Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/04/2022

Vous savez que je n’ai absolument rien à me reprocher ; mais vous savez aussi que cela ne suffit pas

... pour me présenter avec un programme électoral meilleur que celui de mes concurrents et adversaires", telle doit être la conviction de la douzaine d'apôtres qui s'offre en sacrifice pour une destinée présidentielle ; quant à Judas , on attend 20h 05 demain pour connaître les résultats du casting ; avec la réjouissante perspective de sa pendaison , les fournisseurs de corde se bousculent au portillon .

Judas Iscariote.

Pour trente deniers, aujourd'hui, pas même de quoi acheter la corde ...

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

Dimanche soir, 4 janvier 1767

En attendant que je reçoive demain une lettre de vous, mon divin ange, sur cette malheureuse affaire, je dois vous instruire de tout dans le plus grand détail.

Cette femme innocente et infortunée est en route, comme je vous l’avais marqué. Mais ce nom de Lejeune, sous lequel elle était venue, me fait toujours trembler. Son mari lui avait donné un billet pour les Cramer, dans lequel il spécifiait les marchandises qu’elle devait acheter. Les Cramer, qui sont mes libraires, n’ont point de ces effets dangereux ; ils n’impriment que mes ouvrages. Elle s’adressa à un autre, et lui laissa par malheur la note de son mari, signée Le Jeune, valet de chambre de M. D. C’était une note particulière de son mari à elle : il faut qu’elle soit tombée par mégarde quand on faisait ses petits ballots, car elle est très prudente et ne compromet personne. Je retirerai ce billet ; n’en soyez point en peine ; ne grondez point votre valet de chambre, et encore moins cette pauvre femme ; ce qui est fait est fait : il ne s’agit que de se tirer de ce bourbier.

Après nous être tournés de tous les sens, il nous a paru que le procès criminel contre la Doiret était trop dangereux, parce qu’elle est trop connue sous le nom de Lejeune, parce que tous nos domestiques seraient interrogés ; parce que cette femme ayant demeuré huit jours avec eux, ils ont su qui elle est et qui est son mari ; parce qu’enfin, ayant resté plusieurs jours chez nous et s’étant servie de notre équipage, nous sommes présumés être ses complices, quoique assurément nous en soyons bien éloignés. Le mieux est sans doute d’étouffer l’affaire ; mais comment s’y prendre ? Je n’en sais rien, au milieu de mes neiges, avec un quart d’apoplexie et la faiblesse où je suis.

Je pense même que monsieur le vice-chancelier y sera fort embarrassé . Il ne le serait pas si vous étiez son ami intime. Je crois pourtant que vous étiez assez lié avec lui quand il était premier président. Enfin vous êtes sur les lieux ; mais peut-être un vieux vice-chancelier n’a point d’amis, et moi j’ai beaucoup d’ennemis. Vous savez que je n’ai absolument rien à me reprocher ; mais vous savez aussi que cela ne suffit pas.

Je persiste entièrement dans mon premier avis, qui est que monsieur le vice-chancelier se fasse représenter les malles adressées à la dame Doiret, de Châlons, qu’il fasse brûler secrètement ce qu’elles contiennent, et qu’il laisse Mme Denis disputer son droit en matière civile contre la saisie illégale de ses équipages. Il est certain que cette saisie ne peut se soutenir en justice réglée ; les commis mêmes ne l’entreprendront pas. Cette tournure, que je proposai d’abord, me parait encore la meilleure de toutes, quoiqu’elle me soit venue dans l’esprit, et que je n’aie pas d’ordinaire grande foi à mes expédients. Mme Denis vous embrasse cent fois, elle est consternée et malade . Je serais au désespoir de la quitter dans cet état.

Voici cependant un exemplaire que vous pourrez faire lire à Lekain. Je vous adresserai bientôt l’ouvrage avec la musique en marge 1. Vous voyez que l’état horrible où je suis ne me fait pas négliger les belles-lettres, qui sont, après vous, la plus douce consolation de ma vie. Adieu, mon très cher et très adorable ange.

V. »

1 C’est-à-dire avec le jeu des acteurs en marge des Scythes.

vieilles fêtes oubliées qui plaisent fort peu le même jour qu'on les donne, qui affadissent le lendemain

... Au soir du premier tour ce dimanche !

 

 

« A Gabriel Cramer

[3 janvier 1767] 1

Voilà, monsieur Caro, des choses intéressantes qui vous fourniront un joli tome bien complet, et meilleur 2 que de vieilles fêtes oubliées ( qui plaisent fort peu le même jour qu'on les donne, qui affadissent le lendemain ; et qu'on ne peut jamais lire [ )].

Tâchez de me trouver un correcteur d'imprimerie, car je pars, après avoir été douze ans votre premier garçon .

Je suis d'ailleurs un très mauvais réviseur de feuilles . Je vous recommande instamment l’ouvrage de M. d'Alembert .

Je vous ai envoyé hier par un domestique, à 4 heures du soir, un errata des Scythes qui est immense avec les deux cartons nécessaires . Dans l'un il y avait un vers oublié, et dans l'autre quatre . Il y a des pages qui ne sont point numérotées, d'autres qui le sont mal .

Je vous embrasse de tout mon cœur . »

1 Cette lettre et la suivante est datée par référence à la visite de Beauteville à Soleure ; voir lettre du 5 janvier 1767 à d'Argental : http://www.monsieurdevoltaire.com/2015/04/correspondance-annee-1767-partie-3.html

2 L'édition Besterman porte et le meilleur, qui ne donne pas de sens satisfaisant ; au reste il est difficile de dire ce que sont les « vielles fêtes oubliées » .

08/04/2022

Je n’aime point tout ce tapage. Mes terres en souffriront

... Terriblement d'actualité .

 

« A Pierre-Michel Hennin

[3 janvier 1767] 1

Je vous plains, mon cher monsieur, et je plains tout Genève. Je vous prie de vouloir bien mettre ce paquet pour M. le duc de Praslin dans votre paquet pour la cour . Vous lui ferez plaisir. On m’avait dit qu’on ne pouvait sortir de son trou sans passeport. Je n’aime point tout ce tapage. Mes terres en souffriront. On veut écraser des puces avec la massue d’Hercule. Je vous embrasse le plus tendrement du monde.

V. »

1 Manuscrit olographe daté par Hennin ; la lettre répond à un billet de Hennin du même jour : https://fr.m.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1767/Lettre_6647

j’emporte aux enfers ma juste indignation

... Belzébuth va bien rigoler .

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

À Ferney, samedi au matin, 3 janvier, avant que

la poste de France soit arrivée à Genève

Mes anges sauront donc pourquoi j’ai fait imprimer les Scythes :

1° C’est que je n’ai pas voulu mourir intestat, et sans avoir rendu aux deux satrapes, Nalrisp et Elochivis 1, l’hommage que je leur dois .

2° C’est que mon épître dédicatoire est si drôle 2 que je n’ai pu résister a la tentation de la publier .

3° C’est qu’il n’y a réellement point de comédiens pour jouer cette pièce, et que je serai mort avant qu’il y en ait .

4° C’est que j’emporte aux enfers ma juste indignation contre les comédiennes qui ont défiguré mes ouvrages, pour se donner des airs penchés sur le théâtre ; et contre les libraires, éternels fléaux des auteurs, lesquels infâmes libraires de Paris m’ont rendu ridicule, et se sont emparés de mon bien pour le dénaturer avec un privilège du roi.

J’ai donc voulu faire savoir aux amateurs du théâtre, avant de mourir, que je protestais contre tous les libraires, comédiens, et comédiennes, qui sont les causes de ma mort ; et c’est ce que mes anges verront dans l’avis au lecteur, qui est après ma naïve préface.

Je proteste encore, devant Dieu et devant les hommes, qu’il n’y a pas une seule critique de mes anges et de mes satrapes à laquelle je n’aie été très docile. Ils s’en apercevront par le papier collé page 19, et par d’autres petits traits répandus ça et là.

Je proteste encore contre ceux qui prétendent que je suis tombé en apoplexie . Je n’ai été évanoui qu’un quart d’heure tout au plus, et mon style n’est point apoplectique.

Si mes anges et mes satrapes veulent que la pièce soit jouée avant que l’édition paraisse, ils sont les maîtres. Gabriel Cramer la mettra sous cent clefs, pourvu qu’il y ait des acteurs pour la jouer, et que les comédiens la fassent succéder immédiatement après la pomme 3 ; car, pour peu qu’on diffère, il sera impossible d’empêcher l’édition de paraître . Les provinces de France en seront inondées, et il en arrivera à Paris de tous côtés.

Je la lus devant des gens d’esprit, et même devant des connaisseurs, quatre jours avant mon apoplexie ; et je fis fondre en larmes pendant tout le second acte et les trois suivants.

J’enverrai au bout des ailes de mes anges les paroles et la musique, dès que les comédiens auront pris une résolution. J’attends leurs ordres avec la soumission la plus profonde.

V. »

1 Praslin et Choiseul.

3 C’est-à-dire le Guillaume Tell de Le Mierre , où le principal personnage enlève une pomme sur la tête de son fils. (Beuchot.)

07/04/2022

je me charge encore, répondant de tout et faisant face à tout en quelque lieu que je soit

... Etat d'esprit du candidat-président ? Ce doit être; j'espère . C'est évidemment totalement hors de question pour les onze autres candidats qui ne travaillent que pour leurs bénéfices espérés .

https://img.lamontagne.fr/4yQlmR-yycnIFHDzJrqWq-f5Zz-L19i0xIp11cLOXok/fit/657/438/sm/0/bG9jYWw6Ly8vMDAvMDAvMDUvMjcvMzIvMjAwMDAwNTI3MzIwNg.jpg

Lequel des deux est Zemmour et l'autre Mélenchon ?

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

[2 ou 3 janvier 1767]

Je me flatte, mon cher ami, que vous avez donné les cent écus à M. Lambertad, desquels je me charge encore, répondant de tout et faisant face à tout en quelque lieu que je soit . Vous n'aurez qu'à mettre sur le petit agenda de vos bienfaisances sept cents livres pour le compte des Sirven et trois cents livres pour M. Lambertad . »

06/04/2022

Monsieur l’ambassadeur est parti extrêmement affligé

...

 

« A Pierre-Michel Hennin, Résident

de France

En son hôtel

à Genève

Vendredi au soir, 2è janvier 1767 à Ferney

Monsieur l’ambassadeur est parti extrêmement affligé, et Argatifontidas 1, un peu embarrassé. Vous allez être, mon cher conciliateur, chargé d’un lourd fardeau que vous porterez légèrement et avec grâce, car on ne peut nier que les trois Grâces ne soient chez vous 2. Je suppose que c’est vous, mon cher résident, qui m’avez envoyé un paquet de M. le duc de Choiseul ; voici la réponse 3, et voici encore des balivernes 4 pour M. le duc de Praslin.

Je vous prie de mettre tout cela dans votre paquet de la cour demain samedi.

Je pourrais bien dans quelques jours aller rendre à monsieur l’ambassadeur sa visite, à Soleure. Je vous prie, à tout hasard, de vouloir bien m’envoyer un passeport 5, car voilà les troupes qui vont border Versoy.

Maman et toute ma famille vous embrassent tendrement.

Nous sommes ici la victime des troubles de Genève, car nous n’avons point l’honneur de vous voir. Nous savons que le peuple vous aime, mais nous vous aimons sûrement davantage. »

1 Le chevalier de Taulès.

2 Allusion au tableau des Trois Grâces, de Carle Van Loo. (Note de Hennin fils.)

Voir lettre du 1er janvier 1766 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/04/21/c-est-etre-paye-dans-la-monnaie-qu-on-a-frappee-6311171.html

3 Elle manque .

4 L' « Essai sur les proscriptions », ou la dédicace des Scythes , ou les deux ensemble .

5  Le plan des médiateurs a été rejeté par le Conseil de Genève le 15 décembre 1766, la France établit alors le blocus de la République .

Voir réponse de Hennin : https://fr.m.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1767/Lettre_6647

05/04/2022

on dit beaucoup de sottises, et je ne peux savoir encore la vérité

... Maladie et remède : suivre la presse pour avoir tous les avis et informations, comme ceci : https://www.cnews.fr/france/2022-04-04/presidentielle-202... 

Mélenchon, artiste ubiquitaire a l'art de mentir par précipitation et/ou malveillance . Qu'il profite bien de ses dernières heures de vedette grassement entretenue, c'est son chant du cygne . A la fin de ses péroraisons jettera-t-il à ses fans sa cravate, comme Madonna sa culotte ? Non, trop bourgeois pour ça .

220 citations sur la vérité en 16 catégories, avec tables des matières

Je vous ai à l'oeil

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

Vendredi au soir, 2è janvier 1767

On prétend dans Ferney, mon cher ange, que j’ai eu hier une petite attaque d’apoplexie, vous voyez bien qu’il n’en est rien, puisque je suis toujours dictateur 1. J’en ai été quitte pour me mettre dans mon lit pendant trois heures, et je me suis tiré d’affaire tout seul. Je ne sais pas encore si je me tirerai aussi heureusement du danger où m’a mis ce misérable Jeannin, contrôleur du bureau de Saconnex, entre Ferney et Genève 2. J’étais certainement tombé dans l’apoplexie la plus complète quand j’ai été assez imbécile pour penser que ce coquin ne me ferait point de mal, parce que je lui avais fait du bien, parce que je l’avais logé et nourri, et que je lui avais prêté de l’argent. J’avoue donc qu’à soixante-treize ans je ne connais pas encore les hommes, du moins les hommes de son espèce.

Votre protégée 3 me fait saigner le cœur ; c’est assurément une femme de mérite. Elle est actuellement en Suisse, au milieu des neiges ; elle n’en peut sortir, et certainement je ne la ferai pas revenir par la route de Genève, pour la faire passer devant les bureaux où elle est guettée. J’ai le plus grand soin d’elle dans la retraite où elle est. Elle ne manque de rien, et il ne ne lui en coûte rien. Tout ce qui est dangereux, encore une fois, c’est que ce scélérat de Jeannin a déclaré le véritable nom de cette personne. Heureusement cette déclaration n’est pas juridique ; mais elle peut le devenir. Il n’y a rien que je ne fasse pour faire chasser ce monstre, et je compte que vous ne perdrez pas un moment pour dresser vos batteries, et pour exiger de M. de La Reynière 4 qu’on le révoque sur-le-champ, sans lui donner jamais d’autre emploi. Il ira prendre, s’il veut, celui de garçon du bourreau . Il n’est guère propre qu’à cela. Si j’étais plus jeune, je le ferais mourir sous le bâton.

Mme Denis est toujours dans la ferme résolution de ne point payer le prix de son carrosse et de ses chevaux, et moi dans le dessein invariable d’aller mourir hors de France, si on fait cet affront à ma nièce : car si elle est condamnée à perdre ses chevaux et son carrosse, elle est visiblement condamnée comme complice de votre protégée et comme convaincue d’avoir envoyé en France des livres abominables ; elle serait détestée et déshonorée dans un pays de bêtes brutes où la superstition a établi son domicile. Il n’y aurait, en ce cas, d’autre parti à prendre qu’à brûler le château que j’ai bâti.

Voilà, mon divin ange, tout ce que l’état le plus douloureux du monde me permet de vous écrire sur cette abominable aventure. Je vais répondre actuellement dans une autre lettre à tout ce que vous me mandez sur Les Scythes. Ces deux lettres partiront pour Genève demain samedi, 3 janvier, avant que j’aie reçu celles que Mme Denis et moi nous attendons de vous sur cette cruelle affaire.

Monsieur l’ambassadeur a quitté, comme vous savez, Genève incognito ; il a passé deux jours chez moi. Je pourrais bien aller lui rendre sa visite, et ne revoir jamais Ferney. Le bon de l’affaire est que je lui ai prêté tous mes chevaux, et que je n’en ai pas même pour envoyer chercher un médecin ; tant mieux, je guérirai plus vite . Mort ou vif, mon très cher ange, je vous idolâtre toujours de tout mon cœur.

Votre protégée m’écrit qu’elle part dans le moment à cheval pour retourner à Paris. Vous voyez qu’elle a le courage de son frère ; mais ils ne sont pas heureux dans cette famille-là, ni moi non plus, ni les Genevois non plus ; les affaires empirent de quart d’heure en quart d’heure. Milord Abington, qui est haut comme un chou, a déjà tué un sentinelle 5, à ce qu’on vient de me dire ; mais on dit beaucoup de sottises, et je ne peux savoir encore la vérité, parce que les portes de Genève sont fermées. »

1 Car il dicte ses lettres .

3 Mme Lejeune.

4 Laurent Grimod de La Reynière , fermier-général:: https://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Grimod_de_La_Reyni%C3%A8re

5 Mot couramment employé au masculin . Pour l'affaire Abington, dont le détail nous échappe, voir lettre du 2 janvier 1767 à Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/04/04/j-ai-a-lui-parler-6374982.html