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04/01/2016

Unissez-vous à moi contre les crimes des prêtres

... Oseraient peut-être dire un jour tous les grands prêtres, muphtis, popes, khans, papes et tutti quanti s'ils avaient encore un peu d'amour de la vérité, eux qui vivent de la crédulité populaire . 

 

« A Gabriel Cramer

[4 janvier 1761] 1

Nos prêtres sont fort au-dessus des vôtres, mon cher Gabriel, ils assassinent . La cause du pauvre de Croze qui est mourant l'a emporté sur Tancrède et sur Jeanne . Imprimez je vous prie sans délai la requête du père de ce jeune homme assassiné par son curé . Elle servira du moins à confondre la justice de Gex, si elle ne venge pas ce meurtre . Je vous demande en grâce de ne pas perdre un moment . Le saint jour du dimanche doit être employé à dresser une requête contre ceux qui ont commis un assassinat le dimanche . Unissez-vous à moi contre les crimes des prêtres .

V. »

1 La lettre a été écrite apparemment un dimanche vers cette époque, et en outre le mémorandum est daté du 3 janvier .

 

Soyez gai vous dis-je ; et vous vous porterez à merveilles

...

 

« A Pierre-Robert Le Cornier de Cideville, ancien

conseiller au parlement de Rouen

rue Saint-Pierre

près du rempart

à Paris

Au château de Ferney, pays de Gex

4 janvier 1761 1

Vous vous êtes blessé avec vos armes, mon cher et ancien ami . Il n'y a qu'à ne vous plus battre ; et vous serez guéri . Dissipation, régime, et sagesse, voilà vos remèdes . Je vous proposerais Tronchin, si je me flattais que vous daignassiez venir dans nos petits royaumes . Mais vous préfèrerez les bords de la Seine au beau bassin de nos Alpes . Je m'intéresse beaucoup teretibus suris 2 de notre grand abbé . Vous êtes de jeunes gens en comparaison du vieillard des Alpes . Il ne tient qu'à vous de vous porter mieux que moi : je suis né faible, j'ai vécu languissant ; j'acquiers dans mes retraites de la force et même un peu d'imagination . On ne meurt point ici . Nous avons une femme d'esprit de cent trois ans 3 que j'aurais mariée à Fontenelle s'il n’était pas mort jeune . Nous avons aussi l'héritière du nom de Corneille, et ses 17 ans . Vous savez qu'elle a l'esprit très naturel, et que c'est pour cela que Fontenelle l’avait déshéritée . Vous savez toutes mes marches . Il est vrai que j'ai fait rendre le bien que les jésuites avaient usurpé sur six frères tous au service du roi . Mais apprenez que je ne m'en tiens pas là . Je suis occupé à présent à procurer à un prêtre un emploi dans les galères . Si je peux faire pendre un prédicant huguenot, sublimi feriam sidera vertice 4. Je suis comme le musicien de Dufresnay, en chantant son opéra 5, il fait le tout en badinant . Mais je vous aime sérieusement . Autant en fait Mme Denis . Soyez gai vous dis-je ; et vous vous porterez à merveilles .

Je vous embrasse ex toto corde .

V. »

1 Cette lettre répond à une lettre du 27 décembre 1761 .

2 Aux jambes faites au tour ; d'après Horace, Odes, II, 4, 21 . Cideville écrivait : « […] je me plains [de ma santé] , et l'abbé du Resnel n'est pas encore si bien traité, il végète, il ne se soutient plus sur ses jambes […]. »

3 Mme Lullin ; voir lettre du 9 février 1759 à Louise-Suzanne Gallatin : déjà mise en ligne

4 Je frapperai les astres du sommet de ma tête ; Horace, Odes, I, 1, 36 .

5 On disait que Charles de La Rivière Dufresnay composait ses opéras en les chantant à un ami musicien .

 

je souffre très patiemment qu'on me persécute, mais je ne souffre pas qu'on me rende ridicule

... Ecce homo !

 

 

« A François de Chennevières

De Ferney 4 janvier [1761] 1

Je suis honteux, je me mettrais dans un trou de souris, mon cher correspondant . Je ne réponds qu'en vile prose et qu'en courant à vos aimables vers . Voilà comme sont faits les maçons et les laboureurs , et j'ai l'honneur de l'être . Voulez-vous bien pourtant me mander s'il est vrai qu'on ait joué à Versailles cette Femme qui a raison et qu'on m'impute, et qui est détestablement imprimée ? Le tiers de cet ouvrage est à peine de ma façon : je souffre très patiemment qu'on me persécute, mais je ne souffre pas qu'on me rende ridicule .

J'ai envoyé à M. Sénac un mémoire qui semble concerner son ministère , il s’agit d'un marais qui mît la peste dans mon petit pays . M. Sénac ne se soucie pas qu'on meure entre le mont Jura et les Alpes . Il ne me répond pas .

Je vous embrasse mon cher correspondant. »

1 L'édition Cayrol date la lettre de 1763 ; Moland a eu raison de la dater de 1761 .