Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/01/2017

c’est au bonheur dont je jouis que je dois la conservation de ma frêle machine

... Oh ! oui . Quel bonheur d'avoir une vignette 3 sur ma frêle machine à moteur quatre temps pour pouvoir rouler dans la capitale et autres villes d'importance . Rendez-vous compte, si j'avais encore ma vieille Deudeuche de 59, consommant 5 l au cent, je serais porteur d'une affreuse vignette grise, banni des Champs Elysées , sale pollueur de l'air de Mme Hidalgo qui , elle, ne craint pas de prendre l'avion pour ses vacances (pots catalytiques sur les réacteurs ? ça reste à inventer , je crois, non ? ).

 Deudeuche empaillée !

Deuche défunte, empaillée !

 

 

 

« A Pierre-Joseph Thoulier d'Olivet, de

l'Académie française

à Paris

26è janvier 1762 aux Délices 1

Mon cher doyen il arrive toujours quelque contre-temps dans le monde. M. d’Argental confesse avoir égaré votre lettre du 29 décembre, pendant près d’un mois. Je la reçois aujourd’hui, et je vous souhaite la bonne année, quoique ce soit un peu tard ; vivamus, Olivete, et amemus 2. J’en dis autant à mes anciens camarades MM. de La Marche et du Pelot 3. Je vous assure que j’aurais voulu être de votre dîner, eussiez-vous dit du bien de moi à mon nez ; mais, après cette orgie, je serais reparti au plus vite pour les bords de mon beau lac. Je vous avoue que la vie que j’y mène est délicieuse ; c’est au bonheur dont je jouis que je dois la conservation de ma frêle machine. Il est vrai que j’ai actuellement un petit accès de fièvre qui m’empêche de vous écrire de ma main ; mais, malgré ma fièvre, je me crois le plus heureux des hommes.

Vous avez donc présenté votre Dictionnaire 4 au roi, qui ne manquera pas de le lire d’un bout à l’autre. Je me flatte que mes confrères auront la bonté de lire mes remarques sur Héraclius, et de m’en dire leur avis ; rien ne m’est plus utile que ces consultations ; elles me mettent en garde contre moi-même, elles m’ouvrent les yeux sur bien des choses, et elles pourront enfin me faire composer un ouvrage utile.

On m’a parlé d’une comédie intitulée le Droit du Seigneur, ou l’Ecueil du Sage ; on prétend qu’elle est d’un académicien de Dijon, et qu’il y a du comique et de l’intérêt ; notre ami La Chaussée tâchait d’être intéressant pour se sauver ; mais le pauvre homme était bien loin d’être né plaisant.

Atque utinam adjuncta foret vis comica ! comme dit César d’un homme 5 qui valait mieux que La Chaussée .

Avez-vous remarqué que, depuis Regnard, il n’y a pas eu un seul auteur comique qui ait su faire parler un valet comme il faut ? Comment notre nation, qui croit être gaie, a-t-elle rendu la comédie si triste ?

Ce qui n’est pas comique, c’est la réplique de l’abbé Chauvelin à vos anciens confrères 6. Per Deos immortale 7, c’est une philippique. Le petit livre sur l’inquisition 8 est un chef-d’œuvre.

Vive carissime, et dulcissime rerum 9

V.»

1 Manuscrit autographe à partir de Ce qui n'est pas comique ; contresigné « Chammeville ».

2 Vivons Olivet et aimons .

3 Sur du Pelot, première mention dans une lettre du 23 mai 1711 à Claude-Philippe Fyot de La Marche ; on n'a pu l'identifier ; il s'agit peut-être du même condisciple que ce Pellot dont parle Beaune comme étant apparenté à la famille Leclerc de Lesseville (c'est sans doute la famille normande des Le Clerc de Lesserville) et qu'il mentionne dans une lettre adressée à Fyot le 25 juillet 1711 .

4 Voir les Registres de l'Académie française, III, 155-156, 1762 .

5 Plût au ciel que la force comique lui fût aussi accordée par surcroît ! mots attribués à César par Suétone à la fin de la Vie de Térence .

7 De par les dieux immortels .

9 Vivez, vous l'homme ô le plus cher et le plus agréable du monde .

 

Écrire un commentaire