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16/08/2016

, Ce qu’on nous dit dans notre enfance nous fait une impression durable, et j’étais destiné à ne rien oublier de ce qu’on disait

...Et je n'ai (presque) rien oublié .

Comme tout enfant j'ai été crédule sur tout .

En particulier pour le fait religieux attirant par son côté merveilleux, plus fort encore que le père Noël qui, lui, disparait quand on sait lire et que le catéchisme prend le relais .

Ah ! le pouvoir du prêtre représentant de Dieu et lui causant dans une langue inconnue du vulgum pecus qui se contente de la répéter comme un perroquet .

Oh ! les pénibles messes basses où l'on ne voit que le dos du curé qui bon an mal an doit exécuter plus de trois cents gestes rituels le temps d'un office ! La réforme de Vatican II a allégé le protocole catholique , cependant que l'âge de raison me venait sans intervention divine, et je me passe  fort bien d'elle, j'ai débranché la prise/l'emprise .

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« A Pierre-Joseph Thoulier d'Olivet

[vers le 10 septembre 1761] 1

Je vous jure, mon cher Cicéron, que le chanoine de Reims a très mal vu. Les princes du sang se sont mis en possession de venir prendre la première place sur les bancs du théâtre, quand il y avait des bancs, et il fallait bien qu’on se levât pour leur faire place ; mais assurément Corneille ne venait pas déranger tout un banc, et faire sortir la personne qui occupait la première place sur ce banc.

S’il arrivait tard, il était debout  s’il arrivait de bonne heure, il était assis ; il se peut faire qu’ayant paru à la représentation de quelqu’une de ses bonnes pièces, on se soit levé pour le regarder, qu’on lui ait battu des mains. Hélas ! à qui cela n’arrive-t-il pas ? Mais qu’il ait eu des distinctions réelles, qu’on lui ait rendu des honneurs marqués, que ces honneurs aient passé en usage pour lui, c’est ce qui n’est ni vrai, ni vraisemblable, ni même possible, attendu la tournure de nos esprits français. Croyez-moi, le pauvre homme était négligé comme tout grand homme doit l’être parmi nous. Il n’avait nulle considération, on se moquait de lui ; il allait à pied, il arrivait crotté de chez son libraire à la comédie ; on siffla ses douze dernières pièces ; à peine trouva-t-il des comédiens qui daignassent les jouer. Oubliez-vous que j’ai été élevé dans la cour du Palais par des personnes qui avaient vu longtemps Corneille ? Ce qu’on nous dit dans notre enfance nous fait une impression durable, et j’étais destiné à ne rien oublier de ce qu’on disait des pauvres poètes mes confrères, mon père avait bu avec Corneille . Il me disait que ce grand homme était le plus ennuyeux mortel qu’il eût jamais vu, et l’homme qui avait la conversation la plus basse. L’histoire du lutin est fort connue, et malheureusement son lutin l’a totalement abandonné dans plus de vingt pièces de théâtre ; cependant on veut des commentaires sur ces ouvrages qui ne devraient jamais avoir vu le jour . À la bonne heure on aura des commentaires ; je ne plains pas mes peines.

Tout ce que je demande à l’Académie, mon cher maître, c’est qu’elle daigne lire mes observations aux assemblées, quand elle n’aura point d’occupations plus pressantes. Je profiterai de ces critiques. Il est important qu’on sache que j’ai eu l’honneur de la consulter, et que j’ai souvent profité de ses avis. C’est là ce qui donnera à mon ouvrage un poids et une autorité qu’il n’aurait jamais si je ne m’en rapportais qu’à mes faibles lumières. Je n’aurais jamais entrepris un ouvrage si épineux, si je n’avais compté sur les instructions de mes confrères.

Venons à ma lettre du 20 août ; elle était pour vous seul ; je la dictai fort vite : mais si vous trouvez qu’elle puisse être de quelque utilité, et qu’elle soit capable de disposer les esprits en faveur de mon entreprise, je vous prie de la donner à frère Thieriot. J’ai peur qu’il n’y ait quelques fautes de langage. On pardonne les négligences, mais non pas les solécismes ; et il s’en glisse toujours quelques-uns quand on dicte rapidement. Je me mets entre vos mains à la suite de Pierre, et je recommande l’un et l’autre à vos bons offices, à vos lumières, et à vos bontés.

Adieu, mon cher maître ; votre vieillesse est bien respectable ; plût à Dieu que la mienne en approchât ! Vous écrivez comme à trente ans. Je sens combien je dois vous estimer et vous aimer.

V.

Le président de Ruffey, qui est chez moi, vous fait ses compliments. »

1 La date est fixée notamment par rapprochement avec la lettre du 14 septembre (voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-... ) au même qui fait référence elle aussi à la « lettre du 20 août » (http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/07/25/490b8d596f02afd3eb06f6b8d6215222-5829833.html)

 

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