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12/10/2014

j'ai donné la préférence au vainqueur de Madras parce qu'il était injustement persécuté

... Sans être dans la tête d'ersatz d'avocats tels que Nicolas Sarkozy et  Rachida Dati qui sont plus doués pour engranger chez eux des sommes disproportionnées par rapport à leurs mérites que pour défendre qui que ce soit dans le besoin, je pense que les valeurs de compassion de Voltaire leur sont totalement étrangères .

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« A Madame de La Cour

Au château de Tournay par Genève

26 septembre 1759

Madame, je vois à la fermeté de vos idées que vous êtes anglaise, et à votre style qu'il faut ambitionner votre suffrage ; vous me rendez justice quand vous dites que j'aime la vérité ; je ne passe pas pour être flatteur ; et lorsque je parlai du siège de Pondichéry dans l'Histoire universelle 1 je n'en parlai que sur les nouvelles publiques confirmées par l'honneur que le roi fit à M. Dupleix de lui donner le grand cordon de Saint Louis quoiqu'il ne fut pas militaire ; je devais croire que le service était réel puisque les récompenses étaient si grandes, et la conservation de Pondichéry est un fait assez important pour que l'histoire en fasse mention . Ce même amour pour la vérité joint à mon horreur contre la persécution m'a fait prendre le parti de M. de La Bourdonnais 2. L'un avait défendu Pondichéry, l'autre avait pris Madras, et j'ai donné la préférence au vainqueur de Madras parce qu'il était injustement persécuté . Je me flatte que ces sentiments ne vous déplairont pas . S'il est prouvé que je me suis trompé vous pouvez être très sûre, madame, que je me rétracterai dans la nouvelle édition qu'on va faire de l'Histoire générale . Si vous daignez, madame, me communiquer vos mémoires sur les choses qui peuvent vous intéresser ils seront pour moi de nouveaux moyens de trouver la vérité que je cherche en tout, et à laquelle je sacrifie . Je voudrais bien que mes sentiments me donnassent quelques droits à votre estime .

J'ai l'honneur d'être avec respect

madame

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire

gentilhomme ordinaire de la chambre du roi . »

1 Plus précisément au Précis du Siècle de Louis XV , chapitre xxix : voir : http://fr.wikisource.org/wiki/Pr%C3%A9cis_du_si%C3%A8cle_de_Louis_XV/Chapitre_29

 

Nous attendons pour faire des répétitions le retour du tyran

... Alors là, vous risquez d'attendre longtemps, le tyran en général ( ou en colonel) n'étant pas homme à quitter sa place .

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« A Louise-Suzanne Gallatin Vaudenet

de Prégny

[vers le 25 septembre 1759] 1

Lorsque V. se présente chez sa voisine, il n'a d'autre affaire, d'autre but, que de lui faire sa cour . Nous attendons pour faire des répétitions le retour du tyran, qui a mal à la poitrine . S'il y a quelques nouvelles de Berlin, monsieur Gallatin est supplié d'en faire part . Mille respects . »

1 La référence au « tyran » montre que la pièce dont il est question est Mérope, qui fut représentée les 3 octobre et 3 novembre 1759 ; voir lettre du 1er octobre à d'Argental : 5691 : « Nous jouons après-demain Mérope sur mon petit théâtre vert et or . »

 

Vos raisins ne sont pas mûrs a-t-il dit . Va les voir ai-je dit . Il a été, il a vu . Vendangez au plus vite, a-t-il dit .

... - Vos projets de lois ne sont pas mûrs , dit François H*.

- Allez  les voir , dit Manuel V***.

François* y a jeté un oeil, n'y a rien compris .

- Dépêchez-vous de ne rien faire , dit le président pour la nième fois .

- Allez vous faire voir, pensa Manuel et son équipe ministérielle .

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Faute de vin , on s'agace les dents sur le verjus .

 

 

« A Louise-Suzanne Gallatin Vaudenet

de Prégny

[25 septembre 1759]

Comment se porte notre malade, notre chère voisine, notre chère fille ?

J'ai été aux vignes, madame . Les guêpes mangent tout ; et ce qu'ils ne mangent point est tout sec . Le vigneron de Mme de Trembley est venu me faire ses représentations . Mes tonneaux ne sont pas reliés 1, a-t-il dit . Différez vendange . Relie tes tonneaux ai-je dit . Vos raisins ne sont pas mûrs a-t-il dit . Va les voir ai-je dit . Il a été, il a vu . Vendangez au plus vite, a-t-il dit .

Qu'ordonnez-vous , madame, au voisin V. ? »

 

Nous sommes exposés jour et nuit, tous les mendiants entrant dans la cour par trois endroits

... Et par moult frontières poreuses et des parcours plus que dangereux . Que soient maudits les passeurs-voleurs qui se foutent de la vie des migrants qu'ils sont cencés mener à bon port .

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 http://fr.wikipedia.org/wiki/Cour_des_miracles

 

 

 

« A François Tronchin

conseiller

Mon cher ami, nous vous avons attendu inutilement à dîner 1. Si vos affaires ne vous permettent pas de venir, ayez la bonté de m'envoyer un homme qui fasse marché et qui vous rende compte . Nous sommes absolument ouverts depuis le pré de Mlle Laurent jusqu'au petit chemin qui conduit à Saint Jean . Le mur de Mirani 2 n'a que six pieds de haut en prenant le bombage du grand chemin, quoiqu’il en ait sept en comptant du ruisseau . Il n'était point dans notre marché qu'il nous laisserait à découvert du côté de Mlle Laurent . Il nous a enlevé nos terres . Tout cela est assez désagréable . C'est à vous, mon cher monsieur, à juger quel remède il y faut apporter . Vous voyez que le temps presse . Nous sommes exposés jour et nuit, tous les mendiants entrant dans la cour par trois endroits . Nous étions bien fermés avant de nous être ainsi sacrifiés . Je vous demande en grâce de vouloir bien nous aider de vos conseils et de vos ordres .

Mardi [25 septembre 1759] »

11/10/2014

Nous attendons aujourd’hui la confirmation de cette fête humaine et gaie

... Ah ! l'humour grinçant de Voltaire .

Il aurait maints motifs à l'exercer de nos jours, les salopards d'islamistes ne manquant pas une seule horreur à commettre .

 Grosse prise de tête(s)

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« A Jean-Robert Tronchin

A dix heures lundi [24 septembre 1759]

Il y a mon cher correspondant, une lettre de Berlin du 12 du mois, qui prétend que le 11 il y a eu une petite action entre le roi de Prusse et les Autrichiens dans laquelle il a perdu 15 mille hommes, et les  Autrichiens 30 mille, le général Daun prisonnier, cinq à six généraux tués de part et d'autre 1. La lettre vint avant-hier par Berne . Nous attendons aujourd’hui  la confirmation de cette fête humaine et gaie .

Que faire ? Se réjouir doucement chez soi . Il nous faudra une cinquantaine de livres de bon chocolat à deux vanilles 2 pour les acteurs et actrices, violonistes, décorateurs et décoratrices, spectateurs et spectatrices . Mais où trouver ce bon chocolat ?

N.B.- La lettre de Berlin est une gasconnade . Serrez, serrez .

Je vous embrasse tendrement .

V. »

1 Tout ceci est une fiction, ainsi que V* le dit à la fin de cette lettre ; il est vrai quand même que Frédéric II avait repris Leipzig le 13 du mois .

 

ma jo voglio fare un buon' baratto, e guadagnare un poco in questo negozio / je veux faire un échange fructueux, et gagner un peu dans cette affaire

... Ce qui a le mérite de la franchise ! ça me rappelle, en me faisant grincer des dents, la nomination houleuse de Moscovici en commission européenne .

 Comment ceci va-t-il finir ?

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 La grenouille/France est en mauvaise posture, mais comme on nous le chante, jusqu'ici on tient le bon bout et le pire n'est pas sûr !

 

« Au marquis Francesco Albergati Capacelli

Au château de Tournay près de Gex route de Genève

24 septembre [1759]

Monsieur, ella mi commanda di mandar le presto presto una tragedia nuova . Sara ubbidita : mi diletto sommamente n'ell' essera abellito da la vostra dotta penna, e da j vostri pregiatissimi virtuosi, ma jo voglio fare un buon' baratto, e guadagnare un poco in questo negozio, voglio tenere dalla sua begninita la traduzzione che s'e degnata di fare delle mia Semiramide, e vi prometto di mander vi quanto prima la nuova tragedia . M'avete dato animo, compongo un dramma, oedifico un teatro e raduno una compagnia di bravi attori, cosi jo comforto la mia vecchiaia . Se io fassi giovane, vorrei andar a Bologna per riverire la sua persona e'l suo teatro . Bisognera indirizare le nostre poetiche mercanzie a qualque valente mercante o banchiere di Milano o di Torino che abbia qualque corrispondenza colla citta di Genevra .1

J'ai l'honneur d'être, monsieur,avec tous les sentiments que je vous dois, votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire

gentilhomme de la chambre du roi très chrétien . »

1 Vous me demandez d'envoyer vite vite une tragédie nouvelle . Vous serez obéi : je me réjouis infiniment de me voir embelli par votre docte plume et par vos virtuoses si estimés, mais je veux faire un échange fructueux, et gagner un peu dans cette affaire, je veux obtenir de votre bénignité la traduction que vous avez daigné faire de ma Sémiramis, et je vous promets de vous envoyer aussitôt la tragédie nouvelle . Vous m'avez encouragé, je compose un drame, j’édifie un théâtre, et je réunis une compagnie de bons acteurs : ainsi je console ma vieillesse . Si j'étais jeune, je voudrais aller à Bologne pour honorer votre personne et votre théâtre . Il faudrait adresser nos marchandises poétiques à quelque honnête marchand ou banquier de Milan ou de Turin qui ait quelque correspondance avec ma ville de Genève .

 

Le temps presse

... Et la vie s'écoule .

Image de vendanges , précoces ou tardives .

Allez ! da mihi potum !

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 Et lâche moi la grappe !

 

« A François Tronchin

conseiller d’État

Il faut prendre un parti sur notre mur, cher monsieur . Le temps presse . Il serait fort triste de n'être pas fermés cet hiver . Voulez-vous nous faire l'honneur de venir dîner avec nous à deux heures ? Nous avons des cailles qu'on dit très bonnes . Nous raisonnerons de bien des choses . Voulez-vous amener Mme Tronchin ? Nous avons grande envie de vous embrasser tous deux .

V.

Samedi [22 septembre 1759] 1»

1 Cette lettre appartient à la seconde série des lettres de 1759 à propos de ce mur ; elle peut être datée par référence à la lettre précédente du 21 courant à Jean-Robert Tronchin, et au retour du destinataire à Genève peu après le 18 septembre 1759 ; voir aussi les lettres à François Tronchin d'avril/ mai 1759 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/06/14/republique-de-geneve-je-vous-aime-5390813.html

; http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/06/13/voyez-si-la-republique-veut-payer-5390756.html