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06/07/2023

la puissance ne cède pas à la raison ; sic volo sic jubeo est d'ordinaire la raison des gens en place

... "ainsi je le veux, ainsi je l'ordonne " , ça ne marche pas à tous les coups .

Ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison !" -  Léléphant - La revue de culture générale

Ideo dicit dominus Coluche !

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

14è décembre 1767 1

Mon cher ami, je reçois votre lettre du 8 du mois avec votre mémoire . Il n'y a , je crois, rien à répliquer ; mais la puissance ne cède pas à la raison ; sic volo sic jubeo 2est d'ordinaire la raison des gens en place . Il faut absolument entourer M. et Mme de Sauvigny de tous les côtés et les empêcher surtout de donner contre nous des impressions qu'il ne serait peut-être plus possible de détruire, quand la place qui vous est si bien due viendrait à vaquer .

J'ai écrit encore à Mme de Sauvigny 3 et je lui ai fait parler . Je me flatte qu'ils ne verront pas votre mémoire ; il les mettrait trop dans leur tort, et des reproches si justes ne serviraient qu'à les aigrir .

Je suis très fâché que vous ayez donné le mémoire à M. Foulon 4. S'il parvient à M. de Sauvigny il sera fâché qu'on dévoile qu'il a déjà demandé la place en question pour d'autres, et surtout pour un receveur général des Finances ; à qui elle ne convient point . Cette démarche que vous rappelez a plutôt l'air d'un marché que d'une protection 5 . L'affaire est délicate et demande à être traitée avec tous les ménagements possibles . Heureusement vous avez du temps . Ne pourriez-vous point trouver quelque ami auprès de M. Cochin, qui est un homme juste, et qui ferait sentir à monsieur le contrôleur général le prix de vos longs et utiles services ?

Je n'aurai probablement aucune réponse de longtemps de M. le duc de Choiseul . On m'a même fait des tracasseries auprès de lui pour les sottes affaires de Genève ; mais c'est ce qui m'inquiète fort peu .

Ne manquez pas , mon cher ami, de m'écrire dès que le titulaire sera près d'aller rendre ses comptes à Dieu . J'écrirai alors sur-le-champ à M. le duc de Choiseul . Malgré tout ce que le sieur Crommelin a fait pour lui persuader que je prenais le parti des représentants, je représenterai très largement pour vous, car vous sentez bien que la place n’étant pas encore vacante, je n'ai pu écrire que de façon à préparer les voies ; et encore m'a-t-il été fort difficile de faire venir la chose à propos dans une lettre où il était question d'autres affaires, écrite à un ministre chargé du poids de la guerre, de la paix et du détail des provinces . Mais quand il s'agira réellement de donner la place qui vous est due, alors il se souviendra que je lui en ai déjà écrit . Je crois même qu’il serait bon que vous préparassiez à l'avance un mémoire fort court pour monsieur le contrôleur général . J’enverrais le mémoire à M. le duc de Choiseul, et il serait homme à le lui donner lui-même .

Je ne sais plus rien de l'affaire des Sirven . Je n'ai point vu l’écrit de la Sorbonne . Le maréchal de Luxembourg arrivera bien tard 6.

Adieu, je vous embrasse, mon très cher ami . Je suis toujours dans mon lit, accablé de maux et d'affaires . »

1 Copies contemporaines ; édition de Kehl qui amalgame à cette lettre quelques mots de la lettre du 19 décembre 1767 : http://www.monsieurdevoltaire.com/2015/07/correspondance-annee-1767-partie-59.html

2 D'après Juvénal, Satires, VI, 223 ; ainsi je le veux, ainsi je l'ordonne .

3 Cette lettre, si elle a existé, ne nous est pas davantage parvenue que la précédente .

4 Joseph-François Foulon, maître des requêtes : https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Fran%C3%A7ois_Foullon

5 Tout le début de ce paragraphe a été supprimé dans la copie Darmstadt B.

6 Cette fois c'est la copie de la Bibliothèque historique de paris aui omet ces deux phrases depui Je n'ai moint vu l'écrit ….

05/07/2023

Il n'y a plus de lois, plus d'honneur, plus de reconnaissance

... chez ces émeutiers de France , voyous avérés, à punir sans trainer . Et que ceux qui parleront de justice expéditive se mettent un moment dans la peau des victimes des vandales . Entendez-vous , mélenchonistes qui approuvent les violences des casseurs et vilipendent les forces de l'ordre . Mélenchon, décidément tu es puant .

 

 

« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu

13è décembre 1767 à Ferney

Votre malingre et affligé serviteur ne peut écrire de sa main à son héros. Tout languissant qu'il est, il compte bien donner non-seulement La Fiancée du roi de Garbe 1, quand il aura quatre-vingts ans, mais encore Le Portier des Chartreux 2 pour petite pièce, que monseigneur fera représenter à la cour avec tout l'appareil convenable.

La prison du prince de Condé, la mort de François second, seraient à la vérité un sujet de tragédie; mais je ne réponds pas de l'approbation de la police. La pièce serait très froide si elle n'était pas très insolente; et, si elle était insolente, on ne pourrait la jouer qu'en Angleterre.

En attendant, si j'avais quelque chose à demander au tripot, ce serait qu'on achevât les représentations des Scythes. On ne les a données que quatre fois 3, et elles ont valu six cents francs à Lekain. Il n'y a plus de lois, plus d'honneur, plus de reconnaissance dans le tripot. J'oserais implorer votre protection comme les Génois mais monseigneur vient à Paris passer six semaines, et partager son temps entre les affaires et les plaisirs ; ensuite il court dans le royaume du prince Noir 14 pour le reste de l'année, et je ne puis alors recourir aux lois, du fond de mes déserts des Alpes.

On m'a mandé que vous aviez abandonné tout net le département dudit tripot; alors je me suis adressé à M. le duc de Duras, afin que mes prières ne sortissent point de la famille. On m'a fait un grand crime dans Paris, c'est-à-dire parmi sept ou huit personnes de Paris, d'avoir ôté un rôle à Mlle Durancy, pour le donner à Mlle Dubois. Le fait est que j'ai écrit une lettre de politesse et de plaisanterie à Mlle Dubois, et qu'il m'est très indifférent par qui tous mes pauvres rôles soient joués. Je ne connais aucune actrice. Le bruit public est que le cul de Mlle Durancy n'est ni si blanc ni si ferme que celui de Mlle Dubois, je m'en rapporte aux connaisseurs, et je n'ai acception de personne.

Vous ne connaissez pas d'ailleurs ma déplorable situation. Si j'avais l'honneur de vous entretenir seulement un quart d'heure, mon héros poufferait de rire. Il sait ce que c'est que l'absence, et combien on dépend quand on est à cent lieues de son tripot . Mais il sait aussi que je voudrais ne dépendre que de lui, et que c'est à lui que je suis attaché jusqu'au dernier moment de ma vie.

A l'égard du jeune homme 5 dont vous avez eu la bonté de me renvoyer la lettre , il est vrai que c'est un des seigneurs les mieux mis et les plus brillants. J'ai peur que sa magnificence ne lui coûte de tristes moments. Je ne me mêle plus en aucune manière de ses affaires. J'ai eu pour lui, pendant un an, toutes les attentions que je devais à un homme envoyé par vous; je n'ai rien négligé pour le rendre digne de vos bontés . C'est maintenant à M. Hennin uniquement à se charger de son sort et de sa conduite. Si vous avez quelques ordres à me donner sur son compte, je les exécuterai avec exactitude; mais je ne ferai absolument rien sans vos ordres précis.

Agréez, monseigneur, avec autant de bonté que de plaisanterie, mon très tendre et très profond respect. »

3 Sur la carrière des Scythes, voir la lettre du 1er avril 1767 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/09/16/j-apprends-qu-une-horde-de-barbares-a-fait-beau-bruit-6401521.html

4 La Guyenne dont le duc de Richelieu est toujours gouverneur .

5 Gallien .

04/07/2023

Plût à Dieu qu’il fût encore à la tête de la littérature !

... Voltaire ?

- Oui, sans doute .

Le XVIIIe siècle en 10 œuvres - Léléphant - La revue de culture générale

https://lelephant-larevue.fr/thematiques/art-et-litteratu...

 

 

 

« A André Morellet

12è Décembre 1767 1

Vous êtes, mon cher docteur philosophe, le modèle de la générosité; c’est un éloge que les simples docteurs méritent rarement. Vous prévenez mes besoins par vos bienfaits. Je vous dois les belles et bonnes instructions que M. de Malesherbes a bien voulu me donner. Cette interdiction de remontrances sous Louis XIV, pendant près de cinquante années est une partie curieuse de l’histoire, et par conséquent entièrement négligée par les Limiers 2 et les Reboulets 3 , compilateurs de gazettes et de journaux. Je ne connais qu’une seule remontrance, en 1709, sur la variation des monnaies ; encore ne fut-elle présentée qu’après l’enregistrement, et on n’y eut aucun égard.

Je vous supplie, mon cher philosophe, d’ajouter à vos bontés celle de présenter mes très humbles remerciements au magistrat philosophe 4 qui m’a éclairé. Plût à Dieu qu’il fût encore à la tête de la littérature ! Quand on ôta au maréchal de Villars le commandement des armées, nous fûmes battus, et lorsqu’on le lui rendit, nous fûmes vainqueurs.

Je suis accablé de vieillesse, de maladies, de mauvais livres, d’affaires. J’ai le cœur gros de ne pouvoir vous dire aussi longuement que je le voudrais tout ce que je pense de vous, et à quel point je suis pénétré de l’estime et de l’amitié que vous m’avez inspirées pour le reste de ma vie.

V. »

1 En guise d'adresse, on lit, de la main de Wagnière :  « Pour le Dictionnaire du commerce. »

4 Malesherbes .

03/07/2023

Il y a des gens qui ont imprimé que si on avait joué la tragédie de Mahomet devant Ravaillac, il n'aurait jamais assassiné Henri IV

... Pour ceux qui ne le savent pas encore "Le Fanatisme ou Mahomet le prophète" est une des plus remarquables pièces du clairvoyant et toujours jeune Voltaire :

https://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/20356

Maintenant vous pouvez comprendre le titre de la note de ce jour .

La censure dont je parlais hier s'est évidemment jetée bec et ongles sur cette pièce dérangeante pour tous les hypocrites de la terre : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Fanatisme_ou_Mahomet_le_Proph%C3%A8te

Jouissance et rififi en Arabie – Langue sauce piquante

Voir la censure de cette miniature : https://www.lemonde.fr/blog/correcteurs/2022/01/21/jouissance-et-rififi-en-arabie/

 

 

 

« A Charles-Georges Fenouillot de Falbaire de Quingey

11 décembre 1767 à Ferney

Je ne peux trop vous remercier, monsieur, de la bonté que vous avez eue de m'envoyer votre pièce 1, que l'éloquence et l'humanité ont dictée. Elle est pleine de vers qui parlent au cœur, et qu'on retient malgré soi. Il y a des gens qui ont imprimé que si on avait joué la tragédie de Mahomet devant Ravaillac, il n'aurait jamais assassiné Henri IV. Ravaillac pouvait fort bien aller à la comédie; il avait fait ses études, et était un très bon maître d'école. On dit qu'il y a encore à Angoulême des gens de sa famille qui sont dans les ordres sacrés, et qui par conséquent persécutent les huguenots au nom de Dieu. Il ne serait pas mal qu'on jouât votre pièce devant ces honnêtes gens, et surtout devant le parlement de Toulouse. M. de Marmontel vous en demandera probablement une représentation pour la Sorbonne.

Pour moi, monsieur, je vous réponds que je la ferai jouer sur mon petit théâtre.

Je suis fâché que votre prédicant Lisimond 2 ait eu la lâcheté de laisser traîner son fils aux galères. Je voudrais que sa vieille femme s'évanouît à ce spectacle, que le père fût empressé à la secourir, qu'elle mourût de douleur entre ses bras; que pendant ce temps-là la chaîne partît; que le vieux Lisimond, après avoir enterré sa vieille prédicante, allât vite à Toulon se présenter pour dégager son fils. Le fond de votre pièce n'y perdrait rien, et le sentiment y gagnerait.

Je voudrais aussi (permettez-moi de vous le dire) que, dans la scène de la reconnaissance, les deux amants ne se parlassent pas si longtemps sans se reconnaître, ce qui choque absolument la vraisemblance.

N'imputez ces faibles critiques qu'à mon estime. Je crois que vous pouvez rendre au théâtre le lustre qu'il commence à perdre tous les jours; mais soyez bien persuadé que Phèdre et Iphigénie feront toujours plus d'effet que des bourgeois. Votre style vous appelle au grand.

J'ai l'honneur d'être, avec toute l'estime que vous méritez, votre très-humble . »

1 Charles-Georges Fenouillot de Falbaire, né à Salins en 1727, mort à Sainte-Menehould le 28 octobre 1800, avait envoyé à Voltaire son ouvrage intitulé la Piété filiale, ou l'Honnête Criminel, drame en cinq actes et en vers, imprimé dès 1767, in-8°, joué sur des théâtres de société, mais qui ne fut représenté sur le Théâtre-Français qu'en 1790.

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles-Georges_Fenouillot_de_Falbaire_de_Quingey

et : https://marie-antoinette.forumactif.org/t3522-madame-fenouillot-de-falbaire-berceuse-du-sieur-beaujon