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18/04/2016

Plût à Dieu que vous y goûtassiez les douceurs les plus nécessaires d'une entière indépendance, et que vous pussiez vous livrer à ce noble amour de la vérité sans craindre ses indignes ennemis

... "pussiez" et "noble amour" m'ont fait rire car instinctivement j'ai eu à l'esprit "pucier" qui n'est pas le lieu d'amours toujours nobles, mais plutôt majoritairement des amours roturières . Voltaire ne m'en voudra pas , mon goût pour Frédéric Dard et San Antonio est tout à fait compatible , argot et français du XVIIIè vivent en parfaite harmonie dans une langue vivante . 

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« A Claude-Adrien Helvétius

Par Paris 11 mai 1761 1

Je suppose mon cher philosophe que vous jouissez à présent des douceurs de la retraite à la campagne . Plût à Dieu que vous y goûtassiez les douceurs les plus nécessaires d'une entière indépendance, et que vous pussiez vous livrer à ce noble amour de la vérité sans craindre ses indignes ennemis . Elle est donc plus persécutée que jamais . Voilà un pauvre bavard 2 rayé du tableau des bavards , et la consultation de Mlle Clairon incendiée . Une pauvre fille demande à être chrétienne, et on ne veut pas qu'elle le soit . Eh messieurs les inquisiteurs accordez-vous donc . Vous condamnez ceux que vous soupçonnez de n'être pas chrétiens, vous brûlez les requêtes des filles qui veulent communier . On ne sait plus comment faire avec vous . Les jansénistes, les convulsionnaires gouvernent donc Paris ! C'est bien pis que le règne des jésuites . Il y avait des accommodements avec le ciel du temps qu'ils avaient du crédit , mais les jansénistes sont impitoyables . Est-ce que la proposition honnête et modeste d’étrangler le dernier jésuite avec les boyaux du dernier janséniste ne pourrait amener les choses à quelque conciliation ?

Je suis bien consolé de voir Saurin de l'Académie . Si Lefranc de Pompignan avait eu dans notre troupe l'autorité qu'il y prétendait j'aurais prié qu'on me rayât du tableau comme on a exclu Huerne de la matricule des avocats .

Je trouve que notre philosophe Saurin a parlé bien ferme . Il y a même un trait qui semble vous regarder et désigner vos persécuteurs 3. Cela est d'une âme vigoureuse, Saurin a du courage dans l'amitié ; et Omer ne le fait pas trembler ; il me revient que cet Omer est fort méprisé de tous les gens qui pensent . Le nombre est petit je l'avoue, mais il sera toujours respectable . C'est ce petit nombre qui fait le public . Le reste est vulgaire . Travaillez donc pour ce petit public sans vous exposer à la démence du grand nombre .

On n'a point su quel est l'auteur de l'Oracle des fidèles 4; il n’y a a point de réponse à ce livre . Je tiens toujours qu'il doit avoir fait un grand effet sur ceux qui l'ont lu avec attention . Il manque à cet ouvrage de l'agrément et de l'éloquence . Ce sont là vos armes , daignez vous en servir . Le Nil, disait-on, cachait sa tête, et répandait ses eaux bienfaisantes ; faites-en autant . Vous jouirez en paix et en secret de votre triomphe . Hélas vous seriez de notre Académie avec M. Saurin sans le malheureux conseil qu'on vous donna de demander un privilège 5. Je ne m'en consolerai jamais . Enfin mon cher philosophe, si vous n'êtes pas mon confrère dans une compagnie qui avait besoin de vous soyez mon confrère dans le petit nombre des élus qui marchent sur le serpent et sur le basilic . Je vous recommande l’infâme . Adieu, l'amitié est la consolation de ceux qui se trouvent accablés par les sots et par les méchants . »

 

1 V* répond à une lettre de mars-avril, répondant elle-même à celle de mars 1761, disant notamment : « Je vais mettre vos leçons en pratique ; j'envoie paître les ragots de Paris, et je pars pour la campagne, où je mènerai paître des moutons qui sont à moi . C'est à Lumigny, une terre que j'ai près de Rosay-en-Brie, où je me retire cette année [...] »

3 Discours prononcés à l'Académie française, le lundi 13 avril MDCCLXI à la réception de M. Saurin, 1761 ; dans son discours de réception Saurin défendait la littérature contre ceux qui lui reprochaient de contribuer à la corruption des mœurs . Voir : http://www.academie-francaise.fr/discours-de-reception-de-bernard-joseph-saurin

4 Voir lettre du 8 décembre 1760 à Thieriot : « Votre ouvrage théologico-judéico-rabinico-philosophique est peut-être fort bon mais j'aimerais autant qu'on n'eût pas mis le titre de Berne, et à M. l'oracle des philosophes pour faire croire que c'est moi qui suis le rabin . Heureusement on ne m'y reconnaitra pas . »

et voir lettre du 7 ou 8 mai 1761 à d’Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/04/15/ce-n-est-pas-assez-de-montrer-qu-on-a-plus-d-esprit-que-les-5788704.html

5 Pour De l'esprit .

 

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