02/12/2021
cette pièce n'est en aucune manière dans le goût de la nation
... Deux personnages, une plaie pour la France, un vote, heureusement pas de deus ex machina en faveur de l'un ou l'autre

« A Jacques Lacombe, Libraire
Quai de Conti
à Paris
1er septembre 1766
L'auteur m'est venu voir, monsieur . Il est actuellement chez moi, il me paraît très flatté qu’un homme de votre métier imprime son ouvrage . Il dit que je lui ai rendu un très grand service en vous le confiant . Il veut absolument garder l'incognito en dépit de tous ceux qui voudraient deviner .
Au reste, mon ami a la bonne foi de convenir avec moi que cette pièce n'est en aucune manière dans le goût de la nation . Je ne crois pas que vous en deviez tirer plus de sept cents exemplaires, et en ce cas vous ne donnerez d'honoraires à personne . Il ne vous avait prié de faire un petit présent à un comédien que dans la supposition d'un grand débit . Mais on ne vend guère une pièce qu'on ne peut jouer .
Si par un hasard que je ne prévois pas vous débitiez en peu de temps votre édition, l'auteur vous prierait alors d'en faire une seconde pour laquelle il vous donnerait des changements auxquels il se prépare . Pour moi, je vous avoue que les anecdotes sur les proscriptions me paraissent devoir attirer plus de lecteurs que la tragédie . L'auteur vous prie d'intituler l'ouvrage Octave ou le jeune Pompée , ou le Triumvirat, avec des remarques sur les proscriptions .
L'auteur m'a dit qu'il augmenterait encore ces remarques si elles plaisent aux hommes instruits .
M. de Beaumont fait un excellent factum en faveur de la famille Sirven qui se trouve dans le cas à peu près de la famille Calas ; je voudrais que vous pussiez l'imprimer .
Je vous renouvelle, monsieur, tous les sentiments qui m'attachent bien véritablement à vous sans aucun compliment .
Page 5, vers 4è
Antoine me la donne, ô jour de l’infamie !
Corrigez
Antoine me la donne, ô jour d'ignominie !
Même page, vers 7è
J'attends l'indigne écrit, corrigez : J'attends l'infâme écrit .
Même page, vers 9
après le mot parjure, mettez un point d'interrogation ;
page 8, mettez une virgule à la fin du premier vers ;
même page, vers 5, mettez un point après le mot justice à la fin du vers .
page 9, quand Fulvie dit : A quoi me résoudrai-je ? Mettez ainsi :
(à part)
A quoi me résoudrai-je ?
page 10, vers 14è, mettez un point à la fin de ce vers ;
page 11, vers pénultième, mettez aussi un point à la fin du vers après le mot répudie . »
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01/12/2021
La superstition est une faiblesse de l’esprit humain ; elle est inhérente à cet être : elle a toujours été, elle sera toujours
... Mektoub !

« A Frédéric II , roi de Prusse
[vers le 1er septembre 1766]
[Fait notamment référence à l'Abrégé de l'histoire ecclésiastique.]1
1Ces indications sont prises de la réponse de Frédéric du 13 septembre 1766 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1766/Lettre_6498
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30/11/2021
Il y a des pays et des occasions où il faut savoir garder le silence
... Leur liste est sans fin . Il y a un renouvellement de la censure sans cesse .
A vous de l'écrire selon vos connaissances , croyances, préférences , appartenances .
« Au chevalier Jacques de Rochefort d'Ally
1er septembre 1766
Comptez, monsieur, que mon cœur est pénétré de vos bontés. Je ne savais pas que ce fût vous qui m’aviez envoyé un factum qui m’a paru admirable. Le petit mot qui l’accompagnait m’avait paru être de la main de M. Damila. Pardonnez à la faiblesse de mes yeux . Mes organes ne valent rien, mais mon cœur a la sensibilité d’un jeune homme. Il a été touché de quelques aventures funestes, mais ma sensibilité n’est point indiscrète. Il y a des pays et des occasions où il faut savoir garder le silence. Mon cœur ne s’ouvre que sur les sentiments de la reconnaissance et de l’amitié qu’il vous doit. Je ne souhaite plus que de vous revoir encore ; et si je peux l’espérer, je me tiendrai très heureux.
J’ai appris de M. le duc de La Vallière qu’il prenait la maison de Jansin . Ce qui est sûr, c’est qu’il l’embellira, et que ceux qui y souperont avec lui passeront des moments bien agréables. Oserais-je vous supplier, monsieur, de vouloir bien faire souvenir de moi Mgr le duc de La Vallière et M. le prince de Beauvau, si vous les voyez ? Je me souviens que M. le duc d’Ayen m’honorait autrefois de ses bontés. Vous serez mon protecteur dans toutes les compagnies des gardes. J’ai connu autrefois des gardes du corps qui faisaient des tragédies ; mais je les crois plus brillants encore en campagne qu’au Parnasse. Je suis obligé de finir trop vite ma lettre, le courrier part dans ce moment.
Je vous suis attaché pour ma vie. »
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29/11/2021
Dites-moi, je vous en prie, s'il est vrai qu'on trouve deux ou trois articles obscurs dans le projet de la médiation
...Also sprach Angela : https://actu.orange.fr/monde/l-allemagne-entre-dans-l-apr...
« A Gabriel Cramer
à Tournay
Je vous prie instamment, mon cher ami, de m'envoyer deux douzaines d'avis au public sur les Sirven, et deux douzaines de Philosophe ignorant .
Souvenez-vous de M. de Saint-Florentin .
Dites-moi, je vous en prie, s'il est vrai qu'on trouve deux ou trois articles obscurs dans le projet de la médiation 1, qui d'ailleurs me paraît fait pour opérer le bonheur public ?
Je vous embrasse de tout mon cœur.
Jeudi au soir [août-septembre 1766].
1 Minuté en août, achevé à la fin septembre, approuvé en octobre, le projet de médiation est remis au syndic le 24 novembre 1766.
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28/11/2021
on n’empêche point la désertion
... Petits sans grade, et auto-proclamées têtes de partis potentielles partent en débandade dans un peu tous les bords . Chefs et chefaillons, même foi branlante et orgueil mal placé . Comme à Koh Lanta, n'oublions pas qu'il n'en restera qu'un .
« A Philippe-Charles-François-Joseph de Pavée, marquis de Villevielle
31è auguste 1766
Il est très vrai, monsieur, qu’il y a eu des ordres sévères à Besançon ; mais vous avez affaire à M. Éthis, qui est aussi sage que zélé pour la bonne cause.
Je crois que M. le duc de Choiseul trouvera très bon le jugement que votre humanité a fait rendre. Il me semble qu’il pense à peu près comme vous sur les déserteurs. On tue inutilement de beaux hommes qui peuvent être utiles, et on n’empêche point la désertion. André Destouches 1 avait raison.
Puisque vous ne venez, monsieur, qu’au mois de septembre, je prends la liberté de vous envoyer ces deux lettres qu’on avait adressées à Ferney. Plût à Dieu que ce petit ermitage pût avoir l’honneur de vous recevoir toutes les fois que vous allez à votre régiment ! Ayez la bonté d’apporter avec vous un ou deux exemplaires du livre nouveau dont vous me parlez, nous ferons des échanges. Recevez mes très tendres et très respectueux compliments.
V. »
1 Voir André Destouches à Siam, morceau attaché au Philosophe ignorant . Voir :https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k30453238/f168.image.r=siam
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27/11/2021
Nous savons que les commencements sont toujours difficiles, et qu’il faut se roidir contre les obstacles
... C'est ce qu'a fait Mam'zelle Wagnière-LoveVoltaire en se lançant courageusement dans l'édition de son blog remarquable http://www.monsieurdevoltaire.com/archive/2008-11/ et en le maintenant contre vents et marées , fidèlement .
Je suis toujours heureux de son amitié .
Bon treizième anniversaire .

« A Etienne-Noël Damilaville
31 auguste 1766 1
Nous vous remercions, monsieur, ma famille et moi, de la part que vous voulez bien prendre à l’établissement que nous projetons. Nous savons que les commencements sont toujours difficiles, et qu’il faut se roidir contre les obstacles . Je conseillerais à M. Tonpla de faire un petit voyage par la diligence de Lyon . C’est l’affaire de huit jours ; il verrait les choses par lui-même . Il s’aboucherait avec votre ami. On saurait précisément sur quoi compter. Il est certain que cet établissement peut faire un très grand bien, et que l’utile y serait joint à l’agréable. La liberté entière du commerce le fait toujours fleurir . La protection dont on vous a parlé est sûre. Le petit voyage que je propose peut se faire dans un grand secret ; et M. Tonpla, allant à Lyon, sous le nom de Tonpla, ou sous celui de M. son cousin, ne donnera aucune alarme à aucun négociant.
Nous avons reçu des lettres d’Abbeville qui sont très-intéressantes. Nous aurons du drap de Vanrobais 2 qui sera de grand débit, et nous espérons n’avoir point à craindre la concurrence.
M. Sirven me charge de vous présenter ses très humbles remerciements. Quelques étrangers ont pris beaucoup de part à son malheur ; mais on ne s’est adressé à aucun homme de votre pays : on craint que la pitié ne soit un peu épuisée. Nous espérons grâce à vos bontés avoir bientôt le mémoire de M. de Beaumont . J'en ai vu la première esquisse, elle promettait un chef-d’œuvre . Son mémoire pour M. de La Luzerne est très bien fait ; mais il n'est pas étonnant que les juges n'ayant encore aucune preuve contre le porteur des pistolets, aient 3 condamné à un an de prison celui qui a donné les coups d'épée . Toutes les apparences sont en faveur de M. de La Luzerne ; mais enfin il n'y a point de preuves juridiques que les pistolets appartinssent à son adversaire . M. de Beaumont sera vraisemblablement plus heureux dans l’affaire des Sirven . Votre ami nous a écrit pour vous supplier de lui envoyer le plus tôt que vous pourrez le mémoire de M. de Gennes pour feu M. de La Bourdonnais . Il veut avoir une suite des causes célèbres, et il ne lui manque que le factum . Ma femme, mon neveu, et moi, nous vous embrassons de tout notre cœur.
Votre etc.
Boursier. »
1 Dans l'édition de Kehl manque la fin depuis Nous espérons grâce à […] , omise dans la copie Beaumarchais .
2 Voir note 1 , page 424 de la lettre à lord Hervey en 1740 https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome35.djvu/424#cite_note-1
3 Correction du texte de Besterman qui notait ayant, mauvaise lecture pour aient .
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26/11/2021
il y avait certains quartiers où elle ne pénétrait jamais ; et quand elle a voulu en approcher, elle n’y a trouvé que ses plus cruels ennemis
... Dire que c'est presque la situation de notre police qui doit affronter jour après jour des dealers salopards et des voyous assassins .
« A Louise-Florence-Pétronille de Tardieu d'Esclavelles d'Epinay
[Mme de La Live d'Epinay
place Vendôme
à Paris ]
Que toutes les bénédictions se répandent sur ma belle philosophe et sur son prophète ! que leurs cœurs sensibles et honnêtes gémissent avec moi des horreurs de ce monde, sans en être troublés ! qu’ils voient d’un œil de pitié la frivolité et la barbarie ! qu’ils jouissent d’une vie heureuse, en plaignant le genre humain ! Le prophète me l’avait bien dit, que les étoiles du Nord deviennent tous les jours plus brillantes. Tous les secours pour les Sirven sont venus du Nord. On pourrait tirer une ligne droite de Darmstadt à Pétersbourg, et trouver partout des sages.
J’ai vu dans mon ermitage deux princes 1 qui savent penser, et qui m’ont dit que presque partout on pensait comme eux. J’ai béni l’Éternel, et j’ai dit à la raison , quand gouverneras-tu le Midi et l’Occident ? Elle m’a répondu qu’elle demeurait six mois de l’année à la Chevrette 2 avec l’imagination et les grâces, et qu’elle s’en trouvait très-bien ; mais qu’il y avait certains quartiers où elle ne pénétrait jamais ; et que quand elle a voulu en approcher, elle n’y a trouvé que ses plus cruels ennemis. Elle dit que la plupart de ses partisans sont tièdes, et que ses ennemis sont ardents.
Je me recommande aux prières de ma belle philosophe et de mon cher prophète.
V.
30è auguste 1766.3 »
1Voir lettre du 1er février 1766 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/09/22/je-fais-bien-pis-je-crois-que-j-ai-raison-6339187.html
2 Maison de campagne de Mme d’Épinay.
3 L'édition Correspondance littéraire n'identifie pas le destinataire et corrige La Chevrette en La Briche .
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