25/08/2026
Cette clause était insoutenable
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On voit poindre une victoire à la Pyrrhus .
« A Bénigne Legoux de Gerlan 1
Ferney, 2 janvier 1771 2
Monsieur,
Avant de répondre à l’article de votre lettre concernant M. De Brosses, souffrez que je vous remercie encore de la générosité avec laquelle vous interposâtes votre médiation entre lui et ma famille . Je dis ma famille, et non moi-même, car il ne s’agissait que de ce qui pouvait appartenir à M. De Brosses après ma mort.
Je m’en étais remis absolument à lui pour le contrat d’acquisition à vie de la petite seigneurie de Tournay. Il l’estima dans le contrat trois mille cinq cents livres de rente : il m’en fit payer quarante-sept mille livres . Je ne l’ai affermée jusqu’à présent que seize cents livres. Je ne me plaignis point ; mais ma famille me fit apercevoir qu’il avait stipulé dans le contrat, entre autres articles onéreux, que tout meuble tout ce qui se trouverait dans le château sans aucune exception lui appartiendrait à ma mort 3. Cette clause était insoutenable. Je lui proposai, en 1767, de prendre monsieur le président, ou qui il voudrait de ses confrères, pour arbitre 4. Il le refusa. Enfin, monsieur, vous voulûtes bien lui en parler, et, quoique son allié, vous le condamnâtes.
Il m’écrivit, en ce temps-là, une lettre pour m’intimider, dans laquelle il me dit : « Quoique je ne blâme point la liberté de penser, cependant, etc…5 » Il me faisait entendre qu’on pourrait m’imputer des ouvrages, et que --Je ne vous en dis pas davantage, monsieur ; il semblait me menacer d’écouler la calomnie, et d’éteindre un procès pour mes meubles et pour ceux de mon fermier dans un procès pour des livres .
Un homme d’un rare mérite qui était chez moi vit cette lettre, et en fut très affligé. Il en a parlé en dernier lieu, lorsqu’il s’est agi de l’Académie française. Quelques personnes zélées pour la liberté académique, et pour l’honneur de notre corps, m’en ont écrit, etc.6
J’ai fait pendant dix ans tout ce que j’ai pu pour obtenir les bonnes grâces de M. De Brosses. Je me flatte d’avoir mérité les vôtres par la confiance que j’ai toujours eue dans vos bontés. Dites-moi ce que vous voulez que je fasse . Je suis à vos ordres.
J’ai l’honneur d’être avec le plus respectueux attachement.»
1 Ancien condisciple du collège Louis-le-Grand , Legouz est né en 1695 . Ancien bailli de la noblesse de Bourgogne, à Dijon. Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9nigne_Le_Gouz_de_Gerland
2 Minute autographe, sauf la date ; copie par Wagnière ; copie contemporaine ; éd. Supplément au Recueil..
3 V* a omis de biffer tout meuble .
4 On ne connaît pas de lettre à ce sujet en 1767, mais voir la lettre du 20 octobre 1761 à De Brosses : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/10/07/vous-vous-preparez-a-accabler-du-poids-de-votre-credit-une-f-5857815.html
et du 19 août 1769 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/03/09/c-est-tout-pour-eux.html
5 Ce contrat est conservé à Dijon ; dans ce document,le président De Brosses répond aux diverses allégations de V*.
6Les deux alinéas qui suivent ont été biffé sur la minute et manquent dans les deux copies, ce qui suggère qu'elles porc-dent l'une et l’autre de ladite minute .
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