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17/09/2025

je trouve très bon qu’on prenne les rescriptions des financiers qui ont gagné beaucoup en pillant l’Etat ; mais je trouve très mauvais qu’on prenne le patrimoine des particuliers, et qu’on ruine des familles innocentes

... M. Lecornu sera-t-il inspiré comme Voltaire pour prendre l'argent où il est en quantité ? Voir : https://www.youtube.com/watch?v=P69kRcHKeIQ&ab_channe...

Qu'en pensent les "riches" ? Combien rapporteraient-ils ?

 



« A Philippe-Antoine de Claris , marquis de Florian

Le 7 Avril [1770] 1

Mon cher grand-écuyer, il faut que frère François mette tout au pied de son crucifix. Les livres qui font ma consolation ne me viennent point . Il faut que l’abbé Terray ait arrêté les guimbardes sur la route avec les rescriptions. Il m’a pris tout mon bien de patrimoine, et fort au-delà. Non seulement il me traite en capucin, mais il me traite en évêque. Il veut que je meure banqueroutier comme la plupart de nosseigneurs. Le bon Dieu soit loué ! La fin de la vie est triste, le milieu n’en vaut rien, et le commencement est ridicule.

M. de Laleu a trop d’affaires pour m’avoir jamais entendu. Je lui ai toujours dit que le plaisir que me faisait M. de La Borde  était de m’épargner sept à huit pour cent, pour le change et pour la conversion de l’argent de Genève en argent de France.

Au reste, je trouve très bon qu’on prenne les rescriptions des financiers qui ont gagné beaucoup en pillant l’Etat ; mais je trouve très mauvais qu’on prenne le patrimoine des particuliers, et qu’on ruine des familles innocentes. Vous vous en sentirez comme moi, messieurs ; je vous exhorte à entrer, comme moi, dans l’ordre des capucins.

Je remercie bien le conseiller du Parlement 2 de la bonté qu’il a pour l’affaire de mon benêt de Franc-Comtois. Je le prie de vouloir bien me mander combien cela aura coûté de frais. J’enverrai sur-le-champ une lettre de change, en dépit de M. l’abbé Terray.

Si j’avais des rescriptions sur le grand Turc, l’impératrice de Russie me les ferait bien payer. Je crois vous avoir dit qu’elle m’a mandé 3 qu’elle ne manquerait ni d’hommes ni d’argent . Tout le monde n’en peut pas dire autant.

Genève se dépeuple, mais le contrôleur général de France leur paie toujours quatre millions cinq cent mille livres de rente. Pourquoi ne pas prendre cet argent, au lieu du nôtre ?

Allez au plus vite jouir des douceurs de la campagne avec madame de Florian. Nous sommes enchantés d’apprendre que sa santé s’est rétablie.

Nous vous embrassons vous et elle, et le Grand conseil et le Parlement 4.

Fr . François. »

1 Copie Beaumarchais-Kehl qui omet sur la route à la quatrième ligne et remplace comme moi par à mon exemple à la vingt et unième .

Voir : https://archives.bge-geneve.ch/ark:/17786/vtaa1dd93e2764cf8fe

2 D’Hornoy. (G.Avenel.)

3Lettre du 30 janvier 1770 donnée en note de la lettre du 2 février 1770 à Catherine II : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/07/08/bien-que-je-ne-sois-ni-sorcier-ni-prophete-j-avais-soutenu-violemment-qu-un.html

4 C’est-à-dire Mignot et d’Hornoy. (G.Avenel.)

16/09/2025

Je sais qu'il règne plus d'un brigandage dans la ville que vous habitez

... Quelques statistiques pour voir : https://ville-data.com/delinquance/classement-des-villes-... 

Pas rassuré ? alors , lot de consolation : https://www.redactionfinanciere.com/l/quelles-sont-les-villes-les-plus-sures-en-france-en-2025

Prêts à déménager ?

 

 

« A Mme Nicolas-Bonaventure Duchesne

7è avril 1770 à Ferney 1

Je suis assurément disposé, madame, à vous rendre tous les services qui dépendront de moi, mais rien n'en dépend . Accablé de vieillesse et de maladies, éloigné de Paris depuis plus de vingt ans, je finis ma vie dans l’obscurité où j'aurais dû passer . Je n'ai aucun privilège pour mes ouvrages ; je n'ai jamais demandé cette grâce, ni pour mes ouvrages, ni aucune à personne, et j’ai laissé tout le monde disposer de mon bien de toute espèce, par la raison que j'en fais très peu de cas .

Je sais qu'il règne plus d'un brigandage dans la ville que vous habitez . Si du fond de ma retraite, et du bord de mon tombeau je pouvais vous être utile vous n'auriez assurément qu'à parler .

J'ai l'honneur d'être avec ces sentiments, madame, votre très humble et très obéissant serviteur

V.

Mme Denis a reçu la lettre de M. Guy, elle ne peut répondre que ce que je vous réponds . Elle lui fait ses compliments et est trop malade pour écrire . »

1 Original . Le même jour, Élie Bertrand écrit à Otterwald, d'Yverdon : « J'ai été bien sot, mon cher ami, de correspondre avec Durez au lieu d'aller à la source . Voilà l'ouvrage encyclopédique sous sa règle et vous l'auriez eu […] Je crois qu'il faut aller à Ferney […] Il vous faut des imprimeurs à tout prix ; surtout si vous négociez à Ferney . Pour cet objet, il sera bon de faire une édition forte, et à bon marché . Toutes les éditions de Voltaire sont chères, grand in-12°, caractère médiocre […]. »

15/09/2025

Vous me dites que le ministère veut protéger l'agriculture ; il ne devait donc pas dépouiller un laboureur de deux cent mille francs qui sont tout son patrimoine

... Comme on le voit, les démêlés entre Etat imposant et agriculteur imposé ne datent pas d'aujourd'hui .

 

 

« A Jean-François-René Tabareau

6è avril 1770 1

Permettez à votre bibliothécaire de demander justice contre toutes les lettres simples qu'on me fait payer dix neuf sous, et qui ne doivent être taxées qu'à 15 ; En voici une de M. Élie de Beaumont 2 . Vous pouvez la lire . Vous verrez, mon cher monsieur, que c'est une simple lettre sans enveloppe . Ce qui peut avoir trompé les taxeurs c'est le double pli qui est d'un côté, et qui a pu faire croire que la lettre était double .

Je suis d'ailleurs assassiné de lettres d'inconnus que je suis obligé de renvoyer 3 . Pardonnez à un pauvre capucin à qui M. l'abbé Terray ravit deux cent mille francs dans sa besace, de ménager des quatre sous.

Vous me dites que le ministère veut protéger l'agriculture ; il ne devait donc pas dépouiller un laboureur de deux cent mille francs qui sont tout son patrimoine . Il faut mettre ces petites aventures comme bien d'autres au pied de son crucifix . »

1 Original ; éd. Kehl ; voir lettre du 1er avril 1770 : il attend apparemment qu'il y ait quelque chose de décidé : VIE DU CHATEAU à FERNEY

2 Lettre non connue .

3 Intéressant témoignage sur les aspects de la correspondance de V* qui nous échappent pour la plus grande partie : les lettres de ces solliciteurs ne devaient pas, en général, être conservées ni même toujours acceptées, le destinataire payant tout ou partie du port .

elle espère encore revenir au mois de mai

... L'hirondelle bien sûr ! De même que certaines mairesses si le 22 mars a été favorable . Que le diable me patafiole si la punaise Dati devient maire de Paris .

 

 

« A Gabriel Cramer

à Genève

Le vieux malade de Ferney sera très consolé et très flatté de recevoir jeudi monsieur Cramer et M. de Tournes 1. Effectivement les nouvelles de Mme de Florian sont tristes . Cependant elle espère encore revenir au mois de mai . 

V.

5 avril [1770] au soir.»