impartiale .
Vous savez sans doute que Rousseau avait fait un projet de sédition dans Genève, qu'on a trouvé dans les papiers du nommé Nieps qui a été arrêté et mis à la Bastille 2 . Rousseau devait venir se cacher dans le territoire auprès du lac, dans un endroit nommé Les Paquis . Son dessein apparemment était d'être pendu, c'est un homme qui cherche toute sorte d'élévation ; il est bien triste que les ô qu'on lui adresse dans l'Encyclopédie 3 subsistent ; c'est un bien mauvais guide, dans un dictionnaire, qu'un enthousiasme qu'on est obligé de désavouer .
Je n'ai point encore de réponse de l'abbé Coyer sur son bâtard 4, dont il m'a fait passer pour père . J'ai assez d'enfants à nourrir sans adopter ceux des autres .
Adieu, mandez-moi je vous prie en quel état est l'affaire qui vous regarde, et ne me laissez pas ignorer où en est celle des Sirven . E[crasez] L['infâme] . »
1Lettre inconnue .
2 Toussaint-Pierre Lenieps a été impliqué dans une campagne d’opposition au plan de médiation proposé par le France ; à la requête de Crommelin , et à titre d’avertissement aux autres opposants, il fut mis à la Bastille entre le 20 novembre 1766 et le 11mars 1769 . Rousseau fut impliqué dans l'affaire, mais de façon indirecte ; voir Dufour, XVI, 229, n.1 ; 270.Voir note 48 : https://journals.openedition.org/ahrf/12490
3 Voir lettre du 22 avril 1761 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/03/31/il-faut-connaitre-ses-gens-avant-de-leur-prodiguer-des-louan-5782185.html
4 A propos de la Lettre au docteur Pansophe ; voir lettre du 29 novembre à Charles Bordes : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/03/01/m-6368941.html
11:53 | Lien permanent | Commentaires (0)
il a une cabale pour lui dans le peuple, il finira par se faire pendre
... La voix d'une certaine partie du peuple français peut bien te porter aux nues Eric (Zemmour) ! Tu n'en es pas moins un sale individu , gibier de potence ( et ne me parlez pas ici de la présomption d'innocence ! ).
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
8è décembre 1766
Vous avez bien fait de m'écrire, mes divins anges, car vous esquivez par là une nuée de corrections et de changements qui étaient déjà tout prêts . Mais puisque vous me mandez que rien ne presse, je corrigerai plus à loisir ce que j'ai fait si fort à la hâte .
Vous avez dû vous apercevoir que j'ai deviné plus d'une de vos critiques . J'ai prévenu aussi la censure judicieuse que vous faites de la précipitation d'Obéide à dire au cinquième acte : Je l'accepte, dès qu'on lui fait la proposition d'immoler son amant .
Je m'étais un peu égayé dans les imprécations ; j'avais fait là un petit portrait de Genève pour m'amuser , mais vous sentez bien que cette tirade n'est pas comme vous l'avez vue ; elle est plus courte et plus forte .
Mais aussi comme mes anges laissent à maman et à moi notre libre arbitre, nous nous avouons que nous condamnons, nous anathèmisons votre idée de développer dans les premiers actes la passion d'Obéide . Nous pensons que rien n'est si intéressant que de vouloir se cacher son amour à soi-même, dans ces circonstances délicates ; de la laisser entrevoir par des traits de feu qui échappent ; de combattre en effet sans dire , je combats ; d'aimer passionnément sans dire , j'aime ; et que rien n'est si froid que de commencer par tout avouer . Je n'ai lu la pièce à personne, mais je l'ai fait lire à de très bons acteurs qui sont dans notre confidence . Je les ai vu pleurer et frémir . Il se peut que l'aventure de l'ex-jésuite 1 ait un peu influé sur votre jugement, , et que vous avez tremblé que l'intérêt qui fait le succès des pièces au théâtre manquât dans celle-ci ; mais j'oserais bien répondre de l'intérêt le plus grand si cette tragédie était bien jouée .
Vous m'avouez enfin que vous n'avez d'acteurs que Lekain ; il ne faut donc point donner de pièces nouvelles . Le succès des représentations est toujours dans les acteurs. On prendra dorénavant le parti de faire imprimer ses pièces au lieu de les faire jouer, et le théâtre tombera absolument . Les talents périssent de tous côtés .
Gardez donc vos Scythes, mes divins anges, ne les montrez point, amusez-vous de Guillaume Tell, et d'un cœur en fricassée 2, faites comme vous pourrez .
Je dois vous dire ( car je ne dois rien avoir de caché pour vous ) que j'ai envoyé mes Scythes à M. le duc de Choiseul . J’ai été bien aise de lui faire ma cour et de réchauffer ses bontés .
Jean-Jacques veut revenir à Genève ; il a une cabale pour lui dans le peuple, il finira par se faire pendre 3.
Daignez, je vous en conjure, vous occuper à présent de mes pauvres Sirven . Vous aurez enfin cette semaine le factum de M. de Beaumont . Cette tragédie mérite toute votre bonté et toute votre protection .
Je vous demande en grâce de me mettre aux pieds de M. le duc de Praslin, et de vouloir bien faire souvenir de moi M. le marquis de Chauvelin à qui j'épargne une lettre inutile, et à qui je suis bien tendrement attaché .
Je vous demande pardon de tout le tracas que je vous ai donné pendant quinze jours . Je suis au bout de vos ailes pour le reste de ma vie . »
1 A savoir l'échec d'Octave .
2 Voir lettre du 6 décembre 1766 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/03/06/je-ferai-donc-ce-qu-on-pretend-que-disait-le-cardinal-de-ber-6369883.html
3 Cette phrase est biffée sur la copie Beaumarchais et supprimée dans l'édition de Kehl : voir page 1129 : https://books.google.fr/books?id=ppvePPgG9VQC&pg=PA1129&lpg=PA1129&dq=voltaire+argental+8+decembre+1766+vous+avez+bien+fait+de+m%27%C3%A9crire&source=bl&ots=BX7xkKuCF3&sig=ACfU3U151OIhKgKodX_T9BeV001204Juxw&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiQpsTO-rb2AhUnxYUKHWLRABIQ6AF6BAgTEAM#v=onepage&q=voltaire%20argental%208%20decembre%201766%20vous%20avez%20bien%20fait%20de%20m'%C3%A9crire&f=false
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)
08/03/2022
Souvent l’amitié chancelante Resserre sa pitié prudente ; Son cœur glacé n’ose s’ouvrir ; Les amis sont réduits à feindre, Nous en trouvons cent pour nous plaindre , Et pas un pour nous secourir.
... Ce peut être le sentiment du président Zelensky . Faisons en sorte que cela ne se vérifie pas .
« A François Achard Joumard Tison, marquis d'Argence
8è décembre 1766 1
Je vous renvoie, monsieur le marquis, votre lettre à M. le comte de Périgord 2, que vous avez bien voulu me communiquer. J’en ai tiré une copie, selon la permission que vous m’en donnez. Cette lettre est bien digne d’une âme aussi noble et aussi généreuse que la vôtre. Elle est simple, et c’est le seul style qui convienne à la vérité, quand on écrit à ses amis. Tous les faits que vous rapportez sont incontestables. Je ne doute pas que M. le comte de Périgord ne trouve fort bon que vous lui adressiez cette lettre, et que vous la rendiez publique. Pour moi, je vous avoue que je n’affecte point avec vous une fausse modestie, et que je vous ai une très grande obligation.
Le livre du jésuite Nonotte 3 vient d’être réimprimé sous le nom d’Amsterdam , mais l’édition est d’Avignon. Les partisans des prétentions ultramontaines soutiennent ce livre ; mais ces prétentions ultramontaines, qui offensent nos rois et nos parlements, n’ont pas un grand crédit chez la nation. C’est servir la religion et l’État que d’abandonner les systèmes jésuitiques à leurs ridicules.
Votre lettre à M. le comte de Périgord m’a tellement échauffé la tête et le cœur que je vous ai répondu en vers par une ode 4 dont voici une strophe :
Qu’il est beau, généreux d’Argence,
Qu’il est digne de ton grand cœur,
De venger la faible innocence
Des traits du calomniateur !
Souvent l’amitié chancelante
Resserre sa pitié prudente ;
Son cœur glacé n’ose s’ouvrir ;
Les amis sont réduits à feindre,
Nous en trouvons cent pour nous plaindre 5,
Et pas un pour nous secourir.
Voici encore une strophe de celle ode :
Imitons les mœurs héroïques
De ce ministre des combats 6,
Qui de nos chevaliers antiques
À le cœur, la tête, et le bras ;
Qui pense et parle avec courage,
Qui de la fortune volage
Dédaigne les dons passagers ;
Qui foule aux pieds la calomnie,
Et qui sait mépriser l’envie
Comme il méprisa les dangers.
Je crois que M. le duc de Choiseul ne sera pas mécontent de ces derniers vers. Il daigne toujours m’aimer ; il m’honore quelquefois d’un mot de sa main.
J’aurai l’honneur de vous envoyer l’ode entière dès qu’elle sera mise au net, et je la ferai imprimer à la suite de votre lettre. Je serai enchanté de joindre votre éloge à celui de M. de Choiseul . Cela paraîtra en même temps que le mémoire des Sirven, dont les avocats ne manqueront pas de vous envoyer quelques exemplaires.
Vous pourrez faire publier votre lettre et l’ode à Bordeaux, pendant que je la publierai à Genève. Je voudrais que vous eussiez la bonté de m’envoyer tous vos titres et ceux de M. le comte de Périgord, pour les placer à la tête.
J’attends vos ordres, et j’ai l’honneur d’être avec les sentiments les plus respectueux et les plus tendres, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
1 Original signé où d'Argence a noté : « Je prie de supprimer le nom de M. le comte de Périgord », demande qui fut ignorée par les éditions de V* ; ici, texte de édition [ornement typographique] /Lettre/de M. de V***,/à M./le marquis d'A***,/le 8 décembre 1766 [1766 ?]
2 Cette lettre est connue . S'adressant à Gabriel-Marie de Talleyrand, comte de Périgord, d'Argence fait un éloge enthousiaste de l'Encyclopédie et de V* . Cette lettre est imprimée sous le titre : [ornement typographique]/Lettre/de M. le marquis d'A***,/ à M. ***, mais seulement en 1769 semble-t-il .
Note de Beuchot : Le comte de Périgord, prince de Chalais, depuis 1753, gouverneur du haut et bas Berry. Cette lettre devait être relative aux affaires des Calas et des Sirven. Voltaire en reparle dans la lettre à d’Alembert du 4 juin 1769 : la distance entre cette dernière lettre et celle à d’Argence de Dirac me paraît bien grande. (B.)
3 Les Erreurs de M. de Voltaire.
4 L’Ode à la Vérité ; voir : . https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome8.djvu/499
5 Dans les éditions de l'Ode à la vérité, ces deux vers apparaissent comme suit : « Son zèle est réduit à tout craindre ;/Il est cent amis pour nous plaindre . »
6 Le duc de Choiseul, ministre de la guerre
01:24 | Lien permanent | Commentaires (0)
07/03/2022
Je ferai donc ce qu’on prétend que disait le cardinal de Bernis au cardinal de Fleury : J’attendrai
... N'en déplaise à tous ceux qui piaffent d'impatience pour débattre avec le candidat Macron, ils n'ont réellement rien à y gagner .
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
6è décembre 1766
Anges excédés et ennuyés, si votre copiste a porté sur la pièce cinq paquets de corrections, il peut fort bien copier encore la sixième ; mais je jure, par tous les sifflets possibles, que ce sera la dernière.
J’apprends d’ailleurs que ce n’est pas pour moi que le four chauffe actuellement . On est occupé de la pomme de Guillaume Tell et de la capilotade d’un cœur qu’on fait manger à la dame de Vergy 1. Je sais que ces barbaries passeront devant ma pastorale. Je ferai donc ce qu’on prétend que disait le cardinal de Bernis au cardinal de Fleury : J’attendrai. J’en suis fâché à cause de l’alibi, car la rage des calomniateurs est montée à son comble.
Les affaires de Genève ne vont pas trop bien. J’ai peur que les médiateurs n’aient le désagrément de voir leurs propositions rejetées ; mais je m’intéresse encore plus aux Scythes qu’aux Genevois.
Vous avez lu sans doute le mémoire contre les commissions 2 ; il y a des fautes , mais il me paraît écrit avec une éloquence forte et attachante. Savez-vous que le dernier projet de Jean-Jacques était de revenir à Genève ? C’était apparemment pour s’y faire pendre . Il ne sera pas fâché de l’être, pourvu que son nom soit dans la gazette.
Le cœur me dit que je recevrai aujourd’hui une lettre de mes anges ; mais je me donne toujours la petite satisfaction de leur écrire, avant d’avoir le grand plaisir de recevoir de leurs nouvelles. Il faut savoir que le courrier de Ferney part à sept heures du matin, et que les lettres de France n’arrivent qu’à deux ou trois heures après-midi.
Respect et tendresse. »
1 Le Guillaume Tell, de Le Mierre, joué le 17 décembre 1766 : https://books.google.fr/books?id=7SpOHGRK0a0C&pg=PA30&lpg=PA30&dq=Guillaume+Tell,+jou%C3%A9+le+17+d%C3%A9cembre+1766&source=bl&ots=jW_0obmTJK&sig=ACfU3U0UA5YgyJi9SNQnqRZxol1oMxkYjA&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjO3J2g_LH2AhUQCxoKHRj5Cw8Q6AF6BAg3EAM#v=onepage&q=Guillaume%20Tell%2C%20jou%C3%A9%20le%2017%20d%C3%A9cembre%201766&f=false
; et la Gabrielle de Vergy, par Buirette de Belloy, représenté à Versailles seulement en 1770 et à Rouen en 1772 : https://books.google.fr/books?id=O_w_AAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=vergy&f=false
2 Par l’avocat Etienne Chaillou de Lisy ; voir : https://gallica.bnf.fr/blog/09022021/des-delits-et-des-peines-de-cesare-beccaria?mode=desktop
. On retrouve ce mémoire à propos de la lettre du 15 décembre 1766 à Damilaville : http://www.monsieurdevoltaire.com/2015/03/correspondance-annee-1766-partie-53.html
, et celle de décembre 1766 au chevalier de Taulès .
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)

