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03/10/2010

Alcibiade faisait couper la queue à son chien pour empêcher les Athéniens de remarquer certaine frasque dont on commençait à parler

http://www.deezer.com/listen-5937336

 

http://www.eleves.ens.fr/home/cuvelier/wwwpolitique/alcib...

Faute de couper la queue du chien, on peut en nos temps modernes : recevoir des parents d'otages, voyager aux quatres points cardinaux, s'agiter, mentir, encenser les uns, vilipender les autres, faire le beau, se réjouir des lapsus (révélateurs) des alliés et des adversaires,...

 

Et comme il fait encore beau :

http://www.deezer.com/listen-5967600

 

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

 

3 octobre [1764]

 

Divins anges, vous avez à étendre vos ailes sur deux hommes assez singuliers ; c'est le petit ex-jésuite en vers, et le petit huguenot Des Buttes en prose [i]. Ce Des Buttes auteur du Dictionnaire trouve vos idées et vos conseils tout aussi bons que le jésuite, et il y défère tout aussi vite. Il m'apporta hier un gros cahier d'articles nouveaux et d'anciens articles corrigés. Je les ai lus, je les ai trouvé à la fois plus circonspects et plus intéressants que les anciens. C'est un travailleur qui ne laisse pas d'avoir quelque érudition orientale et qui cependant a quelquefois dans l'esprit une plaisanterie qui ressemble à celle de votre pays. S'il n'était pas si vieux et si malade, vous pourriez en faire quelque chose.

 

Ce serait un grand coup d'engager frère Marin [ii] à faire imprimer les nouveaux cahiers de frère Des Buttes. Il y aurait assurément du bénéfice, et si on n'ose pas proposer à frère Marin cette rétribution, il peut en gratifier quelque ami. Il peut surtout adoucir quelques teintes un peu trop fortes, s'il y en a, ce que je ne crois pas, car Des Buttes s'est tenu par les cordons.

 

Dans quelques jours on enverrait le reste de l'ouvrage. Il pourrait aisément être répandu dans Paris avant que son diabolique prédécesseur fût connu. Tout ce que je puis dire sur ce livre c'est qu'il n'est point de moi, et que ceux qui me l'attribuent sont des malavisés, des gens sans pitié, des Welches.

 

Je voudrais que mon ami le défroqué servit son ami Des Buttes, qu'il pût faire jouer le drame des Roués pour faire diversion, comme Alcibiade faisait couper la queue à son chien pour empêcher les Athéniens de remarquer certaine frasque dont on commençait à parler.

 

Voici Des Buttes qui entre chez moi. Il ne me donne aucun repos. Il faut donc que je vous en donne et que je finisse.

 

Le paquet du huguenot est adressé à M. le duc de Praslin.

 

Respect et tendresse.

 

N.B.- J'ai reçu deux lettres de frère Marin cachetées de vos armes ou au moins d'un cachet fort approchant. J'ai cru qu'il les avait écrites chez vous et j'en ai été bien aise !

 

J'apprends dans ce moment que votre ami M. Tiepolo vient de mourir [iii]. J'en suis sensiblement affligé. »


i Auteurs fictifs, respectivement d'Octave ou Le Triumvirat, et du Dictionnaire philosophique. Le 10 octobre, d'Alembert , à propos du nom de « Dubut » que V* lui a indiqué : « au lieu du petit ministre Dubut, j'avais imaginé le grand diable Belzébuth ; je me doutais bien qu'il y avait du Buth à ce nom-là, et je vois que je ne me trompais guère. »

ii François-Louis-Claude Marin qui occupe un poste dans les services de la censure et du commerce des livres.

iii L'ambassadeur de Venise, qui était venu se faire soigner par Théodore Tronchin.

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