14/12/2021
En changeant seulement trois ou quatre mots, et à l'aide d'une petite phrase interpolée, on y outrage cruellement
... La vérité est furieusement bafouée dans le domaine gigantesque du Web : les fake news vibrionnent sans repos ; voir par ex . : https://factuel.afp.com/http%253A%252F%252Fdoc.afp.com%25...

Redoutablement vrai !
« A Etienne-Noël Damilaville
12 septembre 1766
Je me flatte , mon cher ami, de recevoir aujourd'hui ou demain quelques éclaircissements de vous sur le procès de Sirven . Mme la duchesse d'Anville , qui daigne s'intéresser à cette affaire, m'a mandé que plusieurs personnes ne croyaient pas que M. Chaudon convînt pour rapporteur ; c'est à M. de Beaumont de dire ce qu'il en pense et ce qu'il en sait . Je ne ferai rien que sur ses ordres .
Il est bien cruel qu'une affaire si importante ait traîné si longtemps . J’ai intéressé des têtes couronnées à protéger les Sirven ; mais nous n'avons pas encore beaucoup d'appui en France . La pitié s'y épuise trop vite. J'espère que vous et M. de Beaumont, vous échaufferez les cœurs .
Comme les lettres falsifiées dont je vous ai parlé se répandent beaucoup dans les pays étrangers, je crois qu'il est bon de mettre un frein à ce nouveau genre de calomnie et de méchanceté . Il y a une lettre de M. Déodati 1 que je crois maître de langue à Paris . Le crime de faux y est plus dangereux que dans les autres lettres . En changeant seulement trois ou quatre mots, et à l'aide d'une petite phrase interpolée, on y outrage cruellement un des principaux membres du conseil d’État . Cette horreur peut être d'une grande conséquence et faire tort aux Sirven . Je ne sais point la demeure de ce M. Déodati qui m'avait envoyé son livre De l’excellence de la langue italienne . Thieriot n'est point homme à nous aider dans cette affaire ; tout le monde est à la campagne , je ne sais à qui m'adresser . La retraite a ses charmes, mais elle a aussi de cruels inconvénients ; elle nous éloigne de nos amis , et fait avorter toutes les affaires .
Je fais jouer Henri IV 2 demain sur mon petit théâtre pour ma consolation . M'entretenir avec vous vous en serait une plus grande . »
1 Voir notes de la lettre du 9 septembre 1766 à Déodati : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/12/10/vous-ne-refuserez-pas-sans-doute-de-rendre-gloire-a-la-verit-6354212.html
2 La partie de chasse de Henri IV ; voir lettre du 17 avril 1762 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/03/18/2-5922869.html
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13/12/2021
Que de fautes !
... A qui la faute ?
Les petits Français ne lisent plus, écoutent avec ferveur des rappeurs, comptent aveuglément sur le correcteur orthographique de Words et sont fondamentalement fainéants tout comme leurs professeurs qui sont loin d'être des candidats dignes de l'Académie Française .

https://www.leparisien.fr/societe/orthographe-florilege-d...
« A Gabriel Cramer
[vers le 10 septembre 1766]1
Vous êtes un vrai Caro , vous relisez . Que de fautes ! Grand Dieu ! Venez-vous ce soir à Henri IV ? »
1 L'édition Crowley suggère la date de 1756 ; mais les références à la représentation de Henri IV dans les lettres du 12 septembre 1766 à Damilaville et du 14 septembre 1766 à Damilaville permettent de corriger la datation .
14:38 | Lien permanent | Commentaires (0)
Les injures des hommes ne doivent pas vous rendre plus gai,
... ni vous attrister outre mesure, bien qu'elles ne soient que la preuve de leur bêtise : piètre consolation , en vérité .
Et plus gay ? *
Avis aux insulteurs . -- Pour être tolérant, il est bon de connaître l'histoire , y compris celle de la vacherie humaine , comme dit ma maman , et je vous offre un excellent article : https://www.komitid.fr/2018/06/18/la-petite-histoire-meconnue-des-insultes-homophobes/
*NDLR : James ne reste jamais à l'abri de faire un jeu de mots vasouillard .

« A Etienne-Noël Damilaville
10 septembre 1766
Je vous prie, mon cher ami, d’envoyer ce petit billet 1 chez M. de Beaumont. Il m’est venu aujourd’hui deux Hollandais ; j’ai cru que c’étaient les vôtres, mais j’ai été bien vite détrompé. Ô ! que je voudrais, mon cher ami, vous tenir avec Tonpla ! Je suis accablé des idées les plus tristes. Les injures des hommes ne doivent pas vous rendre plus gai. Nous gémirions ensemble, et ce serait une consolation pour nous deux.
Écrivez-moi vite pour désavouer l’imposture de ce malheureux Robinet. Bonsoir, mon ami. Supportons la vie comme nous pourrons. »
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Le temps des vacances est précisément celui qui convient
... chantent en choeur les élèves et leurs professeurs, d'accord pour une fois . Il est à souhaiter qu'ils se fassent vacciner, si ce n'est déjà fait .

Lequel des deux est un fieffé malfaisant ? Choisis ton camp : vaccin ou hosto ?
https://www.pinterest.fr/darnisp/humour-crunch/
« A Jean-Baptiste-Jacques Élie de Beaumont
10 septembre 1766
J’avais exécuté, mon cher monsieur, les ordres que vous m’aviez donnés dans votre première lettre, et j’avais déjà demandé M. Chardon, lorsque votre contre-ordre est venu. Il n’y a rien de gâté ; j’attendrai vos dernières résolutions pour agir. Mme la duchesse d’Anville demandera le rapporteur que vous voudrez. Je vous répéterai toujours que je m’intéresse à votre gloire autant qu’aux Sirven. Je suis persuadé que votre mémoire fera le plus grand effet, et qu’il se débitera avec plus de succès qu’un roman nouveau. Le temps des vacances est précisément celui qui convient à cette affaire. Celle qui regarde le bien de madame votre femme est pour moi d’une plus grande importance . Il me semble qu’il s’agit pour vous d’un bien considérable. Si je vous ai déjà dit que c’est Cicéron qui plaide pour sa maison, je vous le répète.
Permettez que je vous embrasse sans les cérémonies que l’amitié ne connaît pas. Je n’ose en dire autant à Mme de Beaumont ; il faut un peu plus de respect avec les dames. »
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12/12/2021
vous n’en serez que plus heureux en vivant pour vous et pour vos amis : ce qui est au fond la véritable vie
... Quel plus agréable encouragement que celui-ci ?
« A Louis-César de La Baume Le Blanc, duc de La Vallière
9 septembre 1766 1
M. le chevalier de Rochefort, Mgr le duc, ranime ma très-languissante vieillesse, en m’apprenant que vous me conservez toujours vos anciennes bontés. J’en suis d’autant plus flatté qu’on prétend que vous abandonnez vos anciens protégés : Champs, Montrouge, et votre belle collection de livres rares et inlisibles 2. On dit que vous achetez la cabane de Jansen, dont vous allez faire un palais délicieux, selon votre généreuse coutume. Si les bâtiments, les jardins, la chasse, les bibliothèques choisies, éprouvent votre inconstance, les hommes ne l’éprouvent pas. Vos goûts peuvent avoir de la légèreté, mais votre cœur n’en a point. Vous allez devenir un vrai philosophe ; j’entends, s’il vous plaît, philosophe épicurien. Le jardin de Jansen, qui n’était qu’un potager, deviendra sous vos mains le vrai jardin d’Épicure. Vous vous écarterez tout doucement de la cour, et vous n’en serez que plus heureux en vivant pour vous et pour vos amis : ce qui est au fond la véritable vie.
Vous souvenez-vous, monsieur le duc, d’une lettre que j’eus l’honneur de vous écrire, il y a quelques années 3, sur ce monsieur Urceus Codrus, que nous avions pris pour un prédicateur ?
On vient d’imprimer un recueil de quelques-unes de mes lettres, dans lequel ce rogaton est inséré. On m’y fait dire que vous avez délivré les sermones festivi, au lieu de déterré les sermones festivi. On y prétend qu’un marchand a fait la comédie de La Mandragore, et marchand est là pour Machiavel. Ces inepties assez nombreuses ne sont pas la seule falsification dont on doive se plaindre : on a interpolé dans toutes ces lettres des articles très impertinents et très insolents.
Jugez, si on imprime aujourd’hui de tels mensonges, quand ils sont aisés à découvrir, quelle était autrefois la hardiesse des copistes, lorsqu’il était très malaisé de découvrir leurs impostures. On a fait de tout temps ce qu’on a pu pour tromper les hommes : encore passe si on se bornait à les tromper ; mais on fait quelquefois des choses plus affreuses et plus barbares 4 sur lesquelles je garde le silence.
Comme je suis mort pour les plaisirs, je dois l’être aussi pour les horreurs ; et j’oublie ce que la nation peut avoir de frivole et d’exécrable, pour ne me souvenir que d’un cœur aussi généreux que le vôtre, et pour vous souhaiter toute la félicité que vous méritez. J’ai peu de temps à végéter encore sur ce petit tas de boue : je ne regretterai guère que vous et le petit nombre de personnes qui vous ressemblent. Vos bontés seront ma plus chère consolation, jusqu’au moment où je rendrai mon existence aux quatre éléments.
Agréez mon très tendre respect, etc. »
1 Copie Beaumarchais-Kehl . La réponse de La Vallière , du 1er septembre 1766 a été conservée et va tout à fait dans le sens souhaité par V*.
2 Telle est la forme usuelle de ce mot donnée dans le Littré .
3 Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1761/Lettre_4531 . Lettre reproduite pages 20-27 de Lettres de Voltaire à ses amis du Parnasse .
4 Voltaire veut parler du supplice du chevalier de La Barre.
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11/12/2021
Vous ne refuserez pas sans doute de rendre gloire à la vérité
... C'est certain, ce refus serait indigne . Il est malheureux cependant que nous soyons inondés d'affaires où les mensonges, que beaucoup se plaisent à nommer contre-vérités (comme : aveugle = non voyant, sourd = malentendant,etc. ) fleurissent comme la vérole sur le bas clergé breton . Une chatte n'y retrouverait pas ses petits . Ô vérité, sous combien de voiles es-tu désormais cachée ? De quel puits sans fond doit-on te sortir ?

« A G. L. Déodati de Tovazzi
À Ferney, 9è septembre 1766
Vous souviendrez-vous, monsieur, qu’à l’occasion de votre dissertation sur la langue italienne, j’eus l’honneur de recevoir quelques lettres de vous, et de vous répondre 1? On vient d’imprimer une de mes lettres à Amsterdam, sous le nom de Genève, dans un recueil de deux cents pages.
Ce recueil contient plusieurs de mes lettres, presque toutes entièrement falsifiées. Celle que je vous adressai de Ferney, le 24 de janvier 1761 , est défigurée d’une manière plus maligne et plus scandaleuse que les autres. On y outrage indignement un général d’armée 2, ministre d’État, dont le mérite est égal à la naissance. Il est, ce me semble, de votre intérêt, monsieur, du mien, et de celui de la vérité, de confondre une si horrible calomnie. Voici comme je m’explique sur la valeur de ce général :
« Nous exprimerions 3 encore différemment l’intrépidité tranquille que les connaisseurs admirèrent dans le petit-neveu du héros de la Valteline, etc. »
Voici comme l’éditeur a falsifié ce passage 4:
« Nous exprimerions encore différemment l’intrépidité tranquille que quelques prétendus connaisseurs admirèrent dans le plus petit-neveu du héros de la Valteline, lorsque ayant vu son armée en déroute par la terreur panique de nos alliés à Rosbach qui causa pourtant la nôtre ; ce petit-neveu ayant aperçu, etc. »
Cet article, aussi insolent que calomnieux, finit par cette phrase non moins falsifiée : « Il eut encore le courage de soutenir tout seul les reproches amers et intarissables d’une multitude toujours trop tôt et trop bien instruite du mal et du bien.5 »
Une telle falsification n’est pas la négligence d’un éditeur qui se trompe, mais le crime d’un faussaire qui veut à la fois décrier un homme respectable et me nuire. Il vous nuit à vous-même, en supposant que vous êtes le confident de ces infamies. Vous ne refuserez pas sans doute de rendre gloire à la vérité. Je crois nécessaire que vous preniez la peine de me certifier que ce morceau de ma lettre, depuis ces mots, nous exprimerions, jusqu’à ceux-ci, du mal et du bien, n’est point dans la lettre que je vous écrivis ; qu’il y est absolument contraire, et falsifié de la manière la plus lâche et la plus odieuse. Je recevrai avec une extrême reconnaissance cette justice que vous me devez ; et le prince qui est intéressé à cette calomnie sera instruit de l’honnêteté et de la sagesse de votre conduite, dont vous avez déjà donné des preuves 6.
Recevez celle de mon estime, et de tous les sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d’être, monsieur .»
1 Voir lettre du 24 janvier 1761: http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/22/si-le-peuple-a-forme-les-langues-les-grands-hommes-les-perfe-5748670.html
et Stances datées du 1er février 1761 : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome8.djvu/550
2 Le prince de Soubise. Voir page 170 : ttps://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1761/Lettre_4432#170
3 La lettre porte en réalité, exprimerons .
4 Voir Lettres à ses amis du Parnasse page 98.
5 Ibid. page 99 .
6 En réponse à V*, Déodati lui renvoya la lettre qu’il avait fait imprimer « à la suite de [sa] dissertation sur la langue italienne, avec [sa] réponse », en la certifiant « en tout conforme à l'original » qu'il avait reçu, voir le certificat de M. de Tovazzi imprimé dans les journaux. (Kehl) , page 581 : https://fr.wikisource.org/wiki/Appel_au_public/%C3%89dition_Garnier#581
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10/12/2021
on m’a dit être connu de vous
... Qu'en dites-vous Mam'zelle Wagnière ?
« A Adrien-Michel-Hyacinthe Blin de Sainmore
A Ferney, le 9 Septembre 1766 1
Vous m’avez écrit quelquefois, monsieur, et je vous ai répondu autant que ma santé et la faiblesse de mes yeux ont pu le permettre. Je me souviens que je vous envoyai, en 1762 , des vers fort médiocres 2, en échange des vers fort bons que vous m’aviez adressés.
On me mande qu’un homme de lettres, nommé M. Robinet, actuellement en Hollande, a rassemblé plusieurs de mes lettres toutes défigurées, parmi lesquelles se trouve ce petit billet en vers dont je vous parle.
Vous me feriez plaisir, monsieur, de m’instruire de la demeure de M. Robinet, qu’on m’a dit être connu de vous. Je vous prie aussi de me dire quand nous aurons le Racine, pour lequel j’ai souscrit entre vos mains. Je suis bien vieux et bien malade, et je crains de mourir avant d’avoir vu cette justice rendue à celui que je regarde comme le meilleur de nos poètes.
J’ai l’honneur d’être, avec tous les sentiments que je vous dois, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur . »
1 Minute avec cette note de V* : « A M. Blin de Sainmore . Sur mes lettres falsifiées, dit-on,par M. Robinet. » : édition Supplément au recueil, II, 14-45.
2 Ou plutôt en 1761. Voir aux STANCES. (Georges .Avenel.) : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome8.djvu/550
Voir lettre du 15 décembre 1761 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/12/13/les-damnes-sont-ceux-qui-n-aiment-rien-5886536.html
Ces vers parurent dans les Lettres à ses amis du Parnasse , p. 71-72 (page 6, https://voltaire-lire.msh-lse.fr/IMG/pdf/RV_11_1_4_CMervaud.pdf )
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