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20/01/2011

Ce serait aujourd'hui une trop grande impertinence d'entreprendre de faire rire le public

 

 

 

« A Henri-Louis Lekain

 

20è janvier 1770

 

L'oncle et la nièce, mon cher ami, sont aussi sensibles à votre souvenir qu'ils doivent l'être. Nous savons à peu près ce que c'est que la petite drôlerie dont vous parlez i. C'est une ancienne pièce qui n'est point du tout dans le goût d'à présent. Elle fût faite par l'abbé de Châteauneuf quelque temps après le mort de Mlle Ninon Lenclos . Je crois même qu'elle ne pourrait réussir qu'autant qu'on saurait qu'elle est du vieux temps. Ce serait aujourd'hui une trop grande impertinence d'entreprendre de faire rire le public, qui ne veut, dit-on, que des comédies larmoyantes ii.

 

Je crois qu'il n'y a dans Paris que M. d'Argental qui ait une bonne copie du Dépositaire . Je sais de gens très instruits que celle qu'on a lue à l'Assemblée iii est non seulement très fautive, mais qu'elle est pleine de petits compliments aux dévots que la police ne souffrirait pas . L'exemplaire de M. d'Argental est, dit-on, purgé de toutes ces horreurs . Au reste, si on la joue on pourra très bien s'arranger en votre faveur avec Thieriot ; mais il faut que le tout soit dans le plus profond secret, à ce que disent les parents de l'abbé de Châteauneuf qui ont hérité de ses manuscrits.

 

Je ne sais encore ce qu'on fait des Guèbres en province iv, encore moins ce qu'on en fera à Paris, et pour Les Scythes je m'en rapporte à votre zèle, à votre amitié et à vos adorables talents. »

 

ii Référence aux « tragicomédies de La Chaussée » que l'on retrouve dans une lettre à d'Argental du même jour .Page 428 : http://books.google.fr/books?id=kRJEAAAAYAAJ&pg=PA428...

 

iii Assemblée des Comédiens-Français.

 

iv Lettre à d'Argental du 20 janvier 1770 (cf. ci-dessus): « J'ignore encore si on osera jouer à Toulouse la tragédie de La Tolérance ; ce serait prêcher l'Alcoran à Rome . Je sais seulement qu'on la répète actuellement à Grenoble, mais il n'est pas sûr qu'on l'y joue. »

 

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