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01/02/2017

Vous trouvez dans le fond que je ressemble à ces vieux débauchés qui ont des maîtresses à soixante-dix ans : mais qu’a-t-on de mieux à faire ? Ne faut-il pas jouer avec la vie jusqu’au dernier moment ?

... N.B. - Ceci n'est pas autobiographique . Mais c'est sagement dit . 

Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ... dit-on aussi .

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« Au cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis

Aux Délices 10 février [1762] 1

Puisque vous êtes si bon, monseigneur, puisque les beaux-arts vous sont toujours chers, Votre Éminence permettra que je lui envoie mon commentaire sur Cinna ; elle me trouvera très impudent ; mais il faut dire la vérité : ce n’est pas pour les neufs lettres qui composent le nom de Corneille que je travaille, c’est pour ceux qui veulent s’instruire.

La critique est aisée, et l’art est difficile. 2

Et je sens plus que personne cette énorme difficulté. Je reprendrai sans doute un certain Cassandre en sous-œuvre tant que je pourrai. Je suis trop heureux que vous ayez daigné m’encourager un peu. Vous trouvez dans le fond que je ressemble à ces vieux débauchés qui ont des maîtresses à soixante-dix ans : mais qu’a-t-on de mieux à faire ? Ne faut-il pas jouer avec la vie jusqu’au dernier moment ? n’est-ce pas un enfant qu’il faut bercer jusqu’à ce qu’il s’endorme ? Vous êtes encore dans la fleur de votre âge ; que ferez-vous de votre génie, de vos connaissances acquises, de tous vos talents ? cela m’embarrasse. Quand vous aurez bâti à Vic, vous trouverez que Vic laisse dans l’âme un grand vide qu’il faut remplir par quelque chose de mieux. Vous possédez le feu sacré ; mais avec quels aromates le nourrirez-vous ? Je vous avoue que je suis infiniment curieux de savoir ce que devient une âme comme la vôtre. On dit que vous donnez tous les jours de grands dîners. Eh ! mon Dieu, à qui ? J’ai du moins des philosophes dans mon canton. Pour que la vie soit agréable, il faut fari quœ sentias 3. Contrainte et ennui sont synonymes.

Vous ne vous douteriez pas que j’ai fait une perte dans l’impératrice de Russie : la chose est pourtant ainsi ; mais il faut se consoler de tout. La vie est un songe ; rêvons donc le plus gaiement que nous pourrons. Ce n’est pas un rêve quand je vous dis que je suis enchanté des bontés de Votre Éminence, que je suis son plus passionné partisan, plein d’un tendre respect pour elle.

V. »

1 Le manuscrit est passé en dernier à la vente Sotheby, Londres le 11 juin 1968 . Bernis avait écrit à V* le 4 février 1762 .

2 Destouches, Le Glorieux, II, 5 .

3 Dire ce que tu penses ; Horace, Épîtres, I, 4 .

 

31/01/2017

il est infiniment touché des charmes de madame l’ambassadrice ; mais comme il n’a que soixante et neuf ans, il attend qu’il en ait soixante et douze pour faire sa déclaration.

... J'ai des preuves ...

http://www.lepopulaire.fr/people/2017/01/16/hollande-reme...

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- Pierre ! Feuille ! Ciseaux !   [* Roshambo ! en VO]

 ... - Mister president , j'ai gagné !

[autre sous-titre : - Mme :"J'en fumerai bien une ! - Mr : "Et celle-là , tu la veux ?"]

 

 

 

« A Bernard-Louis Chauvelin

Aux Délices 9 février 1762

Je présente au roi Cassandre mon maître, dans sa maison de campagne d’Ephèse ce projet de négociation 1 de votre excellence. Le roi mon maître 2 est prévenu pour vous de la plus haute estime ; il connaît votre esprit conciliant, fécond, juste, aussi estimable qu’aimable. Il m’a assuré qu’il sent tout le prix de vos conseils, et qu’il en a profité ; mais comme tous les princes ont leurs défauts, je vous avouerai qu’il y a des articles sur lesquels le roi mon maître est têtu comme un mulet. Il dit qu’on le regarderait en Macédoine comme un imbécile, s’il ignorait la naissance d’Olympie élevée dans sa cour, tandis qu’Antigone étranger est instruit de cette naissance ; que ses remords alors n’auraient aucun fondement, qu’ils seraient ridicules, au lieu d’être terribles ; que, de plus, cette ignorance de la naissance d’Olympie rentrerait dans les intrigues vulgaires de cent tragédies où un prince reconnaît dans sa maîtresse une ennemie ; et qu’enfin ce que vous croyez capable de soutenir l’intérêt serait capable de le détruire. Il m’a ajouté que les éclaircissements, les préparations, les longues histoires que cet arrangement exigerait jetteraient un froid mortel sur un sujet qui marche avec rapidité et qui est plein de chaleur. Je lui ai représenté toutes vos raisons, rien n’a pu le faire changer de sentiment. Assurez, me dit-il, M. l’ambassadeur d’Athènes qu’en tout le reste je défère à ses avis, que je suis pénétré pour lui de la plus vive reconnaissance, que je lui présenterai Olympie, si jamais il passe par la Macédoine 3 pour aller en Asie.

Je vous confierai qu’il est infiniment touché des charmes de madame l’ambassadrice ; mais comme il n’a que soixante et neuf ans, il attend qu’il en ait soixante et douze pour faire sa déclaration.

Pour moi, monsieur, il y a longtemps que je vous ai fait la mienne, et que je vous suis attaché bien respectueusement avec la plus tendre reconnaissance.

V.

Savez-vous que je perds infiniment dans l’impératrice de Russie ? Vous ne m’en soupçonneriez pas. »

1 Voir lettre du 8 février 1762 à d'Argental : « Les Espagnols ne se pressent pas . »

2 Cassandre .

3 C'est-à-dire Ferney pour aller à Versailles .

 

j’ai toujours fait frémir et fondre en larmes ; mais comme je me défie de l’illusion que peut faire un auteur, je l’ai toujours soumise au jugement des yeux, qui sont plus difficiles que les oreilles

... Je confirme .

Mes oeuils [sic] et mes oreilles qui sont également difficiles ne m'ont pas fait pleurer au son de la déclamation/déclaration d'amour de François envers Pénélope ; belle scène de mélo, sans plus , François pédale dans les rillettes  . L'amour rend aveugle, dit-on, lui, il l'a rendu simplement et facilement généreux avec l'argent des autres,  car il n'y a pas de petit profit ( "un seul compte bancaire" , dixit le profiteur, la belle excuse )  . Comment peut-on encore faire confiance à un authentique égoïste / faux altruiste ? Est-ce en souvenir de son passé d'assistant parlementaire de feu Joël Le Theule, place obtenue par le piston de maman Fillon, que FF se montre d'une générosité hors norme ? Peut-être est-il tout simplement un disciple de Jacques Séguéla : "Si à cinquante ans tu n'as pas une Rolex ( en l'espèce un manoir et une voiture de sport ), tu as raté ta vie !" ?

Pour mémoire, - en comparaison,- demandez à un pompier combien il touche pour risquer sa peau .

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 A ce couple Fillon, je dédie : Ces gens-là !

https://www.youtube.com/watch?v=JxqNP2O4N1w

 

 

« A Marie-Elisabeth de Dompierre de Fontaine

8 février 1762 1

Ma chère nièce, voilà Cassandre tel que je l’ai fait lire à M. le cardinal de Bernis, à M. le duc de Villars, à M. de Chauvelin, à des connaisseurs, à ceux qui n’ont que l’instinct. Tous l’ont également approuvé.

Je voudrais que vous donnassiez un jour à dîner à d’Alembert et à Diderot : il y a aussi un Damilaville, premier commis du vingtième ; c’est la meilleure âme du monde, c’est mon correspondant, c’est l’intime ami de tous les philosophes ; vous pourriez mettre mademoiselle Clairon de la fête. Je ne sais pas si on la récitera jamais comme je l’aie lue ; j’ai toujours fait frémir et fondre en larmes ; mais comme je me défie de l’illusion que peut faire un auteur, je l’ai toujours soumise au jugement des yeux, qui sont plus difficiles que les oreilles.

Quand tout cela sera fait je vous écrirai que je ne me soucie point qu'on joue Cassandre . J'abandonne Paris à la Comédie-Italienne réunie avec l'Opéra-Comique 2 contre Cinna et contre Phèdre . Je crois Cassandre très singulier, très théâtral, très neuf ; c'est précisément pour cela que je ne veux pas qu'on le joue .

Je me suis avisé de mettre des notes à la fin de la pièce . Ces notes seront pour les philosophes. J’y révèle les secrets des anciens mystères . L’hiérophante me fournit le prétexte d’apprendre aux prêtres à prier Dieu pour les princes, et à ne pas se mêler des affaires d’État. Je prends vigoureusement le parti d’Athalie contre Joad . Tout cela m’amuse beaucoup plus qu’une représentation que je ne verrai pas, qui n’est pas faite pour les partisans d’Arlequin et que le petit Fleury dénoncerait peut-être à la cohue des enquêtes . »

2 Sur la fusion de ces deux théâtres, voir aussi lettre du 16 février 1762 aux d'Argental ; après de longs démêlés, l'Opéra-Comique successeur des théâtres de la Foire, avait été fondu avec la Comédie-Française par ordre des gentilshommes de la chambre ; l'ouverture du nouveau théâtre se fit le 3 février 1762 ; on joua avec un grand succès deux comédies de Sedaine .Voir : http://www.forumopera.com/v1/opera-n16/comique_bourgogne.htm

 

30/01/2017

Que Socrate, Platon, Lucrèce, Epictète, Marc-Antonin, Julien, Bayle, Shaftesburi, Bolingbroke, Middleton, aient tous mes chers frères en leur sainte et digne garde !

... Telle fut la conclusion du discours de Manuel Valls  [ NDLR --  James estime que le "Bonne chance" adressé à Hamon était un peu sec et méritait développement ], hier au soir, partagé entre les larmes ( dur de se retrouver au chomedu ) et la satisfaction de se tirer de ce guépier électoral qui n'allait que faire reculer l'échéance de la défaite de deux mois et demi . Je peux me tromper .

Il veut se "réinventer", selon ses termes, ce qui signifie qu'il va encore jouer, je dis bien "jouer" un nouveau rôle, parader ? ou faire un ré-inventaire avant soldes ? Mais quand sera-t-il lui-même ?

 Pour ceux qu'un rien émeut , sortez vos mouchoirs : http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/29/primaire-de-la-ga...

 Et pour ceux qui aiment l'humour : http://www.tuxboard.com/gaspard-proust-et-le-discours-de-...

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C'est fait ! Bravo Manuel ! Parole tenue : Hamon ( rassembleur ?! ) est choisi .

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

8 février [1762]

Cher frère, que le Dieu de nos pères m’a donné, lisez cette lettre 1 à cachet volant, et envoyez-la.

Puisqu’il n’y a eu que neuf représentations 2, il faut, mon cher frère, en donner tout le profit à frère Thieriot ; je trouverai d’ailleurs le moyen de récompenser la personne qui devait partager. Je ne vois pas sur quoi l’on s’obstine à me croire l’auteur de L’Écueil du Sage, puisque j’ai toujours mandé que je ne le suis pas. Si les comédiens avaient une certitude que cette pièce est de moi, ils seraient très fâchés que j’en eusse abandonné le profit à d’autres qu’à eux. Au reste, Nanine n’eut pas tant de représentations, et le Droit du Seigneur vaut mieux que Nanine.

Oh ! le bon livre que le Manuel 3 des monstres inquisitoriaux ! ut, ut, est 4. Mon frère aura un Meslier 5 dès que j’aurai reçu l’ordre : il paraît que mon frère n’est pas au fait. Il y a quinze à vingt ans qu’on vendait le manuscrit de cet ouvrage huit louis d’or. C’était un très gros in-4° ; il y en a plus de cent exemplaires dans Paris 6. Frère Thieriot est très au fait. On ne sait qui a fait l’Extrait ; mais il est tiré tout entier, mot pour mot, de l’original. Il y a encore beaucoup de personnes qui ont vu le curé Meslier . Il serait très utile qu’on fît une édition nouvelle de ce petit ouvrage à Paris : on peut la faire aisément en trois ou quatre jours. On dit, mes chers frères, qu’on y a imprimé une petite feuille intitulée le Sermon du rabbin Akib. M. le duc de La Vallière, qui est ramasseur de rogatons, me prie de chercher cette feuille, que je ne peux trouver : il est expédient que mes frères l’envoient à Versailles, à M. le duc de La Vallière. Au reste, il est bien à désirer que le nom du frère ermite ne soit jamais prôné quand il s’agit de petits envois aux frères.

Les frères Cramer supprimeront soigneusement la préface de l’Oriental. Helvétius est véhémentement soupçonné d’avoir fait cet ouvrage. Est-il à Paris, frère Helvétius ?

Je voudrais savoir quel est l’auteur d’un libelle de l’année passée, oublié cette année-ci, intitulé le Citoyen de Montmartre (4)7.

Que Socrate, Platon, Lucrèce, Epictète, Marc-Antonin, Julien, Bayle, Shaftesburi, Bolingbroke, Middleton, aient tous mes chers frères en leur sainte et digne garde ! »

 

3 Le Manuel des inquisiteurs .

4 Quoi qu'il en soit .

5 Sur Le Testament du curé Meslier, voir lettre du 4 février 1762 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/01/26/il-n-appartient-qu-a-un-siecle-ridicule-de-ne-vouloir-pas-qu-5903627.html

6 Tout cela est exact . Voir Andrew R. Morehouse : Voltaire et Jean Meslier, 1936 ; Le Testament de Jean Meslier fut publié en entier par Rudolph Charles d'Ablaing von Giessengurg, 1864 .

7 Pensées philosophiques d'un citoyen de Montmartre, 1756, de Pierre Sennemaud, qui signait « Jacques Denis » ses attaques contre les philosophes ; voir lettre du 8 mai 1756 à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/07/05/chers-electeurs-est-le-mot-propre-et-on-est-trop-heureux-qua.html