Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/11/2016

Je ne crains point les fétiches, et les fétiches doivent me craindre

...Afficher l'image d'origine

M'en vais te clouer le bec, incroyant du diable !

 

 

 

« Marie-Louise Denis

et

Voltaire

à Germain-Gilles-Richard de Ruffey etc.

à Dijon

Ferney 4 novembre 1761

Si mon oncle pouvait soupçonner monsieur que j'eusse payé trente pistoles à son insu au président De Brosses je ne doute pas qu'il n'en eût été offensé . Non seulement je n'ai pas voulu le risquer , mais je lui ai montré votre lettre 1. Il sent le motif qui vous l'a fait écrire, et en est aussi reconnaissant que moi .

Mais ce n'est point mon oncle qui fait un procès au président De Brosses, c'est le président qui lui fait un procès pour douze moules de bois .

Je n'entre point ici dans le fond de l'affaire . Je sais seulement que mon oncle après avoir été assigné, lui a offert de ne point plaider, et de prendre pour arbitres monsieur le premier président, monsieur le procureur général, et M. Le Bault, conseiller, ce que le président De Brosses a refusé . Il me semble cependant que des arbitres de cette importance méritaient bien la confiance de M. le président De Brosses, pour une affaire de 20 ou 30 pistoles . Mon oncle lui dit : Si vous avez vendu votre bois avant la signature du contrat de l'acquisition de Tournay, montrez-moi cet acte de vente, et je vous paie celui que j'ai pris . S'il n'y a point d'acte de vente, tout le bois de la forêt m'appartient du jour que j'ai acquis, par les conventions du contrat . Que peut-on répondre à cela ? Je l'ignore . Je déteste les procès, et je souhaiterais fort que le président De Brosses fût plus traitable . Tout le monde ne pense pas comme vous, monsieur, et personne n'a l'honneur de vous être plus inviolablement attaché que votre très humble et très obéissante servante

Denis.

Permettez-moi de faire mille tendres compliments à madame la présidente de Ruffey .

 

J'ajoute mes remerciements à ceux de Mme Denis . Je ne crains point les fétiches, et les fétiches doivent me craindre . Il est clair que le fétiche en question a fait une vente simulée, et un magistrat m'a dit qu'un homme coupable de cette infamie ne resterait pas dans le corps dont est ce magistrat . Je ne présume pas que le parlement de Dijon pense autrement .

Y a-t-il rien de plus simple que mon procédé ? Si vous avez fait une vente réelle, je paie . Si vous avez fait une vente simulée, soyez couvert d'opprobre .

Adieu, monsieur, votre belle âme doit être indignée , la mienne est à vous pour jamais .

V.

N.B. – Il n'y a qu'une voix sur le fétiche . »

1 Cette lettre n'est pas conservée mais doit avoir été écrite en même temps qu'un mot de Ruffey à V* vers le 28 octobre 1761, recommandant la conciliation et la philosophie (« même en vous défendant, vous prostituez à la chicane la plus belle plume de l'univers . » ; voir page 167 : https://books.google.fr/books?id=5sdCAAAAcAAJ&pg=PA167&lpg=PA167&dq=m%C3%AAme+en+vous+d%C3%A9fendant,+vous+prostituez+%C3%A0+la+chicane+la+plus+belle+plume+de+l%27univers&source=bl&ots=LS9nq3-r3u&sig=XEdj0_M1GVkCWERFKYIVBGu6j7I&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjm_sqe8pbQAhWHPBoKHfqNBf4Q6AEIJjAA#v=onepage&q=m%C3%AAme%20en%20vous%20d%C3%A9fendant%2C%20vous%20prostituez%20%C3%A0%20la%20chicane%20la%20plus%20belle%20plume%20de%20l%27univers&f=false)

 

Écrire un commentaire