04/06/2025
Vous devriez bien, quand vous aurez du loisir, ne pas oublier A,B,C,D,E,F, de la Jurisprudence
... Conseil amical au Garde des Sceaux par delà les siècles .
« A Charles-Frédéric-Gabriel Christin fils
Avocat en Parlement
à Saint-Claude
16è décembre 1769 1
Le solitaire de Ferney fait mille compliments au philosophe de Saint-Claude . S'il se portait mieux il pourrait faire donner les étrivières au carme, mais il est trop malade pour entrer dans ces petites discussions . La sottise, et l'insolence du carme aurait été dangereuse au quatorzième siècle, mais dans celui-ci on peut prendre le parti d'en rire . Je me trouve d'ailleurs entre le bon et le mauvais larron, entre Bayle et Jean-Jacques .
Vous devriez bien, quand vous aurez du loisir, ne pas oublier A,B,C,D,E,F, de la Jurisprudence .Voila tout ce qu'on vous demanderait pour le présent, vous auriez tout le temps que vous voudriez pour le reste .
Mme Denis et moi vous souhaitons la bonne année ; nous aurions bien voulu la finir et la commencer avec vous . »
1 Original ; éd. Kehl qui amalgame des versions abrégées de la présente et de la lettre du 11 décembre : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/05/31/pourvu-que-dans-un-mois-on-ait-quelques-morceaux-de-jurispru-6550081.html
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en vertu de ces promesses on n'a rien trouvé
... que des tenues, des non tenues, des presque tenues ô M. Macron : https://www.luipresident.fr/emmanuel-macron/
« Marie-Louise Denis et Voltaire
à Gabriel Cramer
[décembre 1769]
Mme Denis a envoyé chez Jacob chercher les volumes du Siècle de Louis XIV, en vertu de la promesse que monsieur Cramer lui avait faite, et en vertu de ces promesses on n'a rien trouvé . Comme on envoie ce qu'on appelle une barotte 1 à Genève, si ce qu' a promis monsieur Cramer était prêt, cette barotte pourrait le ramener aujourd'hui mercredi . Mme Denis lui fait bien ses compliments .
Le vieil oncle en fait autant et recommande très fort à monsieur Cramer de prendre vite un parti pour l’édition du supplément de l'Encyclopédie 2, attendu que la vie est courte . J'entends la vie de l'oncle, car pour celle d'un homme aussi dodu et aussi gai que monsieur Cramer elle sera celle de Mathusalem. »
1 Patois genevois et romand , du pays de Gex et Savoie : une brouette ; moyen de transport étonnant pour une telle distance . Mme Denis veut sans doute dire un barrot, à savoir une charrette à bras .
Voir Jean Humbert, Nouveau Glossaire genevois, 1852 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50673v/f69.image.r=barrot
2 Apparemment la publication projetée par Panckoucke qui désormais a pris dans l'esprit de V* la forme des Questions sur l'Encyclopédie ; voir lettre d'octobre-novembre 1768 à Panckoucke : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/05/10/dans-une-histoire-il-y-a-toujours-plusieurs-choses-mal-sonna-6497784.html
et 24 mai 1769 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/11/29/on-dit-que-nous-aurons-bientot-des-choses-tres-curieuses-qui-6525103.html
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03/06/2025
cette passion et mes regrets
... Quelques-uns des jours meilleurs : https://www.youtube.com/watch?v=JghXPMixC80&ab_channe...
« A Giovanni Marenzi
15 décembre, au château de Ferney, par Genève.
Monsieur,
J’ai soixante-seize ans, je suis très malade ; j’ai été sur le point de mourir ; ainsi vous aurez la bonté de m’excuser si je ne vous ai pas remercié plus tôt. Vous nous avez ressuscités, Zaïre et moi 1 ; vous faites des vers italiens comme j’en voudrais faire de français, si j’avais encore la force de m’amuser à ce charmant badinage ; mais l’état où je suis ne me permet tout au plus que de vous remercier en prose du fond de mon cœur. J’ai toujours désiré vainement de voir l’Italie ; on ne peut avoir une passion plus malheureuse ; vous augmentez, monsieur, cette passion et mes regrets. Autrefois mes compatriotes faisaient un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette ; j’en ferais un au tombeau de messer Ariosto, si je n’étais pas trop près du mien ; mais je viendrais surtout voir celui qui m’a bien voulu embellir.
J'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments que je vous dois,
monsieur,
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
1 Il avait traduit la tragédie de Voltaire. (G.Avenel).
Mais on ne connaît pas cette traduction italienne .
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Il y a beaucoup de gens dans ce monde qui persécutent les vivants et les morts
... No comment .

« A Guillaume Madur du Lac 1
Ferney 15 décembre 1769 2
Monsieur,
Si je n'avais pas été en train de tâter de mon cimetière, je vous aurais félicité plus tôt de votre victoire sur les ennemis des cimetières en plein air . Il y a beaucoup de gens dans ce monde qui persécutent les vivants et les morts ; vous me paraissez prendre en main la cause des uns et des autres .
Vous pensez bien juste sur les véritables pauvres et sur certains mendiants . Le dernier pape 3 canonisa, il y a deux ans, un de ces porte-besaces 4, et les gueux ses confrères y ont dépensé quatre cent mille écus que les peuples ont payés .
Voilà , monsieur, où nous en sommes dans le siècle de la raison . Jugez si nous avons besoin d'êtres pensants qui vous imitent dans votre courage et dans vos succès . Je suis vieux comme Moïse, et je ne peux que lever les mains au ciel, comme lui 5, pendant que vous vous battez contre les barbares . »
2 Copie contemporaine ; éd. Beuchot . Sur le manuscrit, le destinataire est désigné comme « bailli d'Ambert en Auvergne » . Il avait écrit le 22 novembre 1769 à V* pour lui annoncer qu'il avait, malgré le clergé, fait transférer le cimetière « hors des habitations ».
3 Clément XIII .
4 Allusion à la Canonisation de St Cucufin . Dans la première édition, le mot est remplacé par pauvres, suivi de et ses confrères, mendiants par état .
5 Exode, XVII, 11 : https://saintebible.com/exodus/17-11.htm
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On n’en parlera qu’après l’arrangement ou dérangement des finances qui va se faire, et après l’extinction de certaines tracasseries qui sont trop longues
... Cependant, le remue-ménage politicard qui précède des élections commence à se faire entendre en vue des municipales de 2026 . On n'a pas fini d'entendre des âneries et de voir d'ambitieux coqs de basse-cour se voler dans les plumes pour la victoire de partis en quête de puissance . Pauvres bêtes , vous passerez à la casserole !
« A Paul-Claude Moultou
à Genève 1
Je vais répondre, mon cher philosophe, à tous les points de votre lettre.
Il n’a point encore été question au conseil d’un conventicule huguenot à Versoix . On n’en parlera qu’après l’arrangement ou dérangement des finances qui va se faire, et après l’extinction de certaines tracasseries qui sont trop longues.
Le libraire qui s’est confié à des théologiens est un grand sot. Ce polisson croit donc être au temps de Calvin. Un jeune homme plein d’esprit, qui a vu son manuscrit, prétend que rien n’est si plat et si obscur. Il dit que rien n’est plus capable de déshonorer la mémoire de votre ancien ami. Ne pourriez-vous pas redemander en justice les manuscrits qui vous appartiennent, en qualité d’exécuteur testamentaire 2 ?
Je vous fais mon compliment sur vos deux galériens. Si c’est par Mme la duchesse d’Enville que vous êtes parvenu à cette bonne œuvre, cela prouve qu’elle a du crédit auprès de M. de Saint-Florentin ; si c’est par vous-même, vous ferez casser la révocation de l’édit de Nantes 3.
Je voudrais bien savoir comment le parlement de Toulouse a validé un mariage fait contre les lois du royaume. Cela n’est pas dans l’ordre des possibles. Il faut qu’il y ait, dans cette aventure, des circonstances qui en changent totalement le fond.
Il est très vrai, Dieu merci, qu’il y a dans ce parlement une douzaine de magistrats aussi philosophes que vous.
Si on ne vous dit rien des Sirven, lisez la dernière Gazette de Berne 4. Vous y verrez que le 17 novembre Sirven a été élargi, avec mainlevée de son bien. Il en appelle au parlement pour avoir des dédommagements. Je n’ai pas un seul exemplaire de Dieu et les Hommes 5.
Votre pauvre Charles Bonnet aurait grand besoin que ses parents le fissent interdire 6.
Voilà, mon cher ami, tous vos articles tirés au clair. Ce qu’il y a de plus vrai dans tout ceci, c’est que je vous aime autant que je vous estime, et, le tout, sans cérémonie.
V.
13è décembre 1769.»
1 Original ; éd. Gaberel limitée à deux brefs extraits déformés ; Taillandier à peine plus complète ; Lettres inédites, 1863, enfin correcte.
2 « J’ai expliqué à M. de Voltaire qu’on m’avait rendu mes manuscrits et qu’on les imprimait en Hollande. » (Note de Moultou).L'ouvrage en question est indubitablement l'édition d'Abauzit par Moultou ; voir lettre du 5 mars 1768 à d'Alembert http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/10/24/assurement-il-n-est-fecond-qu-en-dissensions-et-en-sophismes-6467611.html, et celle du 20 décembre 1769 à Moultou .V* avait certainement vu les annonces de l'édition Chirol et Philibert d'Abauzit dans les Nouvelles de divers endroits du 2 décembre 1769.
— Tous les éditeurs disent qu'il s’agit de Rousseau, et probablement de la première partie des Confessions, or le manuscrit des Confessions n'est parvenu entre les mains de Moultou qu'en 1778 .
3 Il était très-difficile en effet d’obtenir la grâce des galériens protestants. Les hommes convaincus d’avoir assisté au culte étaient envoyés aux galères pour ce seul fait, et Louis XIV avait, formellement défendu de les libérer à l’expiration de leur peine ; quand une fois ils y étaient entrés, même pour un temps limité, ils n’en sortaient plus. On y mêlait systématiquement trois sortes très différentes de condamnés : des protestants, des malfaiteurs, et ce qu’on appelait des Turcs, c’est-à-dire des Algériens, des Barbaresques ou autres Orientaux pris à la guerre. Un de ces forçats libérés, Martheile de Bergerac, a laissé des mémoires qui sont devenus excessivement rares ; c’est un des livres les plus curieux qui existent dans notre langue.
En 1764, Claude Chaumont fut libéré ; Voltaire avait lui-même obtenu sa grâce. L’historien des Églises du désert, tome II. page 424, a publié une lettre d’un pasteur qui présenta Chaumont à son libérateur : « Quoi ! lui dit Voltaire, mon pauvre petit bonhomme, on vous avait mis aux galères ! Que voulait-on faire de vous ? Quelle conscience de mettre à la chaîne et d’envoyer ramer un homme qui n’avait commis d’autre crime que de prier Dieu en mauvais français ! »
En 1769 je ne trouve qu’un seul nom de galérien mis en liberté, Alexandre Chambon, âgé de plus de quatre-vingts ans, dont vingt-sept passés aux galères. Sa libération est en général attribuée au prince de Beauvau.
Dans une autre circonstance, Moultou s’efforça d’obtenir la délivrance d’un autre forçat, père de six enfants très jeunes encore. C’était un nommé Raymond, dont le souvenir et la famille se sont perpétués dans le midi de la France. Par l’intermédiaire de Mlle Curchod de Nasse, qui fut plus tard Mme Necker, Moultou fit agir la duchesse d’Enville. Malheureusement Mme d’Enville s’adressa à M. de Saint-Florentin, persécuteur opiniâtre et sans pitié. Il répondit : « Cette affaire regarde M. le duc de Choiseul (ministre de la marine) ; mais, s’il faisait sortir Raymond, je le ferais, moi, charger de chaînes. » (Correspondance inédite de Moultou.)
Il résulte d’une autre lettre de Voltaire (à d’Argental, en date du 17 juin 1764 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/07/25/les-ecailles-tombent-des-yeux-le-regne-de-la-verite-est-proche.html), que Voltaire avait proposé au duc de Choiseul de transporter à la Guyane comme colons « une trentaine de galériens qui sont sur les chantiers de Marseille pour avoir écouté la parole de Dieu en pleine campagne. » Ils devaient s’embarquer avec chacun mille écus. Voltaire se plaint qu’au dernier moment ils ont manqué de parole et préféré les galères à la Guyane. Mais il nous semble incroyable que ces forçats eussent trouvé dans leurs familles ruinés 90,000 francs pour un pareil établissement.
Ce fut seulement sous Louis XVI, en 1775, que les deux derniers forçats pour la foi, comme les appelaient nos pères, furent libérés. (Note du premier éditeur)
4 Dans son numéro du 9 décembre 1769, mais le compte rendu qu'en fait V* est très approximatif .
5 La publication de cette « grosse brochure » a été annoncée dans une lettre de Charles Bonnet à Théodore Tronchin du 14 octobre 1769.
Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome28.djvu/139
6 Grande injustice (Note du premier éditeur.)
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02/06/2025
La France est une grande dame dont les affaires sont un peu dérangées, mais qui trouve toujours crédit chez les marchands
... Mon pauvre Voltaire si tu voyais la France aujourd'hui et son classement mondial ! Au passage, on peut signaler qu'on peut organiser une célébration monstrueuse pour quelques clampins à crampons qui ont vaincu quelques uns de leurs semblables du pays voisin, dans le même temps que des milliers de sans abri attendent un logement si modeste soit il . Ecoeurant . Panem et circenses , et la déchéance s'avance .

Si seulement c'était temporaire ... au pays des imbéciles heureux
Le Youky i va chercher la baballe !
« A Alexandre-Marie-François de Paule de Dompierre d'Hornoy
13è décembre 1769
Voici le fait, mon cher justicier, qui ne dédaignez pas le plaisir honnête de la comédie .
La succession De Guise doit environ trente mille francs, le duc de Richelieu environ douze . Partagez cela entre vous quatre .
Les titres concernant la succession de Guise sont entre les mains de M. Denis le fils .
Nommez un procureur qui agisse selon vos ordres ; il faudra bien que l'argent vienne .
Sirven a gagné son procès en première instance autant qu’il le pouvait gagner . Les juges qui voulaient le faire rouer ont été obligés de lui ouvrir les prisons, et de lui donner mainlevée du peu de bien qu'il a . il s'adresse au parlement pour des dédommagements que peut-être il n’aura point ; mais ce parlement de Toulouse est très favorablement disposé pour lui ; il y a une douzaine de jeunes philosophes qui feront leurs efforts pour expier le sang de Calas en protégeant Sirven . J'ai la main heureuse depuis quelque temps .
Rumor ad nostras Allobrogas aures pervenit 1
de certains arrangements de finances qu'on doit proposer à votre parlement de Paris, ou qu'on a déjà proposés, ou qu'on ne proposera point . La France est une grande dame dont les affaires sont un peu dérangées, mais qui trouve toujours crédit chez les marchands .
J’embrasse M. le Turc ; je m'afflige avec lui des déconfitures de Moustapha, mais je m'en réjouis avec l'impératrice Catherine .
Mme de Florian ne revient-elle pas incessamment ? »
1 Une rumeur est parvenue à nos oreilles allobroges ; d'après Virgile, L'Enéide, IX, 395 : « Nec longum in medio tempus, cum clamor ad auris » = « Il ne faut pas longtemps avant qu'un cri parvienne à ses oreilles . »
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