26/10/2021
il dit peu de chose, il ne m’apprend rien, et me laisse dans ma rage
... ... Qui donc ? le gouvernement .
A qui ? à la Fondation Abbé Pierre qui ne peut que sonner l'alarme encore et toujours face à la recrudescence des expulsions locatives, véritable plaie sociale pour laquelle nulle solution valable n'est donnée : https://www.20minutes.fr/societe/3157119-20211025-logemen...
Que disent les candidats à la présidentielle ? Rien .
Qui serait/sera capable de sacrifier une part de son budget de campagne pour donner quelque secours aux nécessiteux ? Les millions jetés larga manu et inutilement aux sociétés de sondages pourraient , je crois, être plus justement employés ; trop beau pour être vrai .

https://www.fondation-abbe-pierre.fr/outils-et-informations/procedure-expulsion-pour-impaye
« A Jean Le Rond d'Alembert
30 de juillet [1766]
Ma rage vous embrasse toujours tendrement, mon cher et aimable philosophe. Il m’a tant passé d’horreurs par les mains depuis quelques jours que je ne sais plus ce que je vous ai écrit. Vous ai-je mandé que j’avais obtenu de frère Frédéric une gratification pour les Sirven ? Cette goutte de baume sur tant de blessures faites à la raison et à l’innocence, m’a un peu soulagé, mais ne m’a pas guéri. Je suis honteux d’être si sensible et si vif à mon âge. Je m’afflige du tremblement de terre à Constantinople 1, tandis que vous examinez gaiement combien il faut de parties sulfureuses pour renverser une ville dont les dimensions sont données. Je pleure les gens dont on arrache la langue, tandis que vous vous servez de la vôtre pour dire des choses très agréables et très plaisantes. Vous digérez donc bien, mon cher philosophe ; et moi je ne digère pas. Vous êtes encore jeune, et moi je suis un vieux malade ; pardonnez à ma tristesse. Je viens de voir dans la Gazette de France un article du tonnerre qui a pulvérisé une vieille femme ; et le tonnerre n’est point tombé sur les juges d’Abbeville ! Comment cela peut-il se souffrir ?
Si vous savez quelque chose sur Polyeucte et Néarque 2 daignez m’en écrire un petit mot aux eaux de Rolle.
J’ai vu le mémoire des huit avocats 3; il dit peu de chose, il ne m’apprend rien, et me laisse dans ma rage.
Les plénipotentiaires viennent de commencer leurs opérations à Genève, en déclarant Jean-Jacques Rousseau un calomniateur infâme 4. Un parti vient de faire un libelle abominable contre tous les particuliers de l’autre parti. On cherche à pendre l’auteur du libelle. Vernet a fait un nouveau mémoire, mais il ne trouve personne qui veuille l’imprimer ; les libraires y ont été déjà attrapés.
Vivez gaiement, mon grand philosophe ; mais pourquoi les gens qui pensent ne vivent-ils pas ensemble ? »
1 Ressenti à plusieurs reprises du 22 mai au 16 juin 1766, puis le 1er et enfin le 5 juillet ; voir Robert Mallet « Third report on the Facts of Earthquake Phenomena », 1853, British Association for the Advancement of Science : Report […] 1853. Voir : https://www.researchgate.net/publication/274244963_Prevalence_of_Earthquake_Lights_Associated_with_Rift_Environments
2 La Barre et d’Étallonde.
3 Voyez leurs noms dans une note sur la lettre du 16 juillet 1766 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/10/11/arlequins-anthropophages-je-ne-veux-pas-respirer-le-meme-air-6342929.html
4 A la page 3 de la déclaration des médiateurs du 25 juillet 1766 .
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25/10/2021
Soyez au-dessus des bons et des mauvais succès ; mais soyez sensible à l’amitié
... Je ne saurais dire mieux . Tout de bon pour Mam'zelle Wagnière .

« A Jean-François de La Harpe
Au eaux de Rolle en Suisse , par Genève, 28è juillet 1766
Vous partagerez donc vos faveurs, monsieur, entre mes deux nièces, cette année. Vous allez dans le pays du chevalier de La Barre ; il n’y a point de tragédie plus terrible que celle dont il a été le héros ; il est mort avec un courage étonnant, et avec un sang-froid et une raison qu’on ne devait pas attendre des extravagances de son âge. Il était petit-fils d’un lieutenant général fort estimé ; tout le monde le plaint. Il avait commis les mêmes imprudences que Polyeucte, à cela près que Polyeucte avait raison dans le fond, et qu’il était animé de la grâce ; au lieu que son imitateur ne l’était que par la folie. Les larmes coulent volontiers pour la jeunesse qui a fait des fautes, et qu’elle aurait réparées dans l’âge mûr.
Nous vous souhaitons une vie heureuse, dans ce chaos de malheurs et de peines qu’on appelle le monde, dont vous serez un jour détrompé. Soyez au-dessus des bons et des mauvais succès ; mais soyez sensible à l’amitié : elle seule adoucit les maux de la vie. Je vous embrasse du meilleur de mon cœur. »
16:36 | Lien permanent | Commentaires (0)
je vous supplie de la part de l’auteur de faire une très jolie édition
... Grattez, fouillez, faites votre choix : https://www.fnac.com/Tous-les-prix-litteraires-de-la-rentree-2021/cp36004/w-4
Soyons open !
« A Jacques Lacombe
28 juillet 1766 1
J’ai reçu, monsieur, votre lettre du 21 juillet. Quoique je sois ami de l’auteur, il s’en faut bien que je pense de son ouvrage 2 aussi favorablement que vous. Il n’est point du tout théâtral ; mais je pense comme vous qu’on pourra le lire, et que les notes sont curieuses. Vous êtes prié de vouloir bien m’adresser la préface, qu’il faut absolument corriger. On vous la renverra sur-le-champ, et si vous pouvez indiquer une adresse franche par la poste, on s’en servira ; je vous supplie de la part de l’auteur de faire une très jolie édition. On ne vous conseille pas d’en tirer un grand nombre d’exemplaires, par la raison que, si l’ouvrage avait un peu de succès, on y joindrait quelques autres écrits, et cela pourrait vous procurer une seconde édition qui serait recherchée. On vous renouvelle, monsieur, les sentiments d’estime et d’amitié qu’on a pour vous, et c’est de tout mon cœur 3.
Corrections pour la tragédie des Scythes
Acte Ier, scène 1ère
L'olivier à la main, devant moi se présente
mettez
Sur un coursier superbe à nos yeux se présente .4
Sozame ne dit point :
Mais je crains que ma fille au désert enterrée
il dit
Mais je sens que ma fille au désert enterrée,
Du faste des grandeurs autrefois entourée,
Dans le secret du cœur pourrait entretenir
De ses honneurs passés l'importun souvenir.
Acte II, scène 1ère
Obéïde ne dit point :
[…] mon père veut un gendre
C'est dans ses derniers ans un parti qu'il faut prendre .
elle dit :
Mon père veut un gendre :
Il ne commande point, mais je sais trop l'entendre :
Le fils de son ami doit être préféré .
Acte III
Athamare ne finit point sa scène avec Obéïde par ce vers :
J'obéis, allons voir quel sang je dois répandre .
il dira :
J'obéis – malheureux, quel sang faut-il répandre ?
Acte IV, scène 7
Sous mes yeux, à ma porte, et dans la place même .
corrigez
Sous vos yeux, sous les miens, et dans la place même .
Acte V, scène dernière
Hermodan
Dieux ! Vîtes-vous jamais deux plus malheureux pères ?
Athamare
Dieux ! De tant de tourments tranchez l'horrible cours.
Sozame
Tu dois vivre, Athamare, et j'ai payé tes jours .
Auteur infortuné des maux de ma famille,
Ensevelis du moins le père avec la fille.
Va régner, malheureux !
La pièce ne finit point par ces deux vers :
Scythes contentez-vous de ce grand sacrifice,
Et sans être inhumains cultivons la justice .
il y a :
Nous sommes trop vengés par un tel sacrifice ;
Scythes, que la pitié succède la justice . »
1 L'original est en deux parties, l'une et l'autre à la B. N. ; le corps de la lettre dont les sept derniers mots sont autographes est conservée sous la cote F. 12937, les corrections sous la cote N. 24335, f° 105 . L'édition Cayrol ne donne que la lettre ; de fait il n'est pas certain que les corrections aient été envoyées avec la présente lettre, mais on ne voit pas à quelle autre lettre connue elles auraient pu se rattacher . Elles furent toutes effectuées avant la publication .
2 Le Triumvirat .
3 Ces derniers mots sont de la main de V*.
4 Le manuscrit porte ici en note : N. B. – car si ce Persan vient avec l'olivier à la main, on ne peut lui dire : « Viens-tu nous insulter ? »
16:22 | Lien permanent | Commentaires (0)
Il est doux de cultiver son jardin, mais il me semble qu’on y jette de grosses pierres
... Il arrive que ce soit la dure réalité :
« A Philippe-Antoine de Claris,M. le marquis de
Florian, etc.
au château d'Hornoy
par Abbeville
Aux eaux de Rolle en Suisse, par Genève 28è juillet 1766
Je viens de lire le mémoire signé de huit avocats. Il ne parle point d’une abbesse, mais d’une supérieure de couvent. Il dit que le juge devait se récuser lui-même, parce que de cinq accusés il y en avait quatre dont les familles avaient avec lui de violents démêlés. Le mémoire porte que ce juge voulait marier son fils unique avec une demoiselle qui voulait épouser le frère aîné d’un de ces accusés même. Cette demoiselle était dans le couvent, et la supérieure favorisait les prétentions du rival. Il y a bien plus : ce juge était curateur de cette jeune personne, et on avait tenu une assemblée des parents de la demoiselle, pour ôter la curatelle à ce juge.
Voilà donc de tous les côtés l’amour qui est la cause d’un si grand malheur . Voilà un lieutenant de l’élection, âgé de soixante ans, amoureux d’une religieuse, et voilà un jeune homme amoureux d’une pensionnaire, qui ont produit toute cette affaire épouvantable.
Ce qui nous étonne encore dans ce procès, c’est que la procédure, ni la sentence, ni l’arrêt, n’ont fait aucune mention de l’audace sacrilège avec laquelle on avait mutilé un crucifix ; il n’y a eu aucune charge sur ce crime contre les accusés ; et cette action est probablement d’un soldat ivre de la garnison, ou de quelque ouvrier huguenot de la manufacture d’Abbeville. Mais les enquêtes faites sur cette profanation, ayant été jointes aux autres corps du délit, ont produit dans les esprits une fermentation qui n’a pas peu contribué à l’horreur de la catastrophe.
Un des principaux corps du délit est une vieille chanson grivoise qu’on chante dans tous les régiments ; l’une est intitulée la Magdeleine ; et l’autre, la Saint-Cyr.
Il est peu parlé, dans la consultation des avocats, de l’infortuné jeune homme qui a fini ses jours d’une manière si cruelle, et avec une fermeté si héroïque.
Il est très-constant que de vingt-cinq juges il n’y en a eu que quinze qui aient opiné à la mort. Si les seigneurs d’Hornoy ont appris quelque chose qui puisse éclaircir cette horrible affaire, nous leur serons bien obligés de nous en faire part.
Ils vont donc faire une tragédie avec le jeune La Harpe 1 . Il vaut mieux faire des tragédies que d’être témoin de celle qui vient de se passer dans votre voisinage.
Nous vous embrassons très tendrement.
Il est doux de cultiver son jardin, mais il me semble qu’on y jette de grosses pierres. »
1 La Harpe était sur le point de faire un séjour à Hornoy, mais après l'échec de son Gustave Vasa, dégoûté, il n’écrivit plus de pièce avant 1772 . Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:La_Harpe_-_Abr%C3%A9g%C3%A9_de_l%E2%80%99histoire_g%C3%A9n%C3%A9rale_des_voyages,_tome_1.djvu/14
10:35 | Lien permanent | Commentaires (0)
Mais, comme on dit, il faut vouloir, et on ne veut pas assez
... "on", y compris moi-même .

Le hasard étant parfois sympathique , je me suis retrouvé heureusement face à l'ami Voltaire dimanche matin, et j'espère que Mam'zelle Wagnière aussi : https://www.france.tv/france-5/une-maison-un-artiste/une-maison-un-artiste-saison-7/1037591-voltaire-le-patriarche-de-ferney.html
« A Etienne-Noël Damilaville
28 juillet 1766 1
J’ai reçu toutes vos lettres, mon cher ami. Je suis toujours dans le même état, à la même place, et dans la même résolution. Il y a un homme puissant 2 dans l’Europe qui est aussi indigné que nous. Voici le moment de prendre un parti, pour peu qu’on trouve des âmes fortes et courageuses qui nous secondent.
J’ai dévoré le mémoire 3et je me flatte qu’il sera bientôt public. Notre ami Élie l’aurait fait plus éloquent. Ce mémoire devait être un beau commentaire sur le livre des Délits et des Peines. On dit que ce commentaire paraîtra bientôt : mais l’ignorant doit rentrer dans sa coquille, et ne se montrer de plus de six mois. Je crois vous avoir déjà dit quelque chose du lièvre qui craignait qu’on ne prît ses oreilles pour des cornes 4.
J’ai relu tous les détails que vous m’avez écrits. Vous jugez de l’impression qu’ils ont faite sur moi. Que ne puis-je être avec vous, et vous ouvrir mon cœur !
Si le Platon moderne 5 voulait, il jouerait un bien plus grand rôle que l’ancien Platon. Je suis persuadé, encore une fois, qu’on pourrait changer la face des choses. Ce serait d’ailleurs un amusement pour vous et pour lui de faire une nouvelle édition de ce grand recueil des sciences et des arts, de réduire à quatre lignes les ridicules déclamations des Cahusac 6 et de tant d’autres, de fortifier tant de bons articles, et de ne plus laisser la vérité captive. Il y a un volume de planches dont on pourrait très-bien se passer. En un mot, en réduisant l’ouvrage, je suis certain qu’il vous vaudrait cent mille écus. Mais, comme on dit, il faut vouloir, et on ne veut pas assez.
On vous supplie de donner cours aux incluses. »
1 Copie contemporaine Darmstadt B. : il manque la dernière phrase ; les Éditions Littéraires n'identifient pas le destinataire .
2 Frédéric II de Prusse .
3 Ce mémoire , annoncé à V* par Thieriot le 17 juillet 1766 est l’ensemble des Mémoires à consulter pour les sieurs Moisnel, Dumaisniel de Saveuse et Douville de Maillefer datés du 27 juin 1766
4 La Fontaine, livre V, fable iv. :Les oreilles du lièvre : http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/oreilliev.htm
5 Diderot .
6 Louis de Cahusac a écrit plusieurs articles, tous signés, pour l'Encyclopédie : https://obvil.sorbonne-universite.fr/corpus/danse/html/cahusac_encyclopedie-anthologie.html
Voir lettre du 3 octobre 1764 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/11/23/je-suis-si-attache-a-cette-belle-entreprise-que-je-voudrais-que-tout-en-fut.html
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)
24/10/2021
cela me fait oublier tout le reste
... Je me suis régalé en voyant les documentaires sur Georges Brassens, cet anar au grand coeur qui reste inégalé à ce jour , de qui rien n'est à jeter.
Vous adorerez ceci , je l'espère, comme moi :" La rose, la bouteille et la poignée de main " : https://www.youtube.com/watch?v=PPyOpUd99k8

... Et je repris ma route ... pour chanter La religieuse : https://www.youtube.com/watch?v=ClmhkzrmV8A
etc. en se tapant le cul par terre ...
« A Nicolas-Claude Thieriot
26 juillet 1766
Mon ancien ami, voici de quoi animer votre correspondance avec Frédéric ; il vaut mieux que cette relation lui vienne par vous que par moi.
J’ai été très touché qu’il ait envoyé cinq cents livres 1 aux Sirven, à ma seule prière, et qu’il ait fait passer ce petit bienfait par mes mains ; cela me fait oublier tout le reste.
Vous frémirez en lisant la relation que je vous envoie 2. Ne dites ni n’écrivez que cette relation vient de M. de Florian et de moi. »
1 Voir lettre du 25 juillet 1766 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/10/22/les-grandes-choses-sont-souvent-plus-faciles-qu-on-ne-pense.html
Louis Moland dans l'édition Garnier de 1877 donne cette note : « Voltaire a dit aussi cinq cents livres, dans la lettre à Damilaville, du 25 juillet 1766 ( 6430 ) ; mais dans sa lettre du 31 juillet 1766 à Thieriot ( 6440 ), il avoue que ce n’est pas cinq cents francs, mais cent écus d’Allemagne, qu’a envoyés Frédéric. »
2 Voir la note de la lettre du 14 juillet 1766 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/10/06/vous-allez-etre-bien-etonne-vous-allez-fremir-mon-cher-frere-6341972.html
18:35 | Lien permanent | Commentaires (0)
obtenir un certificat comme quoi je ne suis pas encore mort
... Vaccin oblige, je vais devoir consulter mon compte Ameli, mais diable quel est mon mot de passe ?

« A Etienne-Noël Damilaville
26 juillet 1766
Je me transportai hier en France, mon cher frère, tout malade que je suis, pour obtenir un certificat comme quoi je ne suis pas encore mort . Je vous supplie de l'envoyer à M. de Laleu . Je m'occupe actuellement de régler toutes mes affaires . Je recommande à votre sagesse celles dont je vous ai parlé dans mes dernières lettres . Je vous embrasse bien tendrement . M. Boursier attend de vos nouvelles ; il en aura peut-être aujourd'hui , et il sera soulagé . »
17:34 | Lien permanent | Commentaires (0)

