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24/03/2010

je ne peux être utile qu’en disant la vérité.

 

 

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d’Argental

et

à Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d’Argental

 

24 mars 1763

 

             La lettre de mes anges du 15 mars est vraiment un bien bon ouvrage, et mes anges ont tout l’air d’avoir raison ; mais je voudrais qu’on leur donnât par plaisir à commenter Othon, La Toison d’or et Sophonisbe, etc. etc. La patience leur échapperait comme à moi [en commentant l’œuvre de Pierre Corneille]; et si pour se consoler ils relisaient Iphigénie, ils se mettraient à genoux devant Jean Racine.

 

             Que m’importe que Pierre soit venu avant ou après ! Cela n’entre pour rien dans mes plaisirs ou dans mes dégoûts. C’est l’ouvrage que je juge et non pas l’homme. Je veux que Pierre ait cent fois plus de génie que Jean. Pierre n’en est que plus condamnable d’avoir fait un si détestable usage de son génie dans la force de son âge. Je ne peux me plaindre de la bonté avec laquelle vous parlez d’un Brutus ou d’un Orphelin [Brutus et L’Orphelin de la Chine, pièces de V*]; j’avouerai même qu’il y a quelques beautés dans ces deux ouvrages ; mais encore une fois, vive Jean ! Plus on le lit et plus on lui découvre un talent unique, soutenu par toutes les  finesses de l’art. En un mot, s’il y a quelque chose sur la terre qui approche de la perfection, c’est Jean. Je n’ai commenté Pierre que pour être utile à ma pupille et au public [Marie-Françoise Corneille doit bénéficier de la vente de l’édition faite par souscription, ce qui constituera sa dot]; et je ne peux être utile qu’en disant la vérité.

 

             Comme il faut joindre l’agréable à l’utile, voici quelques exemplaires de la Relation du marquis de Pompignan faite par lui-même [ la Relation du voyage de M. le marquis Lefranc de Pompignan depuis Pompignan jusqu’à Fontainebleau adressée au procureur fiscal du village de Pompignan, libelle de V*]. Il y a là je ne sais quoi de naïf qui me fait plaisir.

 

             Vous m’ordonnez de vous envoyer une certaine Olympie, pour laquelle je me refroidissais beaucoup. C’est un enfant que j’étouffais de caresses. Quand il était au berceau je l’aimais trop, et peut-être à présent je ne l’aime pas assez ; je crains qu’on ne lui donne du ridicule dans le monde ; car à moins que le bûcher ne soit le plus beau des spectacles, il peut devenir grande matière à sifflets [cf. lettre du 8 mars 1762 aux d’Argental et celle du 30 août 1762 à Collini où il précise les détails de mise en scène]. Je vais sur le champ faire chercher Olympie ; je dois en avoir encore une assez mauvaise copie ; mais je vous l’enverrai telle qu’elle est pour ne pas vous faire attendre.

 

 

             V. »

 

            

 

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