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11/05/2014

J’aurais parié qu'il aurait donné quelques coups de pied au cul de ses impertinents confrères

... "J'ai proposé, avec le président nigérian Goodluck Jonathan, une réunion des pays limitrophes du Nigeria", a déclaré le chef de l'État français."

Comme je l'ai écrit plus haut, j'attendais plus de votre part Mister président . Peut-être suis-je trop pressé , je tends à prendre mes désirs pour des réalités ; dommage, ce serait jouissif à voir, même si c'étaient des coups de pied occultes (qui, entre nous soit dit, ont toute chance d'être efficaces au pays des grigris et du ngolo ngolo dans la case ).

 A tous les membres de Boko Haram je souhaite ardemment de débarasser la planète de leur présence , en un mot comme en cent, de crever la bouche ouverte . Il n'y a pas d'autres mots pour dire ma haine envers eux .

Islamistes fanatiques, je vous conchie .

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« A David-Louis Constant de Rebecque, seigneur d'Hermenches

major de la garde de Son Altesse Royale etc.

à Lausanne

Aux Délices 26 [mars 1759]

Vous me parlez, monsieur le major des gardes, de courre un lièvre . Vous avez l'air d'en courir plus d'un à la fois et de les prendre . Un pauvre vieillard comme moi n'est plus fait pour la fatigue . Je garderai vos manteaux, c'est le rôle qui me reste . Je suis un peu occupé à présent à rebâtir à la moderne un château du douzième siècle . Je garde mes tours et mes mâchicoulis pour tirer sur le prêtre de Vevey quand il passera sur mes états . Notre ami de Bottens n'a pas eu la fermeté que j'attendais de sa mine noble, et de sa taille de cinq pieds sept pouces et de son caractère . J’aurais parié qu'il aurait donné quelques coups de pied au cul de ses impertinents confrères .

Je pars dans l’instant pour Ferney . Je vais presser cinquante ouvriers premièrement pour être en état de venir aux Rois me présenter en qualité d'Orgon ou de Géronte 1, et ensuite pour avoir de quoi vous recevoir vous et Mme d'Hermenches quand vous nous ferez l'honneur de venir au petit pays de Gex . Vous y ordonnerez un petit théâtre, vous obtiendrez que Mme d'Aubonne y peigne de sa belle main quelque bout de décoration, et qu'elle honore la scène de quelque rôle qu'elle embellira . Mme d'Hermenches fera verser des larmes . Vous nous enchanterez par l'universalité de vos talents . Nous vous donnerons une fête de village . Vous serez complimenté par le bailli, et les sujets vous salueront de trois salves . Nous avons un tambour dont nous allons faire recoudre la peau . Je ne suis pas trop bien dans la mienne . Ma santé n’est pas des plus brillantes, mais mon cœur sera à vous tant qu'il battra dans son léger et chétif étui . Toute ma famille présente ses obéissances à monsieur et madame d'Hermenches et à toute votre famille .

V. »

1 Orgon dans Tartuffe, Géronte dans Le Médecin malgré lui, Les Fourberies de Scapin de Molière et dans Le Mentor de Corneille .

 

10/05/2014

mes héritiers n'étant pas tenus de payer ces 12000 livres, je ne dois pas être tenu de payer aujourd'hui le centième d'un argent dont le fonds serait nul

...

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« A Antoine-Benoit Girard de Propiac

directeur général des fermes

à Dijon

Aux Délices près de Genève 28 mars 1759 1

J'ai l'honneur de faire observer à messieurs les fermiers généraux

1° Que j'ai commencé par demander leur avis et que je me soumets sans aucun procès à la décision de M. Chauvelin 2 sur l'affaire du centième denier qu'on exige pour la terre de Tournay, terre de l’ancien dénombrement de Berne et de Genève .

2° Que l'on n'a pas accusé juste à messieurs les fermiers généraux, en leur disant que mon contrat porte que je serai obligé de faire pour 12000 livres de réparations . Il est dit expressément que si je meurs dans l'espace de trois années, cette dépense de 12000 livres ne sera pas exigible . Or il est clair qu'en cas de mort dans l'espace de trois années, mes héritiers n'étant pas tenus de payer ces 12000 livres, je ne dois pas être tenu de payer aujourd'hui le centième d'un argent dont le fonds serait nul .

3° Que la terre de Tournay est toute entière dans l'ancien dénombrement de Genève ; que cette terre n'est sujette à aucun droit quel qu'il puisse être ; que ne payant ni taille, ni capitation, ni dixième, ni lods, ni aucun droit , elle ne peut être sujette à celui du centième .

4° Que M. le président De Brosses m'a garanti toutes les franchises, et tous les privilèges, qu'ainsi ce serait à lui qu'il faudrait s’adresser en vertu de la clause particulière du 11 décembre 1758, signée De Brosses 3.

Je prie messieurs les fermiers généraux de peser toutes ces raisons ; et s'il était décidé qu'on dût enlever à la terre de Tournay les privilèges dont elle a toujours joui, je prie qu'on s'adresse à M.  le président De Brosses .

J'ai l'honneur d'être, etc.

Signé : Voltaire

gentilhomme ordinaire du roi etc. »

1 Manuscrit portant la date, signature et adresse de la main de V*, avec en tête la mention « copie de ma lettre à MM. les fermiers généraux », mais cette »copie » fut effectivement envoyée comme le confirme le cachet postal.

2 Voir lettre du 26 mars 1759 à Chauvelin :http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/05/10/j...

 

3 Voir note dans la lettre du 10 décembre 1758 à De Brosses : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/12/25/j...

 

je suis prêt à payer, si je dois

... Je dis bien "si je dois", si vraiment il n'y a pas d'autre solution pour sauver le pays, le président, les ministres et les parlementaires sans oublier les sénateurs, la foule des grands et petits fonctionnaires, et j'ai ici la sensation de réciter la litanie des saints . Franchement, si je m'en réfère au mérite, je ferais plus d'effort pour sauver un chat qui est bien plus méritant et qui en voit des vertes et des pas mûres .

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« A Jacques-Bernard Chauvelin

Aux Délices, 26 mars 1759

J'ose présenter encore que je suis prêt à payer, si je dois .

Mais je supplie monsieur de Chauvelin de lire mon dernier mémoire 1. Je me soumets toujours à sa décision et à ses ordres .

Je lui présente mon respect .

Voltaire. »

1 Voir lettre à Girard de Propiac du 28 mars 1759 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/05/10/m...

 

09/05/2014

Jugez quels sont mes sentiments quand je sais que vous êtes de ce sexe qui a civilisé le nôtre, et sans lequel nous n'aurions été que des sauvages

... Machos de tous poils qui ne savez ni plaire ni instruire, prenez en note !

 

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http://femininlemporte.blogspot.fr/2011_10_01_archive.html

 

 

 

« A Octavie Belot 1

(A monsieur Thieriot pour

rendre s'il lui plait à Madame Belot

à Paris )

Au château de Tournay par Genève

26 mars [1759]

Madame, l'ami Thieriot qui m'a fait parvenir vos faveurs est un paresseux , et connu comme tel, qui ne m'a pas seulement instruit de votre demeure . Je lui adresse enfin les remerciements que je vous dois . Je ne veux pas passer pour ingrat quand vous m'avez fait votre redevable et votre admirateur . Je serais enchanté de vos ouvrages si vous n'étiez qu'un homme . Jugez quels sont mes sentiments quand je sais que vous êtes de ce sexe qui a civilisé le nôtre, et sans lequel nous n'aurions été que des sauvages comme Jean-Jacques veut que nous soyons . La plupart des personnes de votre espèce n'ont réussi qu'à plaire . Vous savez plaire et instruire . On m'a dit , madame, que votre société est aussi aimable que vos livres . Vous avez voulu me consoler en me procurant le plaisir de vous lire, du malheur de ne pouvoir vous entendre, et m'avez inspiré une reconnaissance avec laquelle je serai toute ma vie, madame, votre très humble et très obéissant serviteur .

Voltaire. »2

1 Octavie Belot, née Guichard : http://fr.wikipedia.org/wiki/Octavie_Guichard .

2 Le volume contenant les lettres de V* à Mme Belot a été jadis entre les mains du comte Anatole de Juigné-Lassigny, Beaune ; vente Vidal-Mégret, Paris 12 mai 1970 .Voir : http://w3public.ville-ge.ch/bge/volage.nsf/Attachments/ms64frameset.htm/$file/ms64.htm

 

08/05/2014

Vous voulez toujours avoir raison, et moi aussi : c'est ainsi qu'on est fait

... Dit en substance notre cher président de la république française lors de sa dernière (en date) interview . Grand bien lui fasse, mais peut-on encore lui accorder le bénéfice du doute ? Si tant est que le doute en politique soit une qualité .

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 Avoir raison, ou presque !

 

 

 

« A M. le baron Albrecht von HALLER

bailli de Roche

par Vevey

à Roche, pays de Vaud.

En bon Genevois, il faut, monsieur, solder mon compte avec vous . Vous avez donné copie de mes lettres et des vôtres ; cela n'est pas dans la règle des procédés ; mais je vous le pardonne parce que j'estime d'ailleurs tout ce que vous avez publié dans le monde .
Vous voulez toujours avoir raison, et moi aussi : c'est ainsi qu'on est fait ; mais comme je sais mieux que vous ce qui se passe dans mon âme, et (c'est la seule chose que je sais mieux que vous), je vous proteste, je vous jure, que je n'ai pas été un instant altéré de toutes ces misères de prêtraille et de typographie dont il a été question . Je suis venu à bout de ce que je voulais : c'est à ceux qui se sont attiré cette mortification à être aussi sages qu'ils sont ennuyeux.

Ne soyez point étonné que Grasset ait eu une médaille de ce bon pape Benoit . Il lui a fait accroire qu'il imprimerait à Lausanne les énormes et inlisibles volumes de Sa Sainteté . Le père de Menoux, jésuite, lui avait bien fait accroire qu'il le traduisait ; et il en a eu un bon bénéfice de deux mille livres de rente ; Grasset peut fort bien être pendu avec sa médaille à son cou ; je ne le souhaite pourtant pas . A l'égard de Servet, je vous estime assez pur croire que vous trouvez sa mort une cruauté de cannibale . Vous êtes physicien, et vous devez respecter celui qui a découvert le premier la circulation du sang ; ce n'est pas assez d'être physicien, je vous crois philosophe ; et j'imagine que je le suis en étant parfaitement libre, et m'étant rendu aussi heureux qu'on puisse l'être sur la terre . Il ne manque à mon bonheur que de pouvoir vous rencontrer et vous témoigner mes sentiments .

A l'égard d'une lettre anonyme très impertinente , vous m'apprenez qu'il y a eu dans le monde un sot nommé Atman et que cet Atman l'a écrite ; dieu veuille avoir son âme 1.

Un autre polisson de prêtre m'écrivit une autre lettre anonyme quand j’eus fait présent de huit louis d'or et d'un cheval à un officier suisse 2 de Lausanne pour l'aider à faire sa campagne ; il me mande que je devais donner beaucoup plus . J'ai reçu plus d'une lettre dans ce goût .

Il résulte de tout cela, monsieur, qu'il y a d'étranges gens et que peu ont l'esprit aussi bien fait que vous . J'aurais eu beaucoup plus de plaisir à vous entretenir de physique, et à m'instruire avec vous, qu'à vous parler de toutes ces pauvretés. Vous devez les mépriser autant que je les dédaigne. Je vous souhaite autant de plaisir dans votre terre de Roche que j'en ai dans les miennes, et me flatte qu'un homme qui a autant d'estime pour vous que j'en ai doit avoir quelque part à vos bontés, le tout sans cérémonie, votre très humble et très obéissant serviteur

V.

Tournay 24 mars [1759] »

1 Cette lettre est une réponse à celle du 16 mars 1759 de Haller . « […] Pour ma part à cette guerre littéraire vous m'avez déjà cru une fois, monsieur,l'auteur d'une lettre de feu M. Altmann, car elle était de lui, comme il me l'a avoué depuis vos plaintes, il ne paraît pas qu'un homme puisse m'estimer s’il me croit capable d’écrire des libelles . Mais je suis tranquille la-dessus . J'ai sans doute écrit des choses faibles, mais je n'ai pas à me reprocher des ouvrages qu'il me convient de désavouer. »

2 Crousaz ; voir lettre du 13 mars 1759 à Haller : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/04/23/j...

 

 

07/05/2014

J'ai trois terres, et trois procès au conseil ; tout cela m'amuse

... Heureuse nature que celle de Voltaire qui contre mauvaise fortune fait bon coeur .

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http://www.terrededance.com/#!Processus-de-cr%C3%A9ation-de-lAuto-Portrait/c1qr3/1 

 [un peu ésotérique, mais bast, il est des sites plus désagréables ou sectaires ]

« A Sébastien DUPONT
Le conseil soussigné est toujours d'avis qu'il faut porter la Goll et les Goll à s'accommoder; que M. Dupont peut avoir des occasions de leur parler, et de les faire trembler sur l'événement du procès ; que, pendant la guerre, il ne sera pas permis d'attaquer M. le prince de Beauffremont, et qu'après la paix il sera très- dangereux de l'attaquer. Ledit conseil se fera fort de faire donner cinquante louis à M. Dupont, par le prince, pour ses peines ; il faut que les Goll en donnent autant ; nous les amènerons là, ou je ne pourrai, car je veux que mon ami. ait cent louis d'or de cette affaire, et que tout soit fini. J'ai trois terres, et trois procès au conseil ; tout cela m'amuse.
Je ne connais point de traité sur l'optimisme, mais une espèce de petit roman du chevalier de Mouy 1, intitulé Candide, ou l'Optimisme. Je l'adresse avec cette lettre à M. Dupont, par le canal de M. Defresnay 2. Le prêtre de Belzébuth 3 qui s'enivre avec des jésuites pourra peut-être être assez ivre pour écrire contre ce roman, avec l'aide du recteur allemand 4. Ce recteur d'ailleurs est le plus impudent personnage, et le plus sot cuistre de l'Europe.
Mille compliments à Mme Dupont ; le conseil embrasse tous les petits enfants.

V. 

Au château de Tournay par Genève, 24è mars 1759.»

1Mouhy , Voltaire l'avait, en 1738, chargé de l'impression du Préservatif; voir tome XXII, page 371. : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4113389/f381.image

2Fils de la directrice des postes de Strasbourg; une lettre de Voltaire, du 18 juin 1764, lui est adressée.

3 Guillaume Rinck von Baldenstein, prince-évêque de Bâle, voir lettre du 14 février 1754 à Marc-Pierre de Voyer, comte d'Argenson :

et du même jour à Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/02/24/quelques-justes-haussent-les-epaules-et-se-taisent.html

Voir aussi : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F17054.php

4Kroust, frère du jésuite qui confessait encore à cette époque madame la dauphine. Voir lettre du 7 janvier 1755 à Dupont : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/11/05/j-ai-peur-que-les-places-d-alsace-ne-dependent-des-dames-de.html

 

06/05/2014

il faut se contenter de penser pour soi, et laisser là le public qui ne mérite pas d'être instruit

...

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Le public me laisse de marbre, si j'ose dire !

 

 

 

« A Élie Bertrand

J'enverrai, mon cher ami, votre amiante 1 à l'Académie de Lyon ; j'aurais voulu quelque chose d'un peu plus piquant, et dont le sujet eût donné plus d'exercice à votre esprit philosophique : envoyez-moi encore quelques petits morceaux afin de faire une cargaison honnête .

Je crois que l'Encyclopédie se continuera, mais probablement elle finira encore plus mal qu'elle n'a commencé , et ce ne sera jamais qu'un gros fatras . J'ai eu la complaisance d'y travailler lorsqu’il y avait encore un peu de liberté dans la littérature ; mais puisque les assassins des rois coupent les ongles aux gens de lettres 2 il faut se contenter de penser pour soi, et laisser là le public qui ne mérite pas d'être instruit .

Je crois les sottises lausannoises tout à fait finies . Mes sentiments pour vous et pour M. et Mme de Freudenreick ne finiront qu'avec ma vie .

La moitié de Genève sortit hier de la ville pour accompagner deux voleurs 3, l'autre moitié va à Lyon pour voir passer des rois 4. Cela est peu philosophe .

V.

21mars [1759] »

1 Il s'agit sans doute du manuscrit de la Dissertatio de amianto parue à Berne en 17560 . http://search.books2ebooks.eu/Record/nb_vtls000642827

2 On retrouvera cette formule retournée pour s'appliquer à la censure et à l'inquisition, notamment dans l'Eloge historique de la raison, composé vers 1774 ; voir : http://fr.wikisource.org/wiki/%C3%89loge_historique_de_la_raison

3 Les frères Pignatelli dont on a déjà parlé, par exemple dans le lettre du 31 décembre 1758 à François Tronchin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/01/19/j-apprends-que-m-tronchin-est-bien-empeche-avec-les-voleurs-5275932.html

4 Louis XV fit un voyage à Lyon destiné à lui faire rencontrer sa fille Marie-Louise-Elisabeth, femme de Philippe, duc de Parme, fils de Philippe V d'Espagne . La princesse mourra de la petit vérole à Versailles le 6 décembre 1759 .